Entreprises, salariés : le coût du conflit social
Publié le dimanche 24 octobre 2010 à 06h00
Pour Jean-Pierre Guillon, responsable du Medef dans la région,l'économie «présentait un début de reprise, qui risque aujourd'hui d'être remis en cause».
Depuis une semaine les entreprises doivent composer avec le mouvement social. Une situation de désorganisation généralisée qui pourrait peser sur les bilans financiers dans les semaines à venir.
JUSTiNE FAIDERBE ET
MATTHIEU MILLECAMPS>region@nordeclair.fr
Près de 500 000 E. C'est l'estimation de la perte économique sur le chantier du Louvre-Lens après quatre jours de blocage. « La semaine est morte. Et le retard va être difficile à rattraper », explique Joël Jakuboszczak. Il a relancé le chantier jeudi, mais le planning a été chamboulé : des livraisons de béton, coffrages et poutres ont été renvoyées, voire « annulées ». Sur le chantier du Grand stade, à Lezennes, on craint aussi la pénurie de carburant et le retard des livraisons. « Mais il n'y a aucune gêne significative pour l'instant », assure Bertrand D'Hérouville, président de la société concessionnaire Elisa. Même réflexion chez Roquette, le producteur d'amidon basé à Lestrem, pourtant touché par des blocages, mardi : chaque jour, 5 à 7 trains approvisionnent l'usine en matières premières, et 600 camions exportent les produits finis vers les entreprises agroalimentaires. Le roulement est « plus difficile » , reconnaît Marie-Laure Empinet, porte-parole de Roquette : « on doit trouver chaque jour des solutions pour contourner la grève » . Quitte à passer par les transporteurs et routes belges...
Un coût difficile à chiffrer
Ce sont les questions de logistiques qui mobilisent le plus les énergies. « À part ça, il est difficile de chiffrer les pertes économiques », expliquent de concert les patrons de Cap Gemini et de Awak'it. Les deux entreprises, hébergées à Euratechnologies, sont confrontées aux problèmes en cascade : rendez-vous parisiens manqués, clients bloqués dans les gares, salariés en retard, Antoine Senecaut, patron d'Incinéris, spécialisée dans la collecte et l'incinération de déchets spéciaux auprès des cliniques vétérinaires, résume : « nous sommes pris entre la contrainte sanitaire, qui nous oblige à collecter les déchets dans un temps donné, la contrainte sociale, qui fixe les règles de repos des chauffeurs, et la contrainte commerciale, avec des clients parfois mécontents ». À Lezennes, au siège social de l'entreprise, qui compte 150 salariés en France, il a mis en place une « hot line » interne à destination des chauffeurs. « Ils appellent pour savoir où trouver du gasoil, connaître les points de blocage ou réserver un hôtel s'ils sont bloqués pour une nuit ». Il s'inquiète des conséquences à moyen terme, jugeant que « la désorganisation de nos structures, cette semaine, aura un impact encore pendant plusieurs jours ». Concrètement, le coût est difficile à mesurer. Antoine Senecaut cite, pêle-mêle : les heures supplémentaires, les kilomètres parcourus en quête d'essence, les nuits d'hôtel, et « le prix du carburant qui a augmenté. »
« Les plus fragiles
vont payer les premiers »
Patron des patrons de la région, Jean-Pierre Guillon juge que ce conflit tombe au plus mauvais moment. Encore groggy par la crise, « l'économie présentait depuis trois mois un début de reprise », qui « serait remis en cause si les perturbations devaient perdurer.
(...) Ce sont les plus faibles qui vont payer en premier », soit les secteurs industriels déjà fragilisés. J.-P. Guillon n'hésite pas à avancer la possibilité du « chômage technique dans certaines entreprises ». C'est l'impact en terme d'image qui l'inquiète. « On crée des images négatives » qui, ajoutées aux blocages, « aggravent le problème de la compétitivité des entreprises. Il y a des gens qui hésitent à passer commande à des entreprises françaises ». La Confédération générale des PME, elle aussi, tire la sonnette d'alarme : « des centaines de milliers de PME tournent au ralenti tandis que d'autres sont sur le point de cesser leur activité ».
L'organisation patronale rejoint Jean-Pierre Guillon sur un autre point : le durcissement du rapport de force « se traduira en perte de chiffre d'affaires et les entreprises les plus fragiles risquent de disparaître entraînant des pertes d'emplois. » La FNTR Nord (Fédération nationale du transport routier) insistait également, jeudi, sur les perturbations dans le secteur du transport.
« Sans carburant, le transport routier ne peut plus assurer sa mission d'approvisionnement des usines et des magasins. » Une perspective qui, pour l'instant, n'est encore qu'une crainte en cas de maintien des actions de blocages sur les réseaux routiers et ferroviaires.
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Ce matin-là, devant le MIN de Lomme, c'est un peu « la France qui se lève tôt » face à « la France qui grève tôt », l'envie de faire son boulot ou de défendre sa retraite. Avec une question, partagée : combien tout ça va coûter, au final ? Il est 5 h30, dehors, un froid de gueux. 12 jours de grève dans les jambes pour certains, la fatigue de la lutte contre la réforme. De l'autre côté des braseros, des camions à l'arrêt, des petits pains en stand-by et des côtes de boeuf sur le flanc. Mélange de sympathie mutuelle et de tension. Chacun a ses motivations. Et s'il est difficile de prédire la tournure du conflit, une chose est acquise, il va laisser des traces sur les comptes en banques et sur les bons de commandes. Olivier est logisticien au port de Lille. « J'en suis à mon 4e jour de grève. À 65 E par jour, sur un salaire de 1 300, vous savez compter. Je vais arriver à 1 000 E. Là, la prochaine fois je vais peut-être m'abstenir, quitte à revenir après dans le mouvement ». Il y a des traites à payer, des besoins auxquels subvenir, faire bouillir la marmite. « Plus rien à perdre » « C'est clair qu'il va falloir se serrer la ceinture », témoigne pour sa part Nathalie, salariée d'une société de nettoyage à Seclin. Elle travaille à temps partiel, pour 960 E par mois et vient d'enchaîner 5 jours de grève. Pas des jours gâchés pour autant. « On doit le faire. On doit aller jusqu'au bout. On gagne pas lourd. Mais c'est pour notre avenir et celui de nos enfants qu'on se bat ». Le coeur militant bat fort, mais le coeur de maman n'est pas loin. « On dort pas beaucoup, c'est sûr. On préférera se priver nous, manger des pâtes ou du riz, mais nos gosses ne manqueront de rien. Mais il faut qu'on gagne. De toute façon, on n'a plus rien à perdre ». Christiane, cheminote à son 9e jour de grève, reconnaît que le sacrifice financier n'est pas mince. « En avril, j'ai déjà fait grève 15 jours. Ca m'a coûté 750 E et j'ai mis trois mois à m'en remettre. Bon là, c'est l'automne, il y a les impôts locaux. On va devoir s'arranger avec la banque ». « Ou on paiera plus tard ! On sait qu'on va prendre 10 %. Mais on s'en fout. C'est la galère toute l'année de toute façon... », lance un autre salarié, bravache. « Risque de perte sèche » De l'autre côté, dans son petit bureau, Gérard Masse, patron de Lille Volailles, jongle avec son téléphone. « On est obligé de dire à nos clients de retarder leur venue, nos livreurs font des détours pour éviter le blocage... On perd du temps et de l'argent. Mais honnêtement c'est plus nos nerfs que ça enquiquine ». Yannick, de Lomme Boulangerie, est plus inquiet. « On accumule des retards de livraison et nos matières premières n'arrivent pas. Or c'est pour le week-end qu'on produit le plus. Le risque, c'est la perte sèche. Or notre situation économique n'est pas brillante. On n'a pas beaucoup de trésorerie ». Didier Delmotte, élu PS de Lomme et directeur du MIN est pris entre deux feux. « Je comprends les manifestants. Mais je comprends aussi mes commerçants. Le contexte n'est pas brillant, et on sait que la nourriture est devenue une variable d'ajustement pour les gens. La perte occasionnée par ce genre d'action est difficile à chiffrer. Mais notre chiffre d'affaires de 2009 (1,8 milliard d'euros) devrait être en baisse ». Et les blocages n'arrangent rien, selon le responsable du MIN. Ce matin-là, à Lomme, la France qui se lève tôt et la France qui grève tôt pouvaient s'entendre sur une chose : les actions « coups de poings » ont un coût qui tombe tout sauf à point. wS.L.
Les organisations syndicales sont mobilisées depuis plusieurs mois contre le projet de réforme des retraites. Et l'action commence à peser aussi sur le budget revendicatif de celles-ci. Du coup, de ce côté-ci aussi, on compte... «On a explosé notre compte revendicatif ». Pour Pascal Catto, le responsable régional de la CFDT, comme pour tous ses alter ego syndicaux de la région, le constat est le même : la mobilisation a généré, depuis le mois de mai, des coûts non-négligeables. Difficile d'obtenir des chiffres précis en la matière toutefois. « Je ne sais pas dire combien, mais entre les bus, 600-700 E, pour les manifestations, les tracts, oui, ça fait des sommes importantes. Mais on a le budget prévu pour cela et s'il le faut, on s'organise différemment », témoigne Vincent Delbar de la CGT Nord. « La seule chose qu'on a bien rentabilisée, c'est la banderole intersyndicale », sourirait presque Pascal Catto. « Le matériel de manif, les drapeaux, ça, on les a depuis un moment, explique Fabian Tosolini, de la CFDT-Cheminots. Après, pour ce qui est tracts, environ 2 500 par parution, on s'organise... C'est pas la mer à boire non plus. Et puis il y a Internet, et énormément de bénévolat ». À Sud-Solidaires, on commence aussi à ressentir les effets de la mobilisation. « C'est énorme à notre niveau. Du coup, on va sans doute être obligé de serrer le budget prévu pour les campagnes d'élections professionnelles à venir », témoigne Éric Santinelli, de Sud Rail. Le troisième syndicat de cheminot indique aussi avoir mis en place une caisse de grève, « pour venir en soutien, le cas échéant, aux camarades grévistes, les plus précaires ». « Mais l'idée n'est pas du tout de compenser toutes les journées perdues. Ça laisserait croire aux gens qu'ils peuvent faire grève par procuration, puisque les grévistes sont quand même payés ». Le responsable de Sud Rail dans la région parle plutôt d'une somme de 100 à 150 euros, forfaitisée « parfois pour finir le mois ». Quand la grève... grève les budgets. w SÉBASTIEN LEROY


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Max : y-a-t-il un rapport avec...TIR(Slimane)...?
Odeladeule : Il va bien falloir qu'un jour un journaliste pose la question...
QUID : Après tout si MELANCHON bat le FN ... la défaite...
0avoir0 : Tant mieux, ça donne de l'espoir Le Pen représente...