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CROIX

Viol ou rapport consenti ? La question

Maître Philippe-Alexandre Lammens défend Lætitia, la jeune femme qui prétend avoir été victime d'un viol sous la menace d'une arme. Maître Philippe-Alexandre Lammens défend Lætitia, la jeune femme qui prétend avoir été victime d'un viol sous la menace d'une arme.

Depuis hier, Thierry V., un Croisien de 42 ans, comparaît devant la cour d'assises du Nord pour le viol d'une jeune femme âgée de 25 ans au moment des faits en 2005.



L'accusé, qui encourt 20 ans de réclusion criminelle, nie.
GILLES MARCHAL > gilles.marchal@nordeclair.fr
Eu égard à la personnalité du mis en cause et de la plaignante, les faits ne seront guère faciles à établir et les événements qui ont émaillé la première journée du procès, hier aux assises de Douai, ne vont pas faciliter la tache des jurés qui doivent rendre leur verdict lundi soir.


Dans le box des accusés, Thierry V. affiche un parcours plutôt décousu. Âgé aujourd'hui de 42 ans, il est père d'un enfant né il y a 16 ans et peut-être de deux autres issus d'un autre lit, mais cela reste hypothétique. Dans le doute il ne les a pas reconnus. Soudeur de profession, il vit depuis 10 ans en union libre avec et chez une Croisienne de quelques années sa cadette qui ne tarit pas d'éloges à son sujet malgré des écarts conjugaux. Le concubin se targue par ailleurs d'avoir eu 165 liaisons amoureuses au cours de sa vie. Ni plus ni moins.
Face à lui sur le banc des parties civiles, Lætitia, une jeune femme habitant Mons-en-Baroeul âgée aujourd'hui de 31 ans. Elle en avait 25 au moment des faits en 2005 et fréquentait déjà celui qui est devenu son mari. Elle affirme avoir été violée sous la menace d'un pistolet par Thierry V. le 13 juillet 2005. Problème, sa version et celle de l'accusé ne correspondent pas. Du moins c'était le cas avant que l'agresseur présumé ne change inopinément et radicalement de ligne de défense hier en fin de journée après avoir soutenu mordicus la même version pendant les 5 années d'instruction et les 6 premières heures d'audience. Seule certitude, les protagonistes se sont rencontrés quelques semaines avant les faits, au début de l'été 2005.
Selon la plaignante, c'est en se rendant à son travail à Wasquehal - Lætitia est aide soignante - qu'elle aurait été abordée par Thierry V. Celui-ci l'aurait « draguée » et lui aurait demandé son numéro de téléphone portable. La jeune femme aurait rapidement obtempéré d'autant que, affirme-t-elle, elle n'était pas insensible au physique de l'inconnu. Il faut préciser que Lætitia n'est pas vraiment une jeune femme comme les autres.
Atteinte d'une maladie orpheline, elle accuse une légère déficience mentale. Les experts psychiatriques qui l'ont examinée font état d'une personnalité « fragile » et « influençable ».
Toujours selon la jeune femme, une relation amicale se serait établie avec Thierry V., des SMS auraient été échangés et plusieurs rendez-vous convenus. La jeune femme reconnaît même des caresses et des baisers. Jusqu'au jour où elle décide de mettre un terme à la relation, nous sommes le 13 juillet 2005.
L'accusé l'aurait alors emmenée de gré chez lui. C'est là qu'il l'aurait intimidée au moyen d'une arme pour la forcer à pratiquer des actes sexuels avant de la ramener près de son lieu de travail. Quelques heures plus tard elle déposait plainte pour viol.

Mentir pour ne pas perdre
sa femme

Avant de revenir sur sa position hier soir, Thierry V., lui, niait tout en bloc pour, dit-il, « ne pas perdre (sa) femme » qui n'aurait pas supporté cet écart supplémentaire. Mis face à ses propres contradictions et sous la pression du tribunal, l'accusé a finalement reconnu avoir eu une relation avec la plaignante. Mais une relation consentie, assène-t-il.
Que disent les rapports de médecine légale ? Pénétration vaginale il y a eu, mais pas de trace de sperme ni d'ADN masculin. Cela étant le sexe de la jeune femme est très irrité. Impossible toutefois pour les médecins d'établir formellement le viol, tout juste subodore-t-on « un rapport d'une certaine violence ».
Pas de quoi déstabiliser Lætitia qui a maintenu formellement ses accusations tandis que le mis en cause, dont la personnalité est jugée « rigide » et le tempérament « agressif » par les experts psychiatriques, peine à expliquer ce qui aurait conduit la jeune femme à déposer plainte après un rapport « consenti ».
Une chose est certaine, sa condamnation à six mois de prison pour violences aggravées sur une ex-compagne et une première mise en accusation pour viol conclue par un non-lieu au début des années 2000, ne vont pas jouer en faveur de Thierry V. Les débats reprennent lundi matin à Douai.w


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