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Les débats sont lancés, sans tabou

Publié le 24/09/2010 à 00h00

« Quelle présence chrétienne dans le débat public ? » : c'est par cette interrogation qu'ont débuté, hier soir à la Catho, les premiers états généraux du christianisme initiés par « La Vie ».

Les débats sont lancés, sans tabou
« Quelle présence chrétienne dans le débat public ? » : c'est par cette interrogation qu'ont débuté, hier soir à la Catho, les premiers états généraux du christianisme initiés par « La Vie ».


Et la teneur du débat augure bien de la suite.
ISABELLE HODEY > isabelle.hodey@nordeclair.fr
Qu'attendre de ces états généraux du christianisme ? La question est légitime, puisqu'il s'agit d'une première nationale , « une fabuleuse aventure », selon les termes de Thérèse Lebrun, présidente de la Catho. Les premières discussions, sur le thème de la présence chrétienne dans le débat public, ont apporté hier soir un début de réponse. Que peut apporter une religion aujourd'hui minoritaire aux polémiques qui agitent la société ?


Première bonne surprise, le choix des intervenants, volontairement hétéroclites, avec des personnes qui « ne se sont jamais côtoyées » et que « les sujets sensibles n'ont pas effarouchées », dixit Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de La Vie . Un chrétien engagé dans le social - François Soulage, président du Secours catholique -, un prêtre spécialiste des questions de bioéthique - Bruno Cazin, médecin et vice-recteur de la Catho -, un philosophe de culture chrétienne mais non croyant - Yves Michaud - et un agnostique - Mohamed Abdelatif, médecin du travail -, invité de la dernière minute.
Si l'intervention de ce dernier a peu apporté au débat, les prises de position des autres ont été sans langue de bois. François Soulage a prôné une présence qui ne soit pas seulement paroles mais aussi actions de terrain portées par les valeurs chrétiennes : « Nous autres chrétiens devons nous considérer comme des acteurs sociaux à part entière. On est présent dans la pauvreté, le logement, l'immigration, la santé... C'est parce que les chrétiens sont dans l'action que leur parole a un sens. » D'où le projet Diaconia 2013, qui invite à mettre le service du frère au coeur de la vie des communautés. Et d'insister : « Cela montre bien que la religion n'est pas une affaire privée. Nous sommes là pour déranger, comme l'ont fait les évêques sur les Roms. » L'écoute est pour Bruno Cazin une autre source de légitimité de la présence chrétienne dans le débat, comme l'illustrent les discussions sur la bioéthique : « Il y a une volonté de l'Église de se situer dans un débat pluraliste, d'adopter des positions rationnelles pour pouvoir échanger avec d'autres. Si une telle parole est écoutée, c'est qu'elle sait écouter la parole de scientifiques, de philosophes... tout en restant attachée au symbole de la Croix. » Face à ces analyses, Yves Michaud - qui se dit « sidéré » par la faiblesse de la réflexion théologique, suscitant des protestations de ses interlocuteurs - apporte un point de vue un rien iconoclaste : « Il y a un manque de prise de risque et d'acceptation de la polémique. Vous avez trop accepté le politiquement correct. » Et la charge n'est pas terminée : « Où sont vos penseurs chrétiens aujourd'hui ? À l'Académie française... » Idem pour la politique : « Quand je vois pour représenter les chrétiens M me Boutin, excusez-moi ! Les politiques chrétiens doivent affirmer leurs valeurs dans chaque parti. » Quant aux médias, à l'heure de la société de l'information et de la communication, il y a là aussi selon lui du chemin à parcourir : « Il faut se donner les moyens d'une visibilité sociale. » Les états généraux peuvent peut-être y contribuer.w

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