Actualités de la région

[AUDIO] « Beaucoup de chrétiens investis dans l'action sociale et politique régionale »

Publié le 23/09/2010 à 00h00

98 % des chrétiens nordistes sont catholiques. Mais il existe aussi des communautés réformées, évangéliques et orthodoxes.

[AUDIO] « Beaucoup de chrétiens investis dans l'action sociale et politique régionale »
98 % des chrétiens nordistes sont catholiques. Mais il existe aussi des communautés réformées, évangéliques et orthodoxes.


Petit tour de cette vaste communauté avec le vice-recteur de la Catho, Bruno Cazin.

Les chrétiens de la région sont-ils très pratiquants ?


>> Oui dans certaines zones (Vallée de la Lys, Marcq-en-Baroeul, Lambersart, les Flandres) : le phénomène des neuvaines (9 jours de prière) reste vivace à Dunkerque ou à Bailleul. Dans le bassin minier, Fives-Hellemmes, Lille-Sud... la pratique est beaucoup plus faible. Mais notre région a une communauté chrétienne fervente dans des quartiers populaires. Il y a aussi beaucoup de gens qui se disent catholiques et qui fréquentent les églises uniquement aux moments forts de leur vie, si bien qu'ils se souviennent toujours de l'église où ils se sont mariés, parce que ce sont des moments qui touchent à l'existentiel.
Est-ce une communauté en déclin ?
>> Il y a une perte d'influence globale des églises traditionnelles dans toute l'Europe occidentale. Il faut aussi tenir compte d'un phénomène récent, le pluralisme religieux (islam, bouddhisme), qui nous invite au dialogue. En même temps, il y a des signes évidents de vitalité et de prise d'initiatives. On tend de plus en plus vers un christianisme de choix, avec un renouveau du désir des chrétiens de lire la Bible et de l'interpréter en communauté (mois de la Bible à Dunkerque, Maison de l'Évangile dans le diocèse d'Arras...).
Y a-t-il beaucoup de dialogues entre chrétiens ?
>> Oui, même si notre région est marquée par un déséquilibre important. On s'invite aux grands événements, il y a des rencontres prêtre-pasteur, des moments de convivialité...
Quel est le rôle des chrétiens dans la société nordiste ?
>> Ils ont une inscription forte dans la vie sociale, parce que nous sommes une région marquée par une forte industrialisation : dès la fin du XIXe siècle, des dirigeants d'entreprise et des ouvriers ont cherché à vivre leur foi dans la responsabilité. On retrouve donc des chrétiens investis dans l'action politique, dans les syndicats, dans le monde éducatif et il y a une proportion d'écoles catholiques supérieure à la moyenne nationale (plus de 50 % à Roubaix-Tourcoing). Des chrétiens sont aussi investis dans beaucoup d'associations non confessionnelles. Et on retrouve aussi des mouvements à caractère plus spirituel où des chrétiens se réunissent une fois par mois en petites équipes fraternelles pour observer leur vie au regard de l'Évangile et s'entraident dans la prise de décision et leur engagement dans la société.

Quelles questions se posent les chrétiens aujourd'hui ?

>> Ils ressentent assez fort que notre société met l'accent sur des choses peu compatibles avec le christianisme, comme le culte de la réussite (gagner à tout prix quitte à écraser les autres), l'exclusion sociale (chômage, éducation, origine étrangère...). Beaucoup s'investissent pour essayer de colmater des brèches, mais on sent bien qu'il y a une tendance à favoriser les gagnants et ignorer ceux qui ne réussissent pas. La société de consommation aussi fait croire que le bonheur va être dans l'abondance des revenus alors que les chrétiens s'engagent plus dans une convivialité familiale au quotidien. On peut être inquiet du nombre impressionnant de situations familiales difficiles.
Quelle peut-être la réponse de l'Église ?
>> Je pense que l'Église peut apporter des valeurs comme le respect des plus faibles, l'exigence de justice, l'importance de la gratuité (don), de la beauté et d'une certaine sagesse alors qu'on a l'impression aujourd'hui d'être dans une société frénétique, bruyante, où tout se monnaie. Notre archevêque, Mgr Ulrich, a souhaité que cette première année de préparation au centenaire du diocèse de Lille soit centrée sur l'engagement des chrétiens dans la société. Il sait que c'est un atout des chrétiens de cette région, il sait aussi que l'heure est peut-être un peu moins à l'engagement que dans les année 70-80, que l'individualisme progresse. Il veut donc donner l'opportunité aux chrétiens de réfléchir à cela et les états généraux du christianisme viennent rencontrer ce désir.
PROPOS RECUEILLIS PAR ELODIE RAITIÈRE

Nord Éclair