Éparpillement du front humanitaire
Publié le mercredi 22 septembre 2010 à 06h00 - MATTHIEU MILLECAMPS > matthieu.millecamps@nordeclair.fr
Mathieu Quinette, de Médecins du Monde, fin août, sur le campement de Loon-Plage qui a été détruit la semaine dernière. Photo Nord éclair
Un an après le démantèlement spectaculaire de la « jungle », le nombre de migrants dans le Calaisis a baissé. Mais à Dunkerque, face à un afflux loin d'être tari, Médecins du Monde tente de répondre aux besoins vitaux des migrants.
Le lieu change, mais le décor est quasi identique. Des cabanes de bric et de broc, occupées par des migrants de passage. Dans le Dunkerquois, des campements hébergent depuis de nombreuses années des migrants venus d'Afghanistan, d'Irak, d'Iran ou d'Afrique sub-saharienne. Jusqu'à la semaine dernière, il y avait trois sites connus des associations : Grande-Synthe, Téteghem et Loon-Plage. Il n'en reste que deux. Le matin du mercredi 15 septembre, la police est intervenue à Loon-Plage. Sept personnes ont été interpellées, dont quatre mineurs. Libérées dans l'après-midi, ces dernières sont retournées sur les lieux, pour découvrir des cabanons rasés. « Certains avaient leurs sacs à dos à l'intérieur, qui est souvent tout ce qui les rattache à leur ancienne vie et qui contient aussi pour certains des preuves du bien-fondé de leurs demandes d'asile », explique Mathieu Quinette, coordinateur de Médecins du Monde sur le littoral. Des militants associatifs avaient apporté des tentes le jeudi soir. Vendredi matin, nouvelle intervention de police, avec confiscation des tentes. « Depuis, le terrain est sous surveillance policière permanente », affirme Mathieu Quinette, qui ne décolère pas (lire ci-contre). Les lieux changent.
Sauf que, là où les conditions de vie et d'accès aux soins se sont largement améliorées dans le Calaisis (lire ci-dessous), dans le Dunkerquois, Médecins du Monde en est à mettre en place « une opération telle qu'on en mène habituellement dans les pays du Tiers-Monde : celle d'assurer l'accès à l'eau et aux sanitaires ». Dans le langage des ONG internationales, on dit « Watsan » (water & sanitation, pour « eau et assainissement »). Vincent Hirel, logisticien de Médecins du Monde, a été envoyé à Dunkerque tout spécialement. La nécessité de mise en place de systèmes basiques d'accès à l'eau est née des observations de Médecins du Monde.
La proportion de dermatoses était devenue alarmante chez les migrants. Près de 40 % d'entre eux étaient touchés. Pour agir sur le « facteur pathogène », l'absence d'accès à l'eau et donc le manque d'hygiène, Médecins du Monde a décidé d'installer douches et citernes.
À Grande-Synthe, grâce notamment à une municipalité conciliante, des douches ont été montées, ainsi qu'une citerne. Idem à Téteghem, où la mairie mettait déjà à disposition, une fois par semaine, les douches d'un stade municipal. Sur le campement de Loon-Plage, terrain propriété du Port Autonome de Dunkerque, l'installation d'un point d'eau a très vite été largement entravée. Jusqu'en février dernier, les migrants puisaient leur eau à un robinet tout proche. Mais ce robinet a été coupé, « sur ordre du préfet ».
Si la question de l'accès à l'eau des migrants qui avaient trouvé refuge sur ce campement désormais démantelé ne se pose plus, Mathieu Quinette insiste tout de même sur le fait que, « depuis une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies du 28 juillet 2010, l'accès à l'eau potable est un droit fondamental ». Il y a visiblement loin de la coupe aux lèvres.w
En août 2009, on comptait environ 1 500 Afghans ou Irakiens dans la région, dont plus de la moitié autour de Calais. Plusieurs centaines vivaient dans la « jungle ». Aujourd'hui, ils seraient environ 500 à vivre dans les campements.Selon les estimations d'associations humanitaires, le nombre de migrants occupant les campements de fortune entre Calais et Lille aurait baissé, depuis le démantèlement très médiatique de la « jungle », il y a un an. Ceux-ci seraient désormais majoritairement originaires d'Afrique noire, selon les ONG qui observent un renouvellement total de la population toutes les trois ou quatre semaines. « Chaque jour, on voit des têtes nouvelles. Beaucoup passent en Angleterre tandis que l'afflux d'Africains est continu », explique Mathilde Tiberghien, du bureau local du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).Tous les Afghans présents en 2009 dans la « jungle », aussi appelée « petit Kaboul », ont disparu, partis tenter leur chance dans d'autres pays européens, renvoyés en Afghanistan ou placés dans des foyers sur l'ensemble du territoire en attendant d'être fixés sur leur sort. « La situation n'est pas réglée, il y a encore des mouvements (de population), mais depuis un an Calais connaît une certaine tranquillité » , résume la maire de la ville, Natacha Bouchart.Pour ceux qui continuent d'arriver, les conditions d'accueil se sont améliorées. Un centre unique pour la distribution des repas, une permanence médico-sociale et des douches en dur ont été construits. Le Secours catholique est installé dans des locaux neufs, des cours d'alphabétisation ont été mis en place et les réfugiés peuvent désormais déposer leur dossier d'asile à Calais même, plutôt qu'à Arras.« Les conditions matérielles sont nettement meilleures qu'il y a un an. Les installations, même sommaires, ont donné un confort certain aux migrants et aux associations », relève Jean-Claude Lenoir, président de l'association Salam qui distribue le repas du soir aux migrants.Pour autant, les conditions d'hébergement restent très précaires : la « jungle » détruite, une myriade de microcampements a vu le jour.Les autorités maintiennent une pression constante sur les migrants qui « sont réveillés, trois, quatre, cinq fois par nuit, embarqués et libérés à plusieurs kilomètres du centre », leurs cahutes mises à terre par les CRS, affirme l'abbé Boutoille, du collectif C'Sûr. Par lassitude ou par choix, informés par le HCR des restrictions à l'immigration adoptées en Angleterre, des migrants renoncent à tenter le passage. Les opérations policières les incitent aussi à régulariser leur situation. Le nombre de demandes d'asile a ainsi fortement augmenté au regard de la population : 690 depuis le début de l'année, contre 896 en 2009.w


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Max : y-a-t-il un rapport avec...TIR(Slimane)...?
Odeladeule : Il va bien falloir qu'un jour un journaliste pose la question...
QUID : Après tout si MELANCHON bat le FN ... la défaite...
0avoir0 : Tant mieux, ça donne de l'espoir Le Pen représente...