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Roms : « Le pape était dans sa mission de pasteur »

Publié le 24/08/2010 à 00h00

PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTELLE JEUDY > christelle.jeudy@nordeclair.frAncien vice-recteur de la Catho de Lille, Monseigneur Bernard Podvin est devenu fin 2008 secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France et porte-parole de cette instance.

Roms : « Le pape était dans sa mission de pasteur »
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTELLE JEUDY > christelle.jeudy@nordeclair.frAncien vice-recteur de la Catho de Lille, Monseigneur Bernard Podvin est devenu fin 2008 secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France et porte-parole de cette instance.


En évoquant les propos tenus par le pape dimanche au sujet des Roms, il revient sur l'engagement de l'Église.

Dimanche, le pape Benoît XVI a invité des pèlerins français, et dans notre langue, à accueillir les hommes de toutes origines, à savoir accueillir « les légitimes diversités humaines ». Puis il a incité les parents à éduquer leurs enfants « à la fraternité universelle ». Qu'a-t-il vraiment voulu dire ?



>> Le pape commentait la parole de Dieu et s'adressait effectivement à des pèlerins français. Il était pleinement dans sa mission de pasteur, soucieux d'une concrétisation fraternelle. Mais il arrive souvent au pape, dans ses exégèses, d'évoquer l'actualité. Vous seriez impressionnée par le nombre de sujets qu'il lui arrive de balayer, de l'environnement à la réforme des institutions, en passant par la crise monétaire, la guerre et la paix, le dialogue et les médiations que l'Église peut engager. Il a ainsi récemment plaidé pour une sollicitation de la communauté internationale après les inondations au Pakistan. Le pape a de nombreuses préoccupations éthiques.
Certains membres du gouvernement, comme le ministre de l'Agriculture, Bruno Lemaire, en ont aussitôt profité pour rappeler la règle de la séparation de l'Église et de l'État. Que vous inspire ce type de réaction ?
>> Personnellement, je prête au pape une parole universelle et je me refuse à une lecture politicienne de ses propos. Il est évident qu'il regarde le monde et sa parole reste libre, au-delà de la France.
Il a désiré rappeler l'existence d'une fraternité transcendant les clivages et qui soit un lieu de réalisation des différences. Bien sûr que l'Église respecte la loi de 1905 ; mais tout étant respectueux de la laïcité, on peut apporter une contribution aux débats de société. La parole du pape ne dicte pas la République mais l'Église catholique a depuis longtemps une tradition de parole sur de nombreux sujets, dans le respect de la pluralité des opinions.
Sur la question plus précise des populations roms, quelle est finalement la position du pape ?
>> Le pape sait bien que l'on ne va pas régler la question des migrations de populations sans l'attaquer à une échelle mondiale. Mais cela doit se faire en veillant aux droits inaliénables de la personne, à ses droits imprescriptibles. Les enjeux humains dépassent les sphères croyantes. Bien sûr, sur la question des Roms, personne n'a la solution parfaite ni la science infuse. C'est une question délicate, qui pose des enjeux démographiques, mais aussi de sécurité, de tradition, de conditions de vie.
C'est aussi ce qu'a rappelé le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence épiscopale, qui a dit craindre également un amalgame entre Roms et gens du voyage...
>> Oui, le cardinal ne souhaite pas que l'on collectivise cette question et il rappelle que toute situation est à considérer dans le particulier. Puisque les enjeux sont complexes, cette question est à regarder avec précaution. En espérant dépasser les enjeux polémiques, en regardant la profondeur des choses, ce que représentent les présences migratoires en France. Les réalités des gens du voyage sont aussi complexes et pour l'Église, il faut donner la parole à toutes ces réalités. Dans les pèlerinages auxquels participent actuellement de nombreux gens du voyage, ils expriment leur foi mais aussi leur angoisse. Or, pour mieux se comprendre, il faut d'abord dialoguer.
Le ministre de l'Intérieur a proposé au cardinal André Vingt-Trois de le rencontrer. Ce que le cardinal a accepté. C'est inhabituel ?
>> Non. Vous savez, en juillet dernier, le Premier ministre a reçu ce que l'on appelle « l'instance Matignon », une réunion de dialogue entre l'Église catholique et l'État (réunions régulières instaurées en 2002, sous le gouvernement Jospin, ndlr). Des questions de rythmes scolaires, réformes bioéthiques y ont été abordées, et sans que cela ne fasse un grand tapage !
Mais finalement, que réclame l'Église au milieu politique ?
>> Quelques évêques avaient écrit un texte pour réhabiliter la responsabilité politique, pour dire qu'il y a une noblesse dans l'action politique et sociale. C'est ce que l'Église veut, sans polémique.
Que pensez-vous des propos tenus par le père Arthur, à Lille, envers le président Sarkozy, propos qu'il a finalement regrettés un peu plus tard ?

>> Nous avons coutume de laisser l'archevêque local s'exprimer dans ce cas, c'est ce qu'a fait Mgr Ulrich (voir en page 6). Je dissocie la parole du père Arthur de son engagement : il fait tout son possible, par une présence aimante auprès des populations Roms, il y met le maximum de ses forces, avec une sacrée espérance. Mgr Ulrich a réprouvé ces propos, je suis convaincu que le père Arthur a compris cette position et moi, j'ai entendu ses regrets.w Lire aussi nos informations nationales en page 35.
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Je dissocie la parole du
père Arthur de son engagement : il fait tout son possible, par
une présence aimante auprès des populations roms, il y met
le maximum de ses forces.

Nord Éclair