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NOYELLES-LÈS-SECLIN

Fermeture de l'usine Michelin : difficile adieu aux pneus

À la sortie de l'usine, tout le monde a le coeur lourd. Photo Ludovic Maillard À la sortie de l'usine, tout le monde a le coeur lourd. Photo Ludovic Maillard

Dernier jour pour la trentaine de salariés qui travaillent encore à l'usine Sodemeca - Michelin. Hier, ils ont partagé un pot de départ pour dire au revoir à une « grande famille ».




ÉLODIE RAITIÈRE > region@nordeclair.fr
En guise de cadeau d'adieu, la direction leur a offert une Porsche. Modèle réduit. « J'aurais préféré qu'ils m'offrent une vraie, mais bon... », plaisante Philippe Couvelard.


À 45 ans, ce père de deux enfants ne s'inquiète pas pour son avenir. « Moi ça va, ma femme travaille comme expert-comptable et je vais retrouver du travail facilement, j'ai déjà bossé dans la menuiserie. Le problème, c'est pour les autres... », explique-t-il, en jetant un regard soucieux vers son collègue, Joël Waterlos. Chez Sodemeca, on les appelait Tic et Tac. « Quand Philippe est arrivé, j'étais en poste aménagé à cause de mes problèmes de santé et comme je ne pouvais presque rien faire, il était toujours avec moi. Un jour un électricien nous a appelés Tic et Tac, ça a fait marrer et c'est resté ! ». Joël a dix ans de plus et il souffre de plusieurs cancers. « Je vais partir en invalidité et ils vont me financer mon permis de conduire. Ils ont bien fait les choses quand même ».
Alors que Philippe et Joël rangent leur cadeau dans leur voiture, trois camions grue passent les grilles de l'usine. Ce sont les déménageurs. Le bâtiment de 9 000 m² a déjà été vidé de la moitié de ses machines. « On a de quoi faire un vrai terrain de football là-dedans », sourit Frédéric Regniez. Militant CGT pendant les négociations, le jeune homme a aussi eu l'honneur de conduire l'une des deux dernières machines en fonctionnement lors de la fabrication du dernier pneu, un 285/30/19 Mercedes « Ca fait un gros pincement au coeur. Tout le monde était réuni autour de moi, même la direction était là ». C'était mercredi, à 11 h 45. Hier, le précieux pneumatique a été dédicacé au stylo blanc par la trentaine de salariés qui étaient présents au pot de départ. « Il y avait vraiment une très bonne ambiance ici, très familiale, on se voyait souvent en dehors des heures de travail, je ne retrouverai jamais ça dans une autre usine », regrette Frédéric. Il a décidé de dire « basta » à l'industrie et s'est inscrit pour un atelier découverte du métier d'animateur.

« C'est dur »
Sur le parking de l'usine, tout le monde a le coeur lourd. Chaque poignée de main est peut-être la dernière. On parle peu mais les regards en disent long.
Un à un, les ouvriers sortent au compte goutte avec un petit sac plastique jaune qui contient le cadeau du patron. « C'est dur », lâche Rohan Morel, les lèvres pincées. Il porte une petite pile dans ses bras. Son bleu de travail, ses chaussures de sécurité, ses gants : seize ans chez Sodemeca.
Depuis le 17 juin 2009, date de l'annonce de la fermeture, l'ambiance a beaucoup changé. La résignation a remplacé la colère du début. Pendant plus de quatre mois, il a fallu se battre pour obtenir de bonnes conditions de départ. Puis les premiers salariés sont partis en novembre : quatre vagues de 40 personnes. Pour Frédéric comme pour tous, « c'était vraiment difficile à vivre parce que le site s'est vidé petit à petit ». Autre moment important, l'anniversaire de l'annonce de la fermeture du site. « On a installé une plaque mortuaire devant le bibendum Michelin à l'entrée, histoire de marquer le coup ».
Hier Frédéric a rendu ses clés et son badge à l'agent d'accueil. Au mois de septembre, ce dernier verra passer quelques salariés, qui viendront faire les derniers nettoyages, puis les potentiels acheteurs de la coquille vide.w


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