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ARRAS

Main Square : pour France Leduc, « c'est un coup monté »

France Leduc : « C'est un coup monté » France Leduc : « C'est un coup monté »

À la veille du festival, la fondatrice du Main Square, révoquée par Live Nation, s'exprime pour la première fois sur cette affaire. France Leduc, laissée hier à la porte de la Citadelle d'Arras, dit vouloir rétablir la vérité. Interview exclusive.




Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ?
>> Je me suis rendue (hier, ndlr) à la Citadelle d'Arras et on m'a laissée devant la porte de mon festival, celui que j'ai créé, monté et pour lequel j'ai passé mes jours et mes nuits à bosser comme une malade. C'est inhumain d'agir de la sorte. Comment peut-on n'avoir à ce point aucun respect de la personne ?


N'était-ce pas votre droit juridiquement, suite à la décision rendue mardi par le tribunal de commerce ?

>> Il y a eu une ordonnance du juge où on m'a mandatée pour assister l'administrateur judiciaire. Je suis allée à Arras pour chercher des documents relatifs notamment à la sécurité, au permis de travail, aux assurances que je devais amener à ce dernier. Je suis restée une heure et quart devant la grille et on ne me répondait pas. On a donc fait un procès verbal de constat. On ne traite pas comme ça quelqu'un qui a été totalement à leur service pendant trois années.
Qui contrôle donc le Main Square Festival ?
>> Les hommes d'Herman Schueremans. Il y a presque 100 % de firmes étrangères hormis Vérone pour la technique et Athéna pour le service de sécurité. J'ai fait un mail le 31 mai dernier en disant qu'on ne pouvait pas me demander d'aller chercher des subventions aux conseils régional, général, à la SACEM quand aucun prestataire français n'a été approché pour travailler sur le festival. Je me suis investie comme jamais, mais à un moment il y a des choses qui ne sont pas possibles pour moi. Je me suis battue pour qu'on laisse la deuxième scène à des entreprises régionales. Philippe Lengelé, le directeur de production et protecteur d'Herman Schueremans (directeur du festival de Werchter, ndlr), est rentré dans un bras de fer.
Comment avez-vous vécu votre révocation qui date du 11 juin ?
>> Elle a été faite par mail. J'ai fait un mot à Alan Ridgeway (président-directeur général de Live Nation International, ndlr) en lui disant qu'il tuait son meilleur soldat. Je suis celle qui a défendu Live Nation dans la presse, qui a fait entrer le loup dans la bergerie, qui s'est mouillée pour eux.
On me répétait sans cesse qu'on était en Ligue 1.
Pourquoi, à votre avis, Live Nation vous a écartée ?
>> Quand j'ai démarré la programmation en septembre, j'ai fait un business plan. Mais les équipes de Live Nation ne se sont pas préoccupées des fondations, des coûts de la logistique.
C'est pourtant le b.a.-ba. Mais Herman avait pris la main sur le festival.
À partir de quand ?
>> À partir du moment où Philippe Lengelé, qui avait donné d'emblée des budgets a, sur une semaine de temps au mois de mars - quand la majorité des billets sont vendus - tout multiplié par deux. Comme j'avais peur que le budget explose, je ne signais plus un seul bon de commande. Je n'avais plus de contrôle sur le budget et on me disait : « Occupez-vous de vendre des billets ». Il y a toute une machination diabolique pour m'éliminer.
Vous sentez-vous trahie ?
>> Bien sûr. Herman a écrit un mail à Christophe Serieys (responsable communication de la mairie d'Arras, ndlr) pour lui demander de signaler qu'il ne voulait plus de moi. Et lui l'a fait. Ce mail est aujourd'hui produit en justice contre moi. Sauf que Serieys m'a envoyé un courriel le 25 juin qui dit : « Tout le monde a manipulé tout le monde dans cette affaire. Je n'oublierai, ni moi ni le maire, ce que tu as fait pour Arras depuis 2004 ». Je me demande aussi ce que fait le maire. On ne laisse pas seule celle qui lui a tout amené. Je ne comprends pas pourquoi il ne réagit pas.
Live Nation a-t-il débauché certains de vos anciens salariés ?
>> Le lundi qui a suivi ma révocation, il n'y avait plus rien dans les bureaux. Qu'est-ce qui permet de récupérer du personnel très vite ? La démission aux torts de l'employeur. C'est la seule façon de te barrer immédiatement. Ils ont demandé aux employés d'écrire des lettres ahurissantes. Une de mes salariées, qui travaille avec moi depuis 25 ans, a refusé leur proposition d'embauche. Pour une soi-disant harceleuse, elle a drôlement tenu le coup... Ceux qui ont témoigné contre moi m'ont envoyé auparavant des mails où ils m'encensaient. Le personnel est parti avec les ordinateurs. Ils ont été renvoyés quatre jours plus tard en provenance de la Citadelle... Curieux, non ?
« On ne veut pas de moi
sur le site »

N'avez-vous pas essayé de renouer le dialogue avec Live Nation ?
>> La moindre des choses quand tu as un problème avec quelqu'un, tu l'appelles, tu n'envoies pas un mail. L'objet de la révocation, ce sont les budgets qui explosent. On n'a jamais voulu embaucher chez Live Nation France Festival et là, comme par hasard, le 11 juin, on embauche quatre personnes. Vous vous rendez compte : je me retrouve sans structure et Guy Marseguerra (directeur de Vérone production, promoteur local, ndlr) a repris gentiment mes concerts à l'année.
Comment imaginez-vous la suite ?
>> Il se passe quelque chose chaque jour.
Plus de 110 000 billets sont vendus avec ma licence. Pour moi, la révocation n'est pas recevable. C'est un coup monté.
Pourquoi veulent-ils vraiment votre tête ?
>> Parce qu'il y a une holding à Paris et qu'ils veulent remonter le Main Square chez elle.
Quelle attitude allez-vous adopter à la veille du festival ?
>> On ne veut pas de moi sur le site. Mais je vais y retourner tous les jours.

Vous ne serez donc pas sur le site ?

>> J'ai acheté des billets pour mes enfants et moi. J'irai avec eux.
Cela ne va-t-il toujours pas à l'encontre de la procédure ?
>> Live Nation anticipe déjà l'appel de cet après-midi (Cour d'appel de Douai, ndlr). Il faut être très fort psychologiquement. Mon contrat s'arrêtait avec eux au mois de juillet et mon intention n'était pas de continuer. Donc je ne comprends pas.
Allez-vous vous battre jusqu'au bout ?
>> Évidemment. Je me suis tellement investie, j'ai perdu à cause de Live Nation les trois quarts de mes producteurs. Vous savez, j'avais un meilleur exercice financier avant et surtout une famille. J'en suis à un stade où on me fout dehors comme une moins que rien. Ils m'ont rincé ma santé, sali mon honneur et m'ont détruite.w


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