Pentecôte : un jour férié qui résiste bien... ou pas !
Publié le dimanche 23 mai 2010 à 06h00
Un temps supprimé, le lundi de Pentecôte est redevenu un jour férié il y a deux ans : les organisateurs de tournois sportifs, nombreux en cette période de l'année, s'en félicitent.
Tout comme les catholiques qui célèbrent aujourd'hui la venue de l'Esprit saint sur les apôtres.
CHRISTELLE JEUDY > christelle.jeudy@nordeclair.fr
Il y a un temps pour tout. Et il n'est pas dit que ce lundi de Pentecôte soit celui du travail. Rayé de la liste des jours fériés en 2004 par le gouvernement Raffarin, en réaction à la canicule de l'été 2003 qui avait fait 15 000 morts, ce lundi alors décrété journée de solidarité a résisté à la volonté réformatrice du législateur. À l'époque, les protestations d'associations sportives, des milieux catholiques et du monde salarié avaient été nombreuses.
À l'Iris club de Croix, où le 54e tournoi international de football bat son plein ce week-end (lire par ailleurs), on n'a pas oublié les menaces qui ont pesé sur l'édition 2004. Le président du club, Alain Penet, s'en était même ému dans une lettre au Premier ministre d'alors, Jean-Pierre Raffarin. « J'ai très mal réagi. Je lui ai dit que je n'avais rien contre la journée de solidarité mais qu'il y avait tout de même autre chose à faire que supprimer le lundi de Pentecôte, une période propice à de nombreux tournois de foot avec la fin de saison et l'arrivée des beaux jours » , explique le bénévole croisien. « À un moment, on a même pensé revoir la formule du tournoi. Faire tenir la compétition sur deux jours avec 12 équipes, c'était trop compliqué alors on s'est dit "basta, on continue comme ça", on verra bien », ajoute Corine Bonvarlet, manager général de la manifestation. Ne rien changer, et ils ont bien fait les bénévoles croisiens puisque « finalement, l'édition 2004 n'a pas été trop perturbée. Les gens qui viennent nous aider ont posé des journées de congé. Par contre, on n'a pas eu la musique municipale qui joue les hymnes avant la finale du lundi de Pentecôte », regrette Corine Bonvarlet en s'avouant « soulagée » que le lundi de Pentecôte soit redevenu férié. « C'est plus pratique pour tout le monde, une tranquillité d'esprit. » « Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre.
Cette journée de solidarité imposée le lundi de Pentecôte aurait été le fossoyeur de tous les tournois de foot », conclut le président Penet.
Le « beau sacrement »
de la confirmation
Mais la Pentecôte est aussi un temps fort religieux. C'est aujourd'hui que les catholiques célèbrent la venue de l'Esprit saint sur les apôtres, un jour qui sera marqué à Lille par la confirmation de 112 adultes. Le père Romuald Carton, qui les accompagne, se souvient de cette journée de solidarité qui, imposée le lundi de Pentecôte, compliquait les rassemblements familiaux. Mais pas seulement. « Avant, le lundi de Pentecôte était une fête d'obligation, consacré à la relecture des textes avec les nouveaux baptisés et confirmés. Depuis Vatican II, ce n'est plus un jour solennisé mais le don que l'on reçoit à la confirmation est un si beau sacrement que l'on a bien droit à une journée, lendemain de la venue de l'Esprit saint, pour méditer sur l'enseignement reçu », estime le père Carton. Qui n'a rien contre la journée de solidarité, « une bonne décision, ce n'est pas moi qui vais dire le contraire, mais qui posait problème dans son application. » Et dans l'Éducation nationale ? L'Inspecteur d'académie de Lille, Jean-Pierre Polvent, se dit « régulièrement interrogé sur le caractère pérenne » de la journée de solidarité. Oui, celle-ci doit bien être effectuée par les personnels enseignants des premier et second degrés, et les personnels d'éducation, « sur une journée ou deux demi-journées » consacrées hors temps scolaire au projet d'école ou d'établissement. Et cela peut se faire sur le temps du lundi de Pentecôte ou autre jour chômé, hors 1er mai et congés annuels. Mais rares sont les établissements scolaires où l'on verra des enseignants ce lundi. « À notre connaissance, aucun », note l'inspection académique. « Une fois, la journée de solidarité nous a été imposée le lundi de Pentecôte, ça a un peu flotté. Pour les parents, c'était un pont mais nous, enseignants, on a fait un barbecue dans la cour de l'école » , se souvient Pierre Schiettecatte, directeur de l'école du Capreau à Wasquehal, où le choix s'est porté sur une concertation « en trois fois deux heures, le soir. » Alors, férié ou pas, ce lundi de Pentecôte ? « Férié » pour Marie-Christine Varrasse, une animatrice en pastorale au diocèse de Lille qui reconnaît cependant être « partagée entre la société dans laquelle on vit et les valeurs auxquelles on tient. » Elle ne sera pas la seule ce 24 mai.w
Même si le palais de Justice de Lille somnole un peu en ce week-end prolongé, pas de jour férié pour les juges de la liberté et de la détention (JLD) et les avocats de permanence : les « clients » pour la détention ou rétention y sont nombreux. La liberté, c'est un grand principe et il existe même des juges spécialisés sur cette question. Les juges de la liberté et de la détention (JLD) examinent entre autres la question des internements psychiatriques forcés, des rétentions d'étrangers en séjour irrégulier, des mis en examen dont le juge d'instruction demande l'incarcération et des comparutions immédiates. Les comparutions immédiates ? Eh oui, les comparutions immédiates ne sont plus du tout immédiates quand les juges des chambres correctionnelles sont absents trois jours de suite. X., petit délinquant banal, peut donc être interpellé jeudi matin, passer deux jours en garde à vue et... ne pas passer en comparution immédiate le lendemain de la fin de sa garde à vue comme le veut la loi. Car, samedi, pas de chambres correctionnelles qui siègent. Un JLD va donc examiner sa demande de remise en liberté. Si c'est non, X. va mariner en détention trois jours de plus, jusqu'à mardi. « Évidemment, cinq jours de détention sans être jugé, c'est déjà beaucoup mais il faut savoir aussi que c'est cinq jours sans quasiment de contact avec l'extérieur, sans changement de linge, sans documents, etc. » résume Me Antoine Berthe. Le juge de la liberté et de la détention va examiner également le cas des étrangers en rétention au centre de Lesquin : une dizaine de demandes de prolongation de la rétention demandées par la préfecture seront ainsi jugées ce dimanche. Peuvent s'ajouter, pour le JLD durant trois jours, des incarcérations demandées par le juge d'instruction, des mandats d'arrêt exécutés, des gens psychiatriquement dangereux, puis l'examen des contrôles judiciaires des interpellés remis en liberté. Deux voire trois JLD vont donc se relayer pour des journées parfois interminables. Et une fois de plus, le juge des libertés et de la rétention (JLD) aura bien mérité son surnom : « Jamais Là à Dîner »...w DIDIER SPECQ
Dès 2003, la CFTC avait protesté contre la suppression du lundi de Pentecôte férié. Ce combat continue : le syndicat a déposé un préavis de grève national pour demain lundi. Explications de Pierre-Richard Bontinck, président régional. Le lundi de Pentecôte est redevenu férié depuis 2008. Alors pourquoi avoir déposé ce préavis de grève pour demain ? >> Parce que ce jour reste tout de même un grand foutoir ! C'est vrai que depuis l'instauration de la journée de solidarité, chacun a pris ses habitudes, il y a eu des arrangements, mais il y a encore des cas où travailler le lundi de Pentecôte est imposé aux salariés, notamment quand ça arrange l'employeur. Quand le gouvernement avait créé la journée de solidarité, en 2003, on avait lancé la pétition « Touche pas à mon lundi de Pentecôte » et ça reste un leitmotiv. L'appel à la grève lancé pour demain, c'est plus une mesure symbolique de protestation. Pour dire qu'il n'y a pas de raison de remettre en cause ce jour férié et couvrir les salariés qui choisiront, comme on le dit dans notre communiqué, « la vie familiale, associative, personnelle ou spirituelle à l'occasion de ce 24 mai, ou tout autre jour imposé par leur employeur sous le couvert d'une fausse solidarité ». Vous êtes aussi contre la journée de solidarité ? >> On dit que ce sont les salariés qui trinquent pour un problème de solidarité qui devrait être supporté par tout le monde. La CFTC est pour une solidarité partagée et on sait que l'argent provenant de cette journée ne va pas comme il le devrait à la grande vieillesse. On a rendu le processus illisible, on ne sait plus qui fait quoi le lundi de Pentecôte. Et quand la journée de solidarité est fixée à un autre jour que celui-là, personne n'a conscience de travailler pour cette raison-là. Ce devrait d'ailleurs être une grande cause nationale : comment financer et dans quelles conditions accueillir nos personnes âgées ? C'est un problème qui ne peut se régler en un seul jour ou par une mesure gadget.wPROPOS RECUEILLIS PAR C.J.



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