Ils vous concoctent des paniers de légumes frais
Publié le mercredi 12 mai 2010 à 06h00
À Pérenchies, Isabelle et Patrick ne vendent plus leurs légumes aux supermarchés. Ils ont créé une AMAP et préparent désormais des paniers chaque semaine...
MARIE GOUDESEUNE > region@nordeclair.fr
Naissance à Pérenchies le 16 avril 2009. Nom : Lomme de terre. Signe particulier : c'est une AMAP, ce nom que chacun a déjà entendu sans pour autant savoir ce qu'il veut dire. AMAP, donc, signifie association pour le maintien d'une agriculture paysanne. « Nous sommes des paysans », insistent d'ailleurs Isabelle et Patrick Ruhant, maraîchers de cette fameuse Lomme de terre. De ceux qui travaillent dans les champs pour nourrir les hommes !
Retour dans le passé : le couple vend ses légumes aux supermarchés. Il passe par une centrale d'achat, vend des salades sans puceron qui font « autant de grammes et surtout pas moins ». Des salades « qu'on nous achète au plus bas, en nous imposant le prix, la quantité, chacun prenant sa marge au passage ». Isabelle et Patrick ne se retrouvent finalement pas dans « ce système » et décident de trouver un autre débouché, en complément de la vente directe et sur les marchés.
Car ces pratiques via les circuits courts « classiques » ne suffisent pas : « On a une clientèle fidèle, mais fluctuante. On ne sait jamais, au final, si on va tout vendre. Les gens ne font pas leur marché s'il pleut, s'ils ont vu l'offre spéciale d'un magasin, etc. Nos propres voisins ont tendance à acheter leurs légumes en grande surface plutôt que chez nous... »
« Franchement,
j'étais sceptique »
C'est là qu'intervient l'AMAP. « On nous en a parlé, mais franchement, j'étais sceptique, se souvient Isabelle.
Comment les gens sont assez fous pour acheter chaque semaine un panier de légumes qu'ils n'ont pas choisis ? » Voilà résumé en une phrase le système de l'AMAP. Chaque semaine, les « Amapiens » (trente clients à Lomme de terre au départ, et désormais cinquante) ont rendez-vous avec leur maraîcher pour récupérer chacun un panier de légumes valant 6 ou 12 E selon la quantité choisie. Dans le cas de l'AMAP d'Isabelle et Patrick, la distribution a lieu à Lomme. Aux gens de venir avec leur propre cabas : « Ça nous arrange car ça représente une économie de 600 E par an en sacs plastique. » Si le couple de maraîchers s'est laissé tenter - et peu de producteurs ont sauté le pas jusqu'ici - c'est parce qu'« en discutant avec les gens, on a compris que ça les arrangeait bien, un panier ». Isabelle refuse de parler, comme on le dit souvent, de « bobos » pour qualifier les « Amapiens ». Simplement, il faut être passé, selon elle, par quelque chose comme « une prise de conscience ». Pas donné à tout le monde...
L'avantage pour Isabelle et Patrick, c'est qu'ils ont la garantie d'un revenu fixe, tous les mois. « Pas besoin de rendre la monnaie. Par rapport à la vente directe, c'est un soutien formidable parce qu'on nous donne les chèques à l'avance. »
« Faire appel à certains
"Amapiens" très investis »
Maraîchers depuis 1989, ils vendent de tout : épinards, navets, échalotes, poireaux, carottes, radis, pommes de terre. Bref, tout ce que la terre donne dans notre région. Même des fraises. Sur 3,5 hectares, il y a de quoi faire. Voilà aussi une année qu'ils sont passés « en conversion bio », comme l'exige, à terme, le système AMAP. Autrement dit, adieu les pesticides, herbicides et autres produits chimiques. Tout est arraché à la main, « mauvaise herbe par mauvaise herbe ». Rien de barbant pour autant : « Sans faire du bio, on a toujours été dans l'état d'esprit de limiter les herbicides », explique Patrick. Et « si vraiment ça va mal et qu'il y a trop de mauvaises herbes à arracher, on peut faire appel à certains "Amapiens" très investis : c'est dans le contrat ».
Pour autant, Isabelle et Patrick n'ont pas l'intention d'abandonner leurs marchés hebdomadaires (à Linselles et Pérenchies) et leur vente directe à domicile. Parce que mettre tous les oeufs dans le même panier, c'est un risque qu'ils ne veulent pas prendre. « Et surtout parce qu'on a une clientèle fidèle sur les marchés qu'on ne veut pas laisser tomber. » Alors peut-être que l'AMAP n'est « qu'un effet de mode ». Peut-être que ça ne durera pas. Mais en tout cas, c'est l'inverse qui se profile à l'horizon : le couple n'accepte plus désormais d'avoir une liste d'attente puisqu'il ne peut pas travailler plus que pour ses cinquante « Amapiens ». « Peut-être qu'on pourra à l'avenir créer une deuxième AMAP. » Le couple ne compte pas ses heures et « ne vit pas encore décemment » de ses trois activités « car, mises bout à bout, on a beaucoup de charges à payer ». Si Isabelle et Patrick ont un désir cependant, « c'est de pouvoir créer un emploi pour soulager notre travail, et surtout pour en donner à quelqu'un. » w
Il y a actuellement dix-huit AMAP créées ou en cours de création dans la région. La première a vu le jour en 2007. Spécialisées en fruits et légumes, oeufs, viande ou fromage, elles desservent notamment la métropole lilloise. Définition. Une AMAP (association pour le maintien d'une agriculture paysanne) rassemble des consommateurs qui décident de contractualiser avec un agriculteur pour lui acheter d'avance tout ou partie de sa récolte, souvent bio, distribuée sous forme de paniers hebdomadaires à un prix forfaitaire (pour 1,5 ha et un agriculteur, compter 60 clients). Exemple de panier. 1 kg de pommes de terre, 1 kg de carottes, 1 botte d'échalotes, 1 botte de navets nouveaux, 1 botte d'oignons nouveaux, 1 botte de poireaux, 2 bottes de radis, 1 laitue et 1 feuille de chêne (panier de l'AMAP Lomme de terre fin avril). Salaire et prix. Chaque « Amapien » s'engage pour trois mois, six mois ou un an. Le panier est fixé au prix des légumes en vente directe (6 à 17 E) et vise à donner au producteur un salaire minimum fixe et équitable en fonction des charges de son exploitation. Une association. Avenir 59-62 (Association pour la valorisation économique des nouvelles initiatives rurales) coordonne les AMAP de la région et aide à l'installation. Elle est financée par LMCU, la Région, les conseils généraux, la DRAF et l'Agence de l'eau. Rémi Top en est l'animateur salarié depuis 2009.wM.GO. Infos sur www.amap5962.org
Les AMAP offrent des perspectives de développement pour l'agriculture péri-urbaine, mais on manque de terres pour les créer. Christiane Bouchart, élue communautaire à l'économie sociale et solidaire, explique comment gérer ce paradoxe. Les « Amapiens » ne manquent pas. En revanche, c'est du côté des terres que ça coince. Où en trouve-t-on pour créer des AMAP ? >> Plusieurs hypothèses sont envisageables. J'ai rencontré récemment une jeune agricultrice à qui ses parents vont céder un certain nombre d'hectares et mettre à disposition une partie des terres. Ce qu'il faut, c'est en parler avec le milieu agricole et faire en sorte, notamment, que les gens qui font de la vente directe réfléchissent à la possibilité de créer une AMAP. Envisagez-vous d'utiliser les terres des agriculteurs pour installer de nouvelles AMAP ? >> Il n'est pas question de mettre dehors des agriculteurs pour en installer d'autres. L'objectif, c'est de développer une agriculture péri-urbaine, d'être à l'affût pour que, si un agriculteur cède ses terres ou n'a pas de repreneur, nous puissions les proposer à un jeune agriculteur (des lycées de Lomme, de Genech, de la pépinière d'Ambicourt). Nous souhaitons tout mettre en réseau. J'ai d'ailleurs l'intention de rencontrer Jean-Louis Robillard, vice-président au conseil régional chargé de la question, pour qu'on parle ensemble de la synergie possible entre urbain et rural, entre ces lycées, l'agriculture bio, les AMAP, les biocabas et même le commerce équitable. Bref, pour favoriser la logique des circuits courts et de l'agriculture saine. En tant que conseillère communautaire, quel est votre rôle ? >> Mon rôle est de favoriser la structuration et la mise en oeuvre des AMAP. Nous accompagnons l'association Avenir 59-62 en lui versant 15 000 E pour l'année, pour financer son poste salarié. Aujourd'hui, avec ma casquette LMCU, mon rôle est aussi de solliciter les maires pour qu'ils voient si, sur leur territoire, il est possible d'installer une AMAP (il faut, pour cela, au moins deux hectares, ndlr). Certains y réfléchissent actuellement. Nous allons utiliser aussi les 40 hectares que nous maîtrisons à Wavrin (des terres en voie de viabilisation, ndlr) pour y installer du maraîchage.wPROPOS RECUEILLIS PAR M.GO.



![[AUDIO] Immigration : France Terre d'Asile dénonce «l'inefficacité de l'inflation législative»](/mediastore/img/contenu/no_interview.jpg)



citospopulos : Pour ma part je pense qu'l y a toujours des personnes...
citospopulos : oui pour une nouvelle forme de police de proximité...
jeanjean59 : message pour Claire : Bravo pour votre "enfarinage"...