Violences à l'école : comment garder la tête froide ?
Publié le dimanche 09 mai 2010 à 06h00
À l'invitation de l'inspection académique, Éric Debarbieux, président de l'observatoire international de la violence à l'école, est venu débattre d'un phénomène bien plus ancien que l'intérêt que lui portent aujourd'hui les médias.
Elle terrorise les jeunes enseignants et fait les choux gras de ceux qui réclament une politique sécuritaire et des détecteurs de métaux à la porte de chaque établissement. Pratiquement plus une semaine sans que les J.T. ne parlent d'un prof tabassé par un de ses élèves. Et sur internet aussi, la violence scolaire fait le buzz.
Faut-il en avoir peur ? Comment la prévenir ? Pour répondre à ces questions qui interpellent souvent ceux qui sont chargés d'instruire nos chères têtes blondes, dans le cadre de ses conférences du Nord qui se définissent comme des rencontres thématiques et culturelles s'adressant aux enseignants, l'inspection académique avait fait appel à un expert, Éric Debarbieux.
Comme son nom le laisse deviner, M. Debarbieux est originaire de Roubaix, il a été éducateur spécialisé puis sociologue. S'il enseigne les sciences de l'éducation à l'université de Bordeaux 2 et s'il est président de l'observatoire international de la violence à l'école et président du conseil scientifique traitant de ce phénomène, il demeure avant tout un homme de terrain.
Pas d'outil de mesure fiable
Chaud partisan de la pédagogie Freynet, il a établi à l'intention des enseignants les dix commandements de la lutte contre la violence à l'école. Et pour lui, en premier lieu, il importe de ne pas céder à la panique. Ainsi aux États-Unis dont les écoles sont de plus en plus présentées comme le lieu d'affrontement d'une nouvelle guerre des gangs, on recensait 60 élèves tués par an avant 1992. La moyenne est tombée à 24 depuis cette date. En France, les médias se préoccupent de la violence à l'école depuis 1991, date d'une première manifestation de lycéens réclamant des surveillants. Mais la violence était déjà bien présente auparavant. « Le problème c'est qu'il n'existe pas de statistiques fiables. Les journalistes me réclament sans arrêt des chiffres que je ne peux fournir. L'Éducation nationale a bien essayé de mesurer le phénomène mais l'outil de mesure a varié sept fois en 14 ans. » Relativiser certes mais ne pas fermer les yeux. Éric Debarbieux évoque les victimes de ce qu'il appelle les micro-violences, anodines en apparence mais qui, lorsqu'elles sont réitérées sur le même souffre-douleur peuvent avoir des conséquences tragiques. Elles seraient ainsi pour une bonne part à l'origine de l'absentéisme et du décrochage scolaire, voire du suicide de certains adolescents. Et là c'est grave. Même si les médias n'y attachent guère d'importance.w



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