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Entre la mer et la ville, l'avenir des ports intérieurs

Publié le 04/05/2010 à 00h00

Bien que la région compte trois ports maritimes et l'un des plus grands réseaux fluviaux de France, elle se situe en retrait des grands sites européens. Comment y faire transiter plus de marchandises ?

Entre la mer et la ville, l'avenir des ports intérieurs
Bien que la région compte trois ports maritimes et l'un des plus grands réseaux fluviaux de France, elle se situe en retrait des grands sites européens. Comment y faire transiter plus de marchandises ?


MATHIEU HÉBERT > region@nordeclair.fr
Le port de Rotterdam représente à lui seul le quart du PIB des Pays-Bas. La puissance d'attractivité du port d'Anvers, en Belgique, n'est plus à faire. Le port de Duisbourg, dans la Ruhr, en Allemagne, voit transiter plus de conteneurs en trois mois que le port de Dunkerque en une année.
À quelques encablures de ces grandes plates-formes maritimes et fluviales, le Nord - Pas-de-Calais fait figure de nain.


Et pourtant ce ne sont pas les infrastructures qui manquent. Le Nord - Pas-de-Calais s'appuie sur l'un des réseaux fluviaux les plus denses de France et compte trois ports maritimes.
Alors que le volume de marchandises transportées n'a jamais été aussi important dans l'histoire, l'économie régionale n'en tire pas encore tous les profits.
Le « vrai » port maritime de la région, c'est plus Anvers que Dunkerque, résume Bruno Bonduelle, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Grand Lille, féru de géographie et d'aménagement du territoire.

« Hub logistique »
Un point commun avec le président de Région, Daniel Percheron (PS), qui veut faire du Nord - Pas-de-Calais un « hub logistique » : « Avec nos ports, nous n'avons pas l'ambition de devenir Rotterdam ou Anvers. Mais si on arrive à doubler l'activité en dix ans, nous aurons apporté notre pierre au dynamisme de l'économie de notre région », a-t-il déclaré devant les conseillers régionaux le 21 avril, alors que ceux-ci devaient se prononcer sur le soutien de la collectivité aux projets de développement du port de Calais.
Maritime, fluvial, même combat : à la tête de Ports de Lille, Bernard Pacory, un ancien de la marine marchande, travaille depuis plus de dix ans à l'union des sites portuaires de la région. Ce n'est pas pour rien, d'ailleurs, que Bruno Bonduelle a fait ajouter un « s » à port de Lille. « La seule chose intelligente que j'ai faite en tant que président de la Chambre », ironise-t-il.
D'Halluin à Harnes en passant par Wambrechies, Lille, Loos-Sequedin ou Arques, Ports de Lille gère le plus grand nombre de plates-formes portuaires de la région. C'est aussi le même Bernard Pacory qui est à la tête de la plate-forme multimodale de Dourges (Delta 3), où transitent les carrelages de rayons de Leroy Merlin ou les vêtements vendus chez Kiabi...
Ces enseignes, comme d'autres industriels régionaux (Roquette, Arc International), semblent de plus en plus sensibles aux arguments régionaux. Plutôt que de regarder passer les camions ou les bateaux, mieux vaut les voir s'arrêter ici. À chaque changement de mode de transport, « rupture de charge », dans le jargon des logisticiens, il faut procéder à des opérations de manutention. C'est ce qui fait la valeur ajoutée de ces activités.
Mais la promotion de l'économie régionale ne sera pas le seul argument. « Tant que la route restera le moins cher des modes de transport, le fluvial ne sera pas favorisé, observe, pragmatique, Bernard Pacory. Quand Roquette commande un conteneur pour la Chine, il ne sait pas forcément par où il passe. Un client se moque de savoir si son conteneur est transporté par camion ou par bateau. Ce qui l'intéresse, c'est le prix qu'on lui propose. » En mettant en réseau les acteurs portuaires régionaux, Bernard Pacory poursuit un vieux projet : pouvoir offrir aux clients, qu'ils soient de grands donneurs d'ordres de la distribution ou de l'industrie ou qu'ils soient transitaires, des conditions de prix attractives. « Dunkerque ne capte qu'environ 17 % du marché du conteneur de la région. Le reste part pour Le Havre ou la Belgique. Nos amis belges savent être commerçants : pas de péage, des camions souvent en surcharge... Comment se battre dans la légalité ? Je reste persuadé que, brique après brique, on construira des murs. Il n'y a pas de raison pour que cela ne marche pas ». w

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