Réseaux sociaux : « Big Brother » ou outils de liberté ?
Publié le lundi 03 mai 2010 à 06h00 - MATTHIEU MILLECAMPS > matthieu.millecamps@nordeclair.fr
Ils sont incontournables. De la politique aux sportifs en passant par les artistes, toute la société s'y retrouve. Avec les risques que cela peut comporter.
.. Alors, les réseaux, un outil pour exercer sa liberté d'expression ou un auto fichage permanent ? Vous nous avez répondu sur le net...
Ne parlez pas trop des réseaux sociaux à Alex Türk, sénateur nordiste et président de la CNIL (commission nationale informatique et libertés), qui mène un combat sans relâche contre la diffusion de données personnelles et intimes. « Lorsque Mark Zukerberg (fondateur de Facebook, ndlr) déclare que nous devons faire évoluer notre notion de la vie privée, cela me choque, vitupérait-il, dans nos pages, début avril. La technologie doit être au service de l'Homme, pas l'inverse ! On n'a tout de même pas fait tout ce chemin, depuis la Déclaration universelle des droits de l'Homme, pour se retrouver face à une conception de la morale aussi primaire que celle de Mark Zukerberg ! » Les exemples de « dérapages » sont légion, jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. Sans remonter jusqu'à l'épisode de la photo sur le profil Facebook de Nicolas Sarkozy le montrant devant le mur de Berlin, on peut évoquer la propagation des rumeurs sur le couple présidentiel, largement accélérée par la diffusion « virale » propre aux réseaux sociaux. Plus récemment, sur Facebook, des profils et pages au nom de l'« escort girl » au coeur de l'affaire Ribéry se sont multipliés... L'internaute est facétieux, à défaut d'être respectueux de la vie privée.
Pourtant, pour certains, les réseaux sont un outil de liberté. C'est le cas de Salima. « Si l'internet libre fait peur aux médias traditionnels entre les mains de grands groupes, cette peur est légitime et elle réjouit ma conscience citoyenne », note-t-elle dans son courriel en réponse à notre enquête. Pour cette adepte, les réseaux sociaux favorisent « les libertés d'expression, d'action ou de rassemblement qu'une frange puissante de politiques et d'acteurs économiques veut nous ôter insidieusement ». Elle explique utiliser les médias sociaux comme moyen de « chercher la vérité dans ce monde qu'on nous dessine à coups de mensonge, de manipulation et de populisme ». Quant à l'aspect « Big Brother » et au risque de voir ses données personnelles utilisées contre son consentement, Salima insiste sur le fait qu'elle « utilise un pseudo pour certaine facette de (son) activité sur internet et contrôle régulièrement (son) identité numérique ».
Pour Bruno Lestienne, blogueur acharné, créateur et animateur du Blog2Roubaix, l'entrée dans le joyeux monde du « 2.0 » a été menée de front avec la création du blog. Et grâce aux réseaux sociaux et à leurs fonctionnalités, le blog2Roubaix s'est retrouvé « impliqué dans une vie sur le web plus dense qu'auparavant, quand nous n'avions qu'un humble site web en html 1 ». De Twitter à Myspace en passant par Facebook et Netvibes, le blog2Roubaix est partout... « Au début de Facebook, nous n'étions qu'une cinquantaine de Roubaisiens, alors que la version était encore en anglais. Aujourd'hui, nous sommes des milliers ! », se félicite Bruno Lestienne. La page Facebook du blog a même pris le pas sur le site principal, pour ce qui concerne le lien avec les lecteurs. « Nous avons plus de commentaires sur la page Facebook que sur le blog. » L'outil des réseaux sociaux, le blog2Roubaix l'a aussi largement utilisé dans ses actions militantes. « Pendant la campagne des régionales, nous avions créé des événements incitant les gens à revêtir nos logos "Je pense donc je vote" sur Twitter et Facebook. » Mais ce recours aux réseaux virtuels n'est, pour le Comité de quartier de l'Hommelet, à l'origine du blog2Roubaix, qu'un moyen supplémentaire de faire vivre les réseaux "réels". « Notre association est en effet membre de différents réseaux "réels" comme Capacitation Citoyenne, l'URACEN, celui de l'Association de la Démocratie Locale et Sociale (Adels), RECit (réseaux des écoles de citoyens)... » Quant aux internautes qui ont réagi à notre interrogation sur le Facebook de Nord éclair, les avis sont partagés. Cathy, coach en beauté, nous explique que les réseaux sociaux sont « bien pour faire connaître une gamme de produits » et même pour lancer des campagnes de recrutement de collaborateurs.
Tom Tomhtml, lui, les considère comme « une formidable machine marketing ».
Dans un autre registre, plus inquiet, Alexis Wilfart se dit « effrayé de voir les ados qui mettent toute leur vie à disposition. À une époque je travaillais en cabinet et on regardait déjà sur le web pour avoir des infos. Dans 10 ans au plus, les ados chercheront du travail, certains traîneront des casseroles avant même d'avoir une fiche de paye ». w
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Je suis effrayé de voir les ados mettre toute leur vie à disposition. Dans 10 ans, ils chercheront du travail, certains traîneront des casseroles avant même d'avoir une fiche de paye.



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