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POLÉMIQUE. Faut-il continuer à consommer de la viande ?

Voici l'étal d'un boucher garni de viandes présentées avec amour. Un spectacle traditionnel et une alimentation aujourd'hui contestés... Photos Hubert Van Maele Voici l'étal d'un boucher garni de viandes présentées avec amour. Un spectacle traditionnel et une alimentation aujourd'hui contestés... Photos Hubert Van Maele

Un week-end sans viande commence aujourd'hui. En réalité, ces deux jours non carnés organisés par des associations encore très minoritaires seront surtout l'occasion de s'interroger sur nos modes de consommation alimentaire...



DIDIER SPECQ > didier.specq@nordeclair.fr
Aujourd'hui commence un week-end sans viande. C'est du moins la demande d'un certain nombre d'associations qui s'intéressent généralement à l'écologie ou au bien-être animal. Younès, membre de Vegnord à Lille, résume : « Il s'agit pour nous de démontrer que la souffrance animale est à la base de l'alimentation carnée. Aujourd'hui samedi, nous allons passer dans des supermarchés lillois en déposant des morceaux de viande humaine sous cellophane dans le rayon boucherie. Évidemment, ces bouts humains seront en plastique et achetés au magasin de farces et attrapes ».
À dire vrai, le mouvement végétarien n'est pas particulièrement puissant dans notre région. À notre connaissance, il n'y a plus, par exemple, de restaurants strictement végétariens à Lille où la viande et le poisson seraient bannis.


En revanche, plus souvent, des plats végétariens sont quelquefois proposés. Mais il suffit de se déplacer au-delà de la frontière, en Belgique ou en Angleterre, pour s'apercevoir que, chez nos voisins immédiats, on s'inquiète plus de fournir des plats adoptés aux gens qui ont des préventions par rapport à la viande.
Récemment, aux défenseurs stricts des droits des animaux surtout lorsqu'ils sont élevés industriellement, se sont ajoutés les défenseurs de l'environnement : les bestiaux, de plus en plus nombreux, polluent plus (élevage, nourriture, transformation) que les transports !
En face, bien entendu, surtout en France où la nourriture est aussi une affaire culturelle d'importance, les défenseurs de la « bonne bouffe » ne désarment pas. Il est vrai qu'il existe une grande différence entre les mangeurs de viande industrielle et les gourmets amateurs de produits locaux savoureux...
w

POUR

« Je trouve ça complètement aberrant de proposer un week-end sans viande. D'autant plus qu'on ne va pas trouver choquant, dans le même temps, de manger un melon brésilien ou un avocat venu d'Afrique du Sud. C'est un peu comme lorsqu'on propose une fois un repas bio dans les cantines mais que, le reste du temps, on fera manger du boeuf venu de n'importe où et des saucisses industrielles. Ce que j'aime beaucoup, en tant qu'éleveur qui soigne particulièrement sa production, c'est le terme de « locavore ». Vous savez, on ne mange que des produits locaux, on s'arrange pour connaître l'éleveur, le vendeur, celui qui travaille la nourriture. On donne systématiquement la priorité aux produits locaux. Je ne dis pas qu'il faut manger tout le temps de la viande, on en mange sûrement trop et beaucoup de mauvaise qualité. Je pense qu'il faut de la bonne viande deux fois par semaine plutôt que n'importe quoi tout le temps ».w

CONTRE

« Personnellement, cela fait quinze ans que je ne mange pas de viande mais, bien sûr, je ne cherche pas à imposer mes convictions à la mairie. Par contre, en tant que conseillère municipale verte chargée aussi de la consommation durable, je mets souvent l'accent sur la non-consommation de viande. Dans les cantines municipales, tous les jours, on propose un plat sans viande. Ce qui permet à ceux qui en ont le goût, aux végétariens, aux musulmans aussi de manger autrement tous les jours. Mais il existe aussi une journée sans viande dans la restauration collective de la mairie pour attirer l'attention sur certaines réalités. Pour produire un kilo de végétaux, il faut 800 litres d'eau ; pour produire un kilo de boeuf, il faut 15 000 litres d'eau. Pour avoir un kilo de viande, il faut entre 7 et 16 kilos de céréales. Autrement dit, si tout le monde veut se nourrir comme les occidentaux actuels, c'est impossible : il n'y aura jamais de surfaces cultivables et d'eau suffisantes. Je rappelle que, déjà, un milliard d'êtres humains souffrent de la faim ».w


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