Retraites : le « va-tout »
Publié le mardi 13 avril 2010 à 06h00
La concertation sur les retraites est lancée. Le calendrier est fixé : dossier bouclé pour l'été, débat parlementaire à la rentrée, finalisation à fin 2010.
Sur ce dossier si lourd de la vie politique, économique et sociale française, il y a comme une accélération. Il faut dire qu'à force d'attendre et de vaticiner, l'affaire pourrait se dégrader plus rapidement que prévu. Il y a urgence à trouver une ou des solutions, ce qui ne veut dire en aucun cas qu'il y aurait urgence à ce que le dossier soit ficelé en deux temps trois mouvements. D'autant qu'une majorité de Français voit d'un mauvais oeil l'arrivée de la réforme. Une réforme qui engage les années 2020-2030 doit arracher un vrai consensus. Faute de quoi dans trois ou quatre ans, il faudra recommencer.
Pourquoi tant de précipitation ? D'abord parce que, comme nous le disions plus haut, il y a urgence, mais aussi parce que derrière les problèmes financiers se nichent des questions politiciennes. N'est-ce pas le Président lui-même qui en a fait lors de ses dernières interventions la « mère » de toutes les réformes du quinquennat ? Il est clair que ce dossier, qui empoisonne la vie politique française depuis la fin des années 80, peut constituer pour celui qui saura le prendre à bras-le-corps et arracher un accord social et politique de longue durée, un incontestable succès.
Nicolas Sarkozy blessé par les dernières régionales a décidé d'en faire son « va-tout ». S'il mène à bien ce chantier, il affaiblira le potentiel contestataire de la gauche et construira un rapport de forces favorable avec les syndicats. Lui, qui voit ses réformes contestées plus dans la forme qu'il leur donne que dans leur contenu, trouverait là une formidable occasion de faire taire ses détracteurs dans sa propre famille politique. Il est aujourd'hui en position de faiblesse, avec un Juppé en embuscade et des centristes qui se sentent floués. Une réussite ramènerait le calme dans la maison UMP. Bref, le chef de l'État a peu de portes de sortie, le dossier des retraites est le plus difficile à gérer mais aussi le plus rentable pour se « refaire une santé ».
Mais les « va-tout » ont toujours un inconvénient. Ils sont en général sans issue de secours. Le « va-tout », c'est comme la charge héroïque de soldats acculés face à un ennemi mieux équipé et plus nombreux. Le panache l'emporte, alors on est porté au pinacle. L'échec est au rendez-vous et c'est la descente aux enfers. Voilà le pari osé du Président. Inutile de se voiler la face. C'est un bras de fer qui a commencé ce lundi 12 avril.
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