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La presse est-elle coupable de tout ?

Publié le 06/04/2010 à 00h00

L es journalistes ne peuvent en aucun cas prétendre à l'innocence. À chaque minute ils choisissent, tranchent, taisent ou valorisent des faits.

La presse est-elle coupable de tout ?
L es journalistes ne peuvent en aucun cas prétendre à l'innocence. À chaque minute ils choisissent, tranchent, taisent ou valorisent des faits.


Une ou plusieurs fois par jour, ils mettent en forme une information en sélectionnant des mots, des formules, des mises en page. Leur métier, c'est de définir ce qui ferait sens au détriment ce qui serait anodin. Lorsqu'on a ces responsabilités-là, on ne peut s'abriter derrière la formule « responsable mais pas coupable ». Il est donc logique qu'en démocratie, le travail des journalistes soit examiné à la loupe, discuté, voire contesté.
Refuser aux acteurs sociaux et politiques, aux citoyens de remettre en cause leur rendu du temps qui court serait une faute. Pour autant, ils n'ont pas à devenir les boucs émissaires tout désignés dès que le monde ne tourne pas au gré des puissants. La chose est dite. Mais peut-on considérer comme sans importance trois remarques contre la presse entendues ces derniers jours ?
La première est celle de Madame Bruni-Sarkozy qui a déclaré « tout en douceur » que « le monde médiatico-politique est absolument violent », que c'est un monde qu'elle n'apprécie pas et qu'elle le « trouve injuste et assez incompétent ».


La deuxième est celle du député européen Jean-Luc Mélenchon qui, parlant des journalistes, les a qualifiés de « sale corporation de voyeuristes », de « métier pourri » puis de « talibans professionnels ».
La troisième est celle des blogs catholiques qui défendent Benoît XVI dans la polémique sur la question de la pédophilie dans l'Église catholique et qui, parlant des professionnels de l'information, évoquent pour l'un d'entre eux les « pharisiens médiatiques ».
N'en jetez plus ! Incompétence, métier pourri, pharisiens médiatiques, c'est beaucoup pour une seule profession. Profession qui a pour particularité d'être d'abord une liberté publique. Liberté publique suffisamment importante pour que des élus de la République ou l'épouse du chef de l'État pensent qu'elle est à défendre avant que d'être à condamner.
Dans le fonctionnement de la démocratie, la grande presse généraliste a ses responsabilités. C'est indiscutable. Mais elle n'est jamais la cause des événements. Elle s'inscrit dans une relation complexe et compliquée - du fait qu'elle est aussi une industrie - entre deux acteurs majeurs : les citoyens et les politiques. Et lorsqu'un et l'autre ou l'un ou l'autre est en crise, la presse peut l'être aussi dans le récit qu'elle fait de l'actualité.
Dans les trois cas que nous avons évoqués, les « médias » comme ils disent sont tour à tour : pas à la hauteur, un « ennemi de classe » et des « cathophobes ». Trop, c'est trop. Si les citoyens ne répondent pas aux appels des urnes, la faute est au moins partagée entre les politiques et les journalistes. Si l'Église est aujourd'hui sur la sellette, c'est en raison de son retard à réagir et pas uniquement du fait d'articles de journaux. À ne pas voir la poutre qu'on a dans l'oeil, on ne voit que la paille dans celui du voisin.w

Nord Éclair