Une première séance qui donne le ton ?
Publié le samedi 27 mars 2010 à 06h00
Mathématiquement, l'élection de Daniel Percheron comme président de la Région était pliée d'avance. C'est ailleurs que Marine le Pen a trouvé matière à une première querelle de procédure. Signe de comment elle entend fonctionner ?
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
C'est dans un hémicycle quasi transformé en camp retranché (filtrage des entrées, personnels de sécurité avec oreillettes comme s'il s'agissait d'un G20) que s'est tenue la première séance du nouveau conseil régional. Au menu, après l'appel des élus par la benjamine Front national qui a écorché nombre de noms qu'elle avait le plus grand mal à prononcer, la majorité de gauche a reconduit Daniel Percheron pour son troisième mandat. Sans suspense.
Dans la foulée, son premier discours qu'ailleurs on qualifierait de « politique générale », largement « verdi » dans son contenu puisqu'il est le fruit des négociations avec les partenaires Europe Écologie avec lesquels les socialistes disposent de la majorité absolue. Il y pose, d'emblée, un projet de développement du Nord-Pas-de-Calais « durable, respectueux de l'environnement et solidaire », parle de « social-écologie », de « dialogue permanent avec les citoyens » et de « participation ».
Autant de thèmes chers aux écologistes qui, par la voix de leur président de groupe Jean-François Caron - en chemise verte, de circonstance -, est revenu sur ce que les écologistes entendent par « transformation écologique de la région » : « Il ne s'agit pas d'apporter des rustines à un modèle moribond ». Il faudra aller plus loin.
Troisième composante de la majorité, le groupe PC-Parti de gauche et unitaires qui se pose en « deuxième force politique de gauche de la région », a fait entendre sa petite musique. « Pleinement et totalement membre de la majorité » mais « différents », comme le résume Alain Bruneel (PC), leur président de groupe. Il réclame comme « première décision politique de cette nouvelle assemblée l'engagement que le conseil régional s'oppose à l'arrêt de la raffinerie Total à Dunkerque et s'engage auprès des salariés et populations ».
« Chèque en blanc »
Et du côté de l'opposition ? Même si l'UMP Philippe Rappeneau présidera le groupe de la majorité présidentielle, c'est Valérie Létard qui a pris la parole. La tête de liste aux régionales est restée fidèle au ton qu'elle a donné à la campagne avant de s'interroger sur le programme de la nouvelle majorité : « Nous ne savons pas qui des écologistes, des communistes ou des socialistes, qui ont des visions souvent très différentes, aura le dernier mot en matière d'infrastructures, de transport ou de soutien à la recherche, à l'innovation ou à la création d'entreprises ».
Elle parle d'un « chèque en blanc » qui donne à la majorité « une obligation immense de résultats devant les électeurs qui vous ont ainsi fait confiance ».
Avec Marine Le Pen, autre ton évidemment. Elle attaque, s'adressant à Daniel Percheron et égratignant au passage les élus de la majorité présidentielle : « Je vous prédis des lendemains de fête difficiles. C'en est fini des mandats pépères et de l'opposition de béni-oui-oui ! ». Raillant le « score dérisoire du parti présidentiel » et sa « servilité par rapport à l'exécutif de la Région », elle a promis que les élus frontistes « décortiqueront » tout et pronostiqué des rafales de bagarres de procédure : « Le tribunal administratif va avoir beaucoup de travail dans les années à venir ».
Marine Le Pen, procédurière
Première salve, au moment de voter deux délibérations donnant délégations au président Percheron et à la commission permanente sur un certain nombre d'actes ou de décisions qu'ils pourraient prendre sans passer par un examen et un vote en séance. Marine Le Pen, armée de son code des collectivités, a d'emblée menacé d'un recours en justice si ces deux délibérations étaient votées. Motif invoqué : ce type de délibérations devrait être fourni 12 jours avant le vote.
Prudent, Daniel Percheron a proposé une porte de sortie après que Bernard Roman a contesté la vision frontiste de ce point de droit : voter certes, pour ne pas bloquer le fonctionnement des services, mais en débattre sur le fond à la séance plénière de la troisième semaine d'avril. Refus de l'UMP et du Nouveau Centre pour qui « une délégation temporaire ne nous paraît pas légale » (Philippe Rappeneau). Donc, vote contre.
Une manière aussi de se distinguer du FN qu'il qualifie de « procédurier, s'opposant sur la forme » et de se poser en opposants « sur le fond ». Entre droite et extrême droite, chacun revendique d'être l'opposition, la vraie. Un avant goût de la suite ? w



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