De quoi l'abstention est-elle le nom ?
Publié le mercredi 17 mars 2010 à 06h00
La « chasse » à l'abstentionniste a commencé dès lundi matin, tant les candidats - surtout de l'UMP - sont persuadés que là réside une partie de l'échec, ou de la réussite, du deuxième tour des régionales qui nous occupent.
L'abstentionniste est une catégorie à part dans la vie démocratique. On en tolère quelques-uns, mais point trop n'en faut. Reste que, malgré une abstention importante, on ne peut nier qu'un scrutin est plus fidèle qu'un sondage pour proposer une photographie de l'état de l'opinion publique. Cela dit l'abstention nous parle, elle aussi, elle nous dit quelque chose sur notre destin commun. Alors, si nous l'écoutions un tant soit peu attentivement, que nous dirait cette abstention massive de dimanche dernier ?
D'abord, que la crise de la représentation politique dont on parle depuis déjà deux décennies est bien réelle. Les citoyens ne comprennent plus le discours et la promesse des politiques, et comment mieux le faire savoir qu'en se désintéressant des urnes qui sont le lieu symbolique de l'organisation de la représentation.
Ensuite, qu'indubitablement il y a en France une crise de la citoyenneté. Le « vivre ensemble » qui a structuré plutôt bien la société française depuis 1945 connaît, sous les coups de boutoir d'un individualisme et d'un chacun pour soi conquérant, une désaffection qui grève tous les mécanismes politiques. Il faut des circonstances particulières comme la présidentielle de 2007 pour que l'enjeu transcende les citoyens.
Enfin, que dans une société où le mal-être s'est installé, celui-ci génère un corps social qui se désintéresse de la chose publique. Soit parce que les électeurs ont l'impression de ne pas pouvoir peser sur la décision, soit parce qu'ils sont persuadés qu'ils ont mieux à faire dans une proximité sur laquelle ils peuvent agir. Le développement des actions des associations et des ONG en porte témoignage.
Il y a aussi des raisons plus politiques qui peuvent expliquer cette abstention du premier tour. Une offre très limitée à droite, qui fait que toutes les sensibilités un peu dissonantes ne trouvent pas de porte-parole susceptible de les convaincre de faire le pas de se rendre aux urnes.
Soit, et en l'occurrence c'est une pierre dans le jardin de la gauche qui règne sans partage sur les institutions régionales, un déficit de notoriété de l'action des Régions. Les conseils régionaux sont récents, mais tout de même.
Si on rapporte toutes ces données à la situation actuelle, il est peu probable que l'entre-deux-tours, et ce quels que soient les efforts des uns et des autres, soit suffisant pour renverser la tendance constatée dimanche dernier. w



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