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ÉLECTIONS RÉGIONALES

La gauche en partie divisée, la droite veut rebondir

Valérie Létard, lundi soir, en réunion publique à Lille (Photo Ludovic Maillard) Valérie Létard, lundi soir, en réunion publique à Lille (Photo Ludovic Maillard)

La droite ne s'attendait pas à caracoler en tête mais, à ce point, le coup a été rude. Hier, pendant qu'à gauche ça négociait dur en coulisses, dans l'entourage de Valérie Létard, on essayait de relancer la machine. Dur...


Faire bonne figure. Ne pas s'avouer vaincu tant que la dernière bataille n'est pas livrée. Et pourtant... Hier, 19 h, dans une salle lilloise, réunion publique de la majorité présidentielle. Dans les 70 personnes, avec un gros bataillon d'élus locaux. Dur le lendemain de la veille ? Ils sont plusieurs à démarrer sur le bon score de l'UMP dans leur ville quand ils en sont maires. Un bout de lorgnette qui ne cache pas la misère.

« C'est un échec », convient Bernard Gérard, le maire de Marcq-en-Baroeul « mais pour la droite comme pour la gauche ». Il fait référence à l'abstention qui les a tous choqués. « Il n'y a pas eu de débat de fond dans cette campagne », se désole Joëlle Longueval, également élue à Marcq. Le maire de Mouvaux se dit « pas abattu mais préoccupé ». Celui de Bondues a envie d'apostropher ses électeurs qui ont boudé les urnes : « bougez-vous, nom d'une pipe ! ». Autour de lui, on hoche la tête.

« Lazaro n'aurait pas fait mieux. Le malaise est plus profond »

Le Lillois Christian Decocq parle des jeunes UMP qu'il a croisés dimanche soir : « déçus et en colère ». Il fouille les souvenirs de 1981. « Au 1er tour, on était à 24 %, au 2e à 39 %. La semaine d'avant le 2e tour, c'est celle où tout peut se jouer ». Rebondir, mais comment quand il ne reste que quelques jours et qu'une bonne partie de l'électorat qui a porté Nicolas Sarkozy au pouvoir lui fait payer la crise en désertant les urnes ou en se reportant sur le FN ? « Depuis ce matin, je rencontre dans ma ville des gens qui disent ne pas être allés voter mais qui iront dimanche », se rassure Bernard Gérard. Un autre compte sur ces « réserves » mais « on sait bien qu'on ne gagnera pas la Région, faut pas rêver... » Personne ici pour remettre en cause la désignation de la Nouveau Centre Valérie Létard comme tête de liste. Elle en a « impressionné » plus d'un.

« Lazaro n'aurait pas fait mieux. Le malaise est plus profond » confie un militant pour qui « la droite est un peu déboussolée. Sur le terrain, on n'arrive pas toujours à comprendre les choix de Sarkozy ». Au téléphone, Thierry Lazaro est lapidaire « on n'a pas été bons, faut qu'on le dise. Le problème de la droite dans la région, c'est que les élus ne savent pas jouer collectif ». Valérie Létard, elle, est déjà dans le dernier sprint. Argumentant, revenant sur son projet pour la Région, pugnace. Pas le temps pour les états d'âme à l'heure de limiter la casse. C'est l'urgence.

S'estimant « méprisé », le Front de gauche annonce son maintien

Sauf rebondissement nocturne, Alain Bocquet et ses colistiers devraient présenter ce matin une liste autonome du Front de gauche. Le grand rassemblement avec le PS et Europe Écologie a en effet fait long feu dans la journée d'hier.Alain Bocquet, tête de liste du Front de gauche, dépositaire de 10,78 % des voix exprimées dimanche, souhaitait-il vraiment l'alliance au second tour ? La question était sur toutes les lèvres des négociateurs socialistes et écologistes, au terme d'un marathon de négociations au siège nordiste du PS. Quoi qu'il en soit, le Front de gauche a annoncé vers 22 h 30 son intention de présenter une liste autonome, à côté d'une alliance PS-Europe Écologie, qui doit aboutir ce matin.Présent durant 1 heure 20 en début d'après-midi, le temps de dire qu'il n'était pas venu chercher un accord programmatique, le député-maire de Saint-Amand a ensuite laissé ses mandataires oeuvrer et poser deux conditions : 20 places éligibles (contre 16 proposées) et la liberté de voter, ou pas, le budget régional. Un accord a minima qui a eu le don d'agacer Jean-François Caron, tête de liste Europe Écologie. « Ils veulent 20 élus sous prétexte qu'ils ont augmenté leur score de 0,1 % ! Et sans le moindre début d'engagement. Ce n'est pas sérieux... ». La proposition passe d'autant plus mal qu'Europe Écologie a de son côté accepté la règle proportionnelle en fonction du score du premier tour pour les éligibles, ce qui les amène à 15 élus.En accepter 20 pour le Front de gauche, avec qui ils font jeu égal dans la région, rendait l'alliance intenable.En début de soirée, le député-maire de Saint-Amand faisait monter un peu plus la pression sur le « partenaire » socialiste. « On se sent méprisé. La politique, ce n'est pas que de l'arithmétique. On avait 19 élus dans l'assemblée précédente, hors de question qu'on en ait moins. C'est une question de dignité, on n'est pas des moins que rien, on pèse 133 000 personnes. Le PS devrait faire preuve d'un peu d'humilité ». Après une ultime réunion à 21 h, la sentence est tombée, par la voix d'Éric Corbeaux, patron de la fédération du Nord du PCF. « Le PS a rompu les négociations. Ça a duré 5 minutes, sans aucune volonté de créer les conditions d'un rassemblement, nécessaire pour le monde ouvrier du Nord - Pas-de-Calais » . Au PS, on affirmait hier - sans trop y croire - toujours tendre la main à tous les partenaires, tout en insistant sur le fait que la règle d'attribution des places éligibles admise quasiment partout en France ne peut souffrir d'exception. La pomme de discorde semble donc définitive. Elle précipite en tout cas la région dans une quadrangulaire inédite qui pimente l'entre-deux tours à défaut d'hypothéquer la victoire du PS allié à Europe Écologie... SEBASTIEN LEROY

Abstention à Roubaix : l'autre fracture sociale

L'abstention à Roubaix est devenue depuis de nombreuses années un mal endémique. À l'occasion des régionales, l'ancienne capitale du textile a de nouveau reflété le décalage existant entre les électeurs et les élus. Irrémédiable ?C'est certes un peu mieux qu'aux européennes où en termes de participation électorale Roubaix était descendue aux abysses l'an dernier avec moins de 25 % de votants. Dimanche avec 28,3 % au premier tour des régionales, il n'y avait pas encore de quoi pavoiser.Roubaix est à 16 points de la moyenne régionale.Et pourtant, l'abstention est un mal auquel à Roubaix on s'efforce de remédier depuis plusieurs années. Ce délicat combat a même été confié aux comités de quartier invités à ramener les brebis égarées de la démocratie sur les verts pâturages des urnes. Les subventions des comités de quartier ont même été fixées en fonction du zèle qu'ils déploient dans leur rôle de berger du troupeau électoral. Mais depuis quelque temps, lesdits comités rechignent : « Après tout, si les gens ne veulent plus voter, les élus qui briguent leurs suffrages n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. » On a aussi utilisé des moyens techniques pour faire régresser l'abstention. Ainsi ces derniers mois, dans le cadre d'une réactualisation des listes, on s'est aperçu que sur les 48 000 inscrits recensés lors des européennes, il y en avait près de 1 200 considérés comme abstentionnistes alors qu'ils ne devaient plus figurer sur les listes.Le maire compte poursuivre cet épluchage méthodique. Avec la rénovation urbaine engagée sur plusieurs quartiers, nombre de personnes qui déménagent omettent bien souvent de mentionner leur changement d'adresse, ce qui donne fréquemment lieu à des quiproquos dans les bureaux de vote.Mais ces aspects techniques peuvent difficilement cacher le fossé qui se creuse inexorablement, élection après élection, entre les décideurs et les administrés. Comme si les seconds, peu à peu, ne nourrissaient plus guère d'illusions quant au redressement de leur cité et ne faisaient plus confiance aux élus, quels qu'ils soient, quant à leurs capacités à le conduire à bien.

Bassin minier : l'UMP a du mal à se faire aimer

Pour des raisons sociologiques et historiques, l'UMP n'est jamais parvenue à s'ancrer dans le bassin minier. Dans l'incapacité de séduire l'électorat communiste d'ouvriers et de mineurs, la droite subit la concurrence du FN au profit du PS. Deux députés, treize conseillers généraux, un nombre insignifiant de mairies, comme Le Touquet, Saint-Venant, la commune d'André Flajolet, le président de la fédération UMP du 62, ou encore Calais, la petite dernière prise au PC, et 3200 militants, soit moins du tiers qu'au PS : les forces de la majorité présidentielle dans le Pas-de-Calais, et plus encore dans le bassin minier, ressemblent davantage à une brigade de quartier qu'à une légion romaine. Mais comment pourrait-il en être autrement sur ces terres de gueules noires et d'ouvriers sociologiquement et historiquement à gauche ? « C'est clair, l'électorat ne nous est pas acquis. Dans le bassin minier par exemple, que je sache, la droite n'a jamais pris une ville depuis la Seconde Guerre mondiale », souligne Nesredine Ramdani, le candidat de l'UMP à Hénin. «Nous n'avons aucun levier. Région, Département, agglos, communes, le PS tient toutes les manettes en entretenant une forme de népotisme. Et dans une mairie socialiste, si nous avons deux ou trois conseillers municipaux d'opposition, ils sont noyés», observe l'Arrageois Philippe Rapeneau, conseiller régional sortant et secrétaire de l'UMP du Pas-de-Calais, où le simple fait de constituer une liste d'opposition face à Jean-Pierre Kucheida ou Guy Delcourt, les députés-maires de Liévin et Lens, est déjà en soi une prouesse… Mais la droite voit aussi le FN réussir là où elle a échoué, c'est-à-dire s'inscrire durablement dans le paysage politique local. «Parce qu'ils tiennent un discours démagogique que nous refusons de tenir», se défend le 3e de la liste Létard dans le Pas-de-Calais. «Le FN arrange les affaires du PS depuis la fin du premier septennat de Mitterrand, sinon il le combattrait davantage, il ne serait pas totalement absent à Hénin», estime pour sa part Nesredine Ramdani, qui établit également un parallèle dans le bassin minier entre le déclin du PC et l'ascension du FN. «Il y a un effet de vases communicants et il est difficile d'aller convaincre une population qui passe du PC au FN.»Pour autant, l'UMP ne s'interdit pas de rêver à une carte du Pas-de-Calais un peu plus bleutée. «C'est un travail de longue haleine, convient Philippe Rapeneau, mais je ne désespère pas qu'on y arrive un jour.» GAËLLE CARON


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