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PETIT DEJ'

Achmy Halley, Yourcenar au coeur

Achmy Halley, grand spécialiste de Marguerite Yourcenar, a écrit une thèse sur «Yourcenar et la poésie». Achmy Halley, grand spécialiste de Marguerite Yourcenar, a écrit une thèse sur «Yourcenar et la poésie».

Journaliste, écrivain et universitaire spécialiste de Marguerite Yourcenar, Achmy Halley dirige depuis 2006 la villa départementale du Mont Noir, à Saint-Jans-Cappel.



Un lieu mythique pour les « Yourcenariens » dispersés aux quatre coins du monde qui vont faire vivre tout au long de l'année les nombreux événements organisés par le conseil général du Nord autour du 30e anniversaire de l'élection de Marguerite Yourcenar à l'Académie française.
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTELLE JEUDY ET VIOLAINE MAGNE > region@nordeclair.fr ; PHOTOS HUBERT VAN MAELE
Vous êtes originaire du Sud, d'où exactement ?


>> Je suis Cévenol. Les Cévennes, c'est une région très particulière de semi-montagne, en Languedoc-Roussillon. Je suis d'une famille originaire de Kabylie. Dans les Cévennes, il y a des mines et beaucoup d'immigrés algériens venaient y travailler. Je suis fils d'un mineur de fond et j'ai une culture ouvrière. La première fois que j'ai vu des Ch'tis, c'était en colonie de vacances, on partait avec le comité d'entreprise et les gens des houillères de toute la France. Y'avait des Ch'timis qui se foutaient de notre gueule avec notre accent et nous, on ne comprenait rien à ce qu'ils disaient !
D'où vous vient cette passion pour l'écriture ?
>> Enfant, la lecture était pour moi quelque chose de formidable. J'aimais imaginer des choses, me raconter des histoires... Aujourd'hui, on dirait mythomane. J'aimais dire que j'avais vu des gens connus dans la rue. À l'école, je m'ennuyais, je n'écoutais pas l'instituteur qui me mettait souvent dehors. Jusqu'à ce qu'un professeur voie, au collège, que j'aimais écrire et le mette en valeur. Très vite, j'ai voulu écrire. Ado, j'écrivais de la poésie que j'envoyais à des revues. J'ai été publié en France et à l'étranger. J'ai reçu plusieurs prix. Pour l'ado que j'étais, c'était encourageant. Je me déplaçais, je voyais des écrivains. C'est là que j'ai rencontré une femme poétesse, Anne-Marie de Backer, qui m'a un peu pris sous son aile. Pendant des années, j'ai échangé avec elle, on s'est vu, on s'est écrit et j'ai fait mon mémoire de maîtrise sur elle.
Des piges et des études
Mais pourtant votre métier a été longtemps le journalisme, comment avez-vous commencé ?
>> Parallèlement à mes études, je faisais des piges dans un journal local, Le petit Cévenol. J'allais au théâtre, au cinéma et je faisais des critiques. C'est comme ça que j'ai eu mes premiers articles. Lorsqu'il y avait une célébrité dans ma ville, je l'interviewais : je me souviens de Micheline Presle, Agnès Varda et Sandrine Bonnaire. C'était passionnant de rencontrer des gens ! Le principal de mon collège m'avait dit : « Tu es bon en français et en langues, il faut faire une école de journalisme, mais avant il faut faire des études de lettres ». Je suis donc allé à la fac de Montpellier.
J'ai eu une maîtrise de lettres modernes et j'ai fait l'école de journalisme de Strasbourg.
Entre journaliste et écrivain, vous avez choisi ?
>> Non, je n'avais pas du tout l'idée d'être romancier. C'est journaliste mon métier ! Et puis il fallait gagner ma vie. J'ai été journaliste pendant 15 ans surtout dans le domaine culturel, beaucoup sur la littérature, mais aussi avec des enquêtes, des choses très diverses.
Aujourd'hui, vous écrivez des romans pour enfants et adolescents...
>> Tout a commencé avec une histoire que je voulais raconter à ma nièce avec une idée de transmission. J'ai donc écrit L'Oasis d'Aïcha, mais sans intention de le faire publier. Je l'ai montré à mon entourage qui m'a dit : « C'est super ! » Mais bon, c'est l'entourage... Et une attachée de presse l'a fait lire à une éditrice qui m'a dit « je veux publier votre histoire ». Ça s'est fait par hasard sans que je le veuille vraiment...
Vous n'écrivez que pour les enfants ?
>> Pour moi, l'écriture est liée au monde de l'enfance. Après pour les adultes, j'écris des essais. Mais quand je pense à un lecteur, je pense à mes neveux et nièces et aussi à l'enfant que j'étais et aux livres merveilleux que j'ai lus.
Professeur en Inde
Comment êtes-vous arrivé dans le Nord ?
>> Je ne suis pas passé directement du Sud au Nord. Il y a eu Strasbourg, l'Angleterre, le Québec pendant trois ans et demi. Et puis le métier de journaliste me plaisait, mais je trouvais qu'on ne pouvait pas aller en profondeur. Alors je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose avec Yourcenar. J'ai donc fait une thèse parallèlement à mon métier de 1997 à 2003. J'ai été contacté par un groupe qui voulait créer une revue, Théâtre magazine, qui malheureusement n'a tenu qu'un an et demi, j'ai fait plusieurs choses, des piges pour Télérama...
Avec ma thèse, j'ai eu l'opportunité de partir en Inde comme professeur invité. J'avais toujours rêvé d'y aller, j'y ai enseigné deux ans. Yourcenar s'était beaucoup intéressée à l'Inde, elle a traduit des auteurs indiens... J'ai demandé une bourse de recherche sur Yourcenar et l'Inde. J'ai vu tous les lieux qu'elle-même avait visités. L'ambassade de France me payait pour donner des conférences sur Yourcenar et j'ai organisé le premier colloque Marguerite Yourcenar en Inde.
On est encore bien loin du Nord...
>> En 2006, j'étais épuisé, je voulais revenir en France pour repartir. Et là, j'ai vu cette petite annonce dans Télérama pour être à la tête de la Villa Yourcenar. Et le Mont-Noir, quand on est Yourcenarien, c'est le Saint-Graal.w

Marguerite Yourcenar : « Son côté anticonformiste, anticonventionnel, elle incarnait la liberté »

La villa Yourcenar fête cette année les 30 ans de l'élection de l'écrivaine à l'Académie française (voir tout le programme de l'année sur www.cg59, rubrique villa Yourcenar). La première fois qu'une femme entrait sous la Coupole.D'où vous vient cette passion pour Marguerite Yourcenar ? >> Elle est née en 1979, je suis lycéen de terminale. Je vois un reportage à la télévision sur elle où elle est décrite comme vivant seule dans les bois aux États-Unis... J'en parle à une professeur de philosophie dont j'étais très proche et qui me conseille de commencer par Alexis ou le traité du vain combat, son premier livre. J'avais 18 ans et j'ai trouvé ça superbe, un vrai coup de foudre pour l'auteur. J'ai voulu lire tous ses livres.Qu'est-ce qui vous a plu chez elle ? >> Son côté anticonformiste, anticonventionnel. Pour un ado, c'est super. Sa curiosité pour les autres cultures, son amour des voyages... Elle incarnait la liberté. Chez elle, on trouve aussi cette notion de famille qui enferme et très tôt, j'ai moi-même eu la conviction qu'il fallait quitter la famille pour me réaliser. Tout ça faisait écho en moi. Au-delà de ça, je trouvais la langue superbe. À la fac, c'était la bataille entre les Marguerite. Duras et Yourcenar. À l'époque c'était presque ringard d'aimer Yourcenar. Il fallait du moderne, du nouveau roman, du Robbe Grillet.Y a-t-il des choses que vous n'aimez pas chez elle ? >> Il y a plein de choses qui m'agacent, moi fils de mineur de fond. C'était une fille d'aristocrate, même si elle avait une grande ouverture d'esprit. Elle a gardé de petits a priori de sa classe quand elle parle du peuple. Et puis, il y a cet amour inconsidéré pour les animaux qui ne me touche pas et me fait sourire...Existe-t-il une communauté yourcenarienne ? >> Oui, une confrérie importante. Il existe une société internationale des études yourcenariennes dont je suis membre. Grâce à ça, on peut faire le tour du monde. C'est très dynamique.Marguerite Yourcenar est-elle reconnue à sa juste valeur en France ? >> Elle est étudiée à l'école, toujours rééditée, c'est un signe. D'autres pays comme l'Italie ont un grand amour pour Yourcenar. Chaque année, de nombreuses thèses dans le monde sont publiées sur elle.Vous souvenez-vous de son élection à l'Académie française ? >> Bien sûr. C'était la première fois que la réception était retransmise à la télévision en direct et j'étais devant mon écran avec ma mère. J'ai enregistré son discours sur mon petit radio cassette et j'ai même écrit pour l'occasion un poème en alexandrins publié dans un journal. Pour un passionné de littérature, c'était comme la coupe du monde pour un fan de foot. Pendant un an, on ne parlait que d'elle, son élection faisait la polémique. À Paris, les photographes lui couraient après. Yourcenar est alors devenue une vraie star.Difficile d'être une femme écrivain... >> Pour Yourcenar, la question ne se posait pas. Il y a deux courants. Les féministes comme Halimi, Duras qui pensent qu'il existe une écriture féminine et les autres comme Yourcenar pour qui un artiste n'a pas de sexe. Cette année, dans le festival Par Monts et par Mots, on mettra en avant des voix de femmes et il y aura un débat sur le thème : « L'écriture a-t-elle un sexe ? »w

La villa Yourcenar : une résidence pour écrivains loin du tumulte

Marguerite Yourcenar a vécu une partie de son enfance au Mont-Noir. Sur ce site est aujourd'hui installée une résidence d'écrivains où ceux-ci se retirent pour écrire : c'est la villa Yourcenar. Elle est dirigée par Achmy Halley depuis 2007.Quelle est l'histoire de ce site ? >> La famille paternelle de Marguerite Yourcenar possédait ici un vaste domaine qui n'existe plus. Elle y a passé les 10 premières années de sa vie. Le château a ensuite été vendu puis bombardé en 1914. Le Mont-Noir a une forte portée sentimentale pour Marguerite Yourcenar, elle en parle dans ses livres. Dans les années 80, quand elle a appris que le domaine allait être vendu, elle a écrit au conseil général pour lui demander que ce lieu devienne une réserve naturelle. Bien sûr, le Département l'a acheté et en 1997, il a ouvert dans ce lieu, sur les anciennes écuries du château, une résidence d'écrivains.Qu'est-ce que c'est ? >> Le rêve de tout écrivain ! Un lieu au calme loin de la ville, du tumulte. On est un hôtel 4 étoiles, les écrivains n'ont qu'à écrire pendant un mois, deux mois. Il y a une dimension interculturelle, on reçoit des Italiens, des Slovènes, etc. On organise des rencontres avec le public, des dédicaces, des lectures.Citez-nous des noms d'écrivains qui sont passés ici... >> François Cheng et Philippe Beaussant, tous deux à l'Académie française, Sylvie Germain... On reçoit une centaine de candidatures par an et on en sélectionne 15. C'est un jury d'écrivains, de critiques qui décide, sur dossier.Que retirez-vous de ces quatre ans à la direction de la villa, est-ce une manière de continuer à faire vivre Yourcenar ? >>  Yourcenar, c'est 20 % de ma mission. Ici, mon travail, c'est sur la littérature contemporaine vivante. Tous les jours, je me dis que c'est merveilleux !Des projets pour ce lieu ? >> Plus d'ouverture, de rencontres avec le public. Nous souhaitons que le festival « Par Monts et par Mots », en juin, attire de nouveaux publics. Il y a souvent une timidité, des gens pensent que la villa est un lieu de prestige, mais c'est le contraire d'un lieu élitiste, fermé, d'une tour d'ivoire. En 2012, avec Sandrine Vézilier du musée de Flandre à Cassel, on va organiser une grande exposition autour de Yourcenar et la peinture flamande pour présenter les grands tableaux qui l'ont inspirée. Cette année, le Département a acheté un fonds d'archives qui appartenait au bibliographe de Yourcenar. Il est aux archives du Nord, il doit être classé. Mais à partir de 2011-2012, on va le mettre en valeur. Nous aurons le fonds le plus important d'Europe.w


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