« L'important est de dédramatiser le cancer »
Publié le mercredi 10 mars 2010 à 06h00
MATTHIEU DELACHARLERY > région@nordeclair.fr La Semaine nationale contre le cancer a débuté lundi et se poursuit jusqu'au 14 mars. L'occasion de rappeler qu'il existe des traitements et toute l'importance d'un dépistage précoce. Entretien avec le Dr Philippe Martin, cancérologue à l'Hôpital Privé Métropole de Lille.
Selon vous, en quoi cette Semaine nationale de lutte contre le cancer est-elle importante ?
>> Le cancer est une maladie fréquente. Des campagnes, à l'image de celle organisée par la Ligue contre le cancer, sont nécessaires pour favoriser les dépistages systématiques. Il y a tellement de moyens d'information aujourd'hui qu'il n'est pas si facile de trouver des réponses adéquates. On peut à la fois être rassuré comme être catastrophé. En tant que thérapeute, notre rôle est de favoriser le dépistage de masse, et cela le plus tôt possible
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Malgré les nombreuses campagnes d'informations, pourquoi le mot « cancer » fait-il toujours aussi peur ?
>> Il y a beaucoup de bruit autour de cette maladie. Le mot cancer est entaché du fait qu'il existe certains cas dont on ne peut pas guérir. Ce qui inquiète les malades, c'est la généralisation de la maladie. Tous les gens ont vu ou entendu parler autour d'eux de quelqu'un qui est mort du cancer. La peur d'avoir mal et de se dégrader physiquement fait également partie des craintes à l'évocation du mot « cancer ».
Comment agir pour que les mentalités évoluent sur cette maladie ?
>> C'est de faire savoir aux gens qu'il existe des traitements efficaces. Ils sont plus ou moins lourds bien entendu mais ils sont devenus tout à fait acceptables. Il faut que les gens sachent qu'il existe une prise en charge autour d'eux. On leur fait rencontrer des spécialistes de la douleur et on leur dit qu'une partie des soins peut être faite à domicile. Il faut surtout leur expliquer qu'ils ne seront pas abandonnés.
En quoi consiste le rôle du cancérologue ?
>> Notre rôle en tant que cancérologue consiste en grande partie à donner le maximum d'information pour éclairer le malade. Nous essayons par exemple de repérer les familles à risque qui présentent souvent des cas multiples de cancers. Ensuite, il s'agit de prendre en charge les patients de façon immédiate et complète avec des programmes de traitement clairs. Au-delà des soins, nous accompagnons le malade en lui expliquant le traitement. Nous le mettons en contact avec des psycho-oncologues, des ateliers d'esthétique pour enlever la gêne et retrouver l'extérieur avec sérénité.
Quel accompagnement reçoivent les personnes « guéries » ou dont les traitements sont terminés ?
>> Pendant cette période les patients sont souvent perdus. Nous mettons beaucoup d'efforts dans leur accompagnement pour les réintégrer dans leur environnement social et les aider à reprendre un travail. Cela demande beaucoup de moyens et d'organisation, et ce n'est pas forcément facile pour nous. Néanmoins, tout cancer dispose d'un programme de suivi avec des visites 6 mois et 1 an après. J'ai l'obligation de rencontrer les patients tous les ans pour suivre l'évolution des traitements et voir s'il y a des effets dits secondaires. Le médecin généraliste est le meilleur interlocuteur du patient, il doit donc pouvoir répondre aux questions du malade. Cela passe par une bonne communication entre le cancérologue et le médecin traitant. Il y a également le milieu associatif qui intervient dans l'accompagnement des malades.
Comment expliquer l'augmentation du nombre de cancers ?
>> C'est une maladie qui est étroitement liée à l'environnement de la personne. Les changements de mode de vie et le vieillissement de la population sont des facteurs propices au développement de cancers.
Chez les femmes, la surcharge pondérale ou encore les traitements hormonaux favorisent le développement de cancers. Le nombre de cancers lié au tabac et à l'alcool diminue chez les hommes mais augmente aujourd'hui chez les femmes. Par ailleurs, on sait aujourd'hui que certaines tumeurs se développent suite à des virus. Le cancer du col de l'utérus peut ainsi se transmettre suite à un acte sexuel. Il est donc préconisé d'effectuer un dépistage avant de débuter sa vie sexuelle.
La recherche a fait d'énormes progrès concernant le dépistage et le traitement des cancers. Qu'en est-il aujourd'hui ?
>> Il y a eu d'énormes progrès thérapeutiques ces dernières années. La plupart des tumeurs sont aujourd'hui guérissables. Mais la recherche dans ce domaine est compliquée car tous les cancers ne sont pas liés à des virus. De nouvelles formes de cancer se sont développées ces dernières années mais il faut du temps pour découvrir d'une part leur origine et d'autre part quel traitement administrer.
Actuellement, on découvre que certaines drogues favorisent le développement de cancers.w
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Il existe des traitements efficaces et une prise
en charge complète des patients. La plupart des tumeurs
sont aujourd'hui guérissables.






