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JEUNES AGRICULTEURS

Mickaël Poillon cultive l'espoir d'un retour à la terre

Mickaël Poillon : «Le milieu rural n'a pas besoin des urbains pour venir lui faire la morale. La bouffe n'appartient ni à la droite ni à la gauche». Mickaël Poillon : «Le milieu rural n'a pas besoin des urbains pour venir lui faire la morale. La bouffe n'appartient ni à la droite ni à la gauche».

C'est la liste surprise de ces régionales : les jeunes agriculteurs se lancent dans la bataille avec à leur tête Mickaël Poillon qui, à 32 ans, veut mettre la problématique paysanne au centre des débats.



SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr
Il aurait pu être footballeur pro. Passé dans les rangs du centre de formation du LOSC, sa vie aurait pu se restreindre à un rectangle engazonné de 100 mètres sur 50. Mais une blessure à l'âge de 18 ans l'a éloigné définitivement des terrains. Aujourd'hui, c'est dans d'autres types de surfaces que Mickaël Poillon déploie son savoir-faire. Les surfaces agricoles du Ternois, en l'occurrence. Celles de ses ancêtres, de ses parents, qui ont toujours cultivé la terre ici. Un passage de témoin qui était tout sauf naturel. « J'ai dû me réorienter. Mes parents m'ont proposé de reprendre la ferme, mais plus comme un filet de sécurité qu'autre chose. J'ai fait des études agroalimentaires, à Lille. J'ai un peu travaillé là-dedans. Mais plus je m'en allais de chez moi, plus j'avais envie d'y revenir ».


La quête du sens
Fort de cette « liberté de choix », « riche » de son expérience à la ville, le garçon au look de jeune titulaire du CAPES d'histoire-géo, revient à ses racines en 2004, avec l'envie de mettre un sérieux coup de pied dans la taupinière. Son leitmotiv : restaurer le lien perdu entre l'agriculteur - ou le « paysan », comme il aime à se décrire - et le consommateur. « Aujourd'hui, l'agriculture est liée au secteur marchand sans aucune remise en question du sens de ce qu'on fait. On le fait parce que le marché le demande. Nous, on se demande juste si ça a vraiment un sens de manger n'importe quoi n'importe quand », explique-t-il aux étudiants de l'École de journalisme de Lille.
Le propos a le mérite de détonner, dans un monde agricole qu'on croit acquis à la droite la plus conservatrice. Pour appuyer sa démonstration sur la nécessité de faciliter la mise à disposition des produits locaux pour les populations locales, la tête de liste des JA prend le contre-exemple de ces « traders » de l'agriculture qui font du blé, au propre comme au figuré, grâce aux recettes de l'exploitation la plus productiviste de la terre. Un modèle en bout de course selon Mickaël Poillon, qui veut promouvoir une agriculture raisonnée dans des filières structurées et une maîtrise du foncier face aux « élus des villes qui ne pensent qu'à implanter des ZAC » à tout bout de champs, littéralement.
Celui qui cite le journaliste engagé de France Inter Daniel Mermet revendique un bouquin d'Albert Jacquart et un autre du très à gauche Noam Chomsky sur sa table de nuit. Il emprunte même à l'occasion le vocabulaire et le franc-parler d'un Besancenot. Un « gauchiste », Mickaël Poillon ? « Pas du tout.
Moi je suis capable de dire que le monde agricole a une responsabilité dans la situation actuelle. Ce qu'on veut c'est arrêter cette société qui court, qui court, et qui ne réfléchit plus à ce qu'elle fait. Le monde rural est le premier à fréquenter les hypermarchés... ».
Entre les « écolo-moralistes », qui « portent un regard urbain sur ce qu'il faudrait faire de la campagne », et « la droite de l'industrie agricole », Mickaël Poillon n'a d'autre ambition pour ce premier tour que de porter le débat dans l'arène politique. L'homme pense avoir au moins réussi à le susciter et prend déjà date avec le futur exécutif pour avancer sur les dossiers ruraux. La « JA-cquerie » de Mickaël Poillon et de ses colistiers ne fait peut-être que commencer...w


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