Quand les étudiants boycottent les loyers
Publié le jeudi 04 mars 2010 à 06h00
À Lille 1, 350 étudiants grévistes dénoncent la vétusté des résidences. Le Crous, lui, annonce qu'un « plan d'amélioration » va être mis en place en attendant le plan Campus Grand Lille.
JUSTINE FAIDERBE > region@nordeclair.fr
Son bureau lui sert de table-meuble-télé-vaisselier, et son lavabo d'évier. Anthony, étudiant-infirmier, tout juste 20 ans, occupe une des chambres de la résidence universitaire Camus, à la Cité scientifique, depuis le début de l'année scolaire. 9 m² en tout, aménagés « comme on peut » : les boîtes de conserve cohabitent avec les Vidal et encyclopédies au-dessus du lit, le micro-ondes et les pots de Nutella® se partagent une tablette en plastique, et les tiroirs mélangent cours et DVD. Des conditions « difficiles à vivre au quotidien » pour le jeune homme, qui ne peut même pas compter sur son bon vieux CD de U2 pour se réconforter : « Les murs, c'est du papier à cigarette. » Sous l'impulsion de l'Union des étudiants communistes (UEC), de la Fédération des étudiants en résidences universitaires de France (Unef) et de l'UN-CGT Crous (le Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires), Anthony a donc décidé de se mettre en grève. Il a suspendu le paiement de son loyer au Crous (de 136 E), comme 350 autres résidants à Lille 1 selon l'UEC, qui espère atteindre le chiffre de 900 grévistes et « mobiliser aussi des étudiants non-résidants », précise Pierre Tribout. Les revendications du syndicat : la construction de nouvelles résidences pour pallier « une demande sociale forte » (seulement 9 251 chambres pour 250 000 étudiants sur l'académie de Lille) et permettre une « réhabilitation massive » des logements déjà existants. « Ces actions ne pourront être mises en place que par le réengagement de l'État », affirme Ugo Bernalicis, membre de l'Unef et vice-président étudiant du Crous, qui dénonce « la vie indigne dans des résidences universitaires à l'abandon » et la « pression du Crous sur les grévistes ».
Le Crous « capable »
de reloger les étudiants
Retour à la résidence Camus. Quand on parle douche (une seule pour 20 chambres), Anthony rétorque « froid ». Marie, elle, une voisine, pense aux « lambeaux qui tombent des plafonds » : « Je préfère faire ma toilette au lavabo, dans ma chambre. » Les tuyaux sont recouverts d'une couleur douteuse et la peinture s'écaille. Les fenêtres des chambres, en bois, simple vitrage, aussi. Elles laissent passer les courants d'air. « Plusieurs résidants ont acheté un chauffage d'appoint, explique Anthony. Mais si ça prend feu ? » Même risque avec les plaques chauffantes, posées dans les chambres à défaut de cuisine dans les parties communes.
Face à une situation qu'il ne trouve pas « normale », Laurent Souchey, responsable de la division « condition de vie » au Crous de Lille, affirme « la volonté de ce service public de proposer une réponse à ces étudiants ». Il assure par ailleurs qu' « un plan d'amélioration (dont on ne connaît pas encore les modalités, ndlr) des conditions de logement va être présenté au prochain conseil d'administration en attendant le plan Campus Grand Lille », et que le Crous est « en capacité de reloger les étudiants qui sont dans cette situation ». Mais Anthony, lui, ne veut déjà plus reconduire son bail sur le campus de la cité scientifique l'an prochain.
Faire grève « aura alors peut-être servi à ceux qui arriveront après moi ».w



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