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FRONT NATIONAL

Marine Le Pen, la Région avant le Front

Sur les marchés, comme ici à Bailleul, Marine Le Pen joue la carte de la ruralité et de l'identité régionale. Sur les marchés, comme ici à Bailleul, Marine Le Pen joue la carte de la ruralité et de l'identité régionale.

À 42 ans, la benjamine de la famille Le Pen revient briguer les suffrages des électeurs régionaux, après avoir été élue une première fois en 1998.Avec, au-delà de son score dans la région, la refondation du FN en ligne de mire.SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr



Au Front national, le soleil pourrait bien se coucher en Provence-Alpes-Côte d'Azur et se lever dans le Nord - Pas-de-Calais au matin du 22 mars. Là-bas, Jean-Marie Le Pen mène sans doute son dernier combat électoral. Ici, Marine Le Pen s'emploie à entrer un peu plus encore dans le costume du chef. L'enjeu est double pour celle qui fut déjà conseillère régionale du Nord - Pas-de-Calais entre 1998 et 2004 : d'abord, renforcer une implantation régionale acquise à la faveur des scandales qui ont touché Hénin-Beaumont en maintenant un contingent d'une quinzaine d'élus au conseil régional. Ensuite, et peut-être surtout, s'imposer définitivement dans la course à la succession engagée au FN. Et, de facto, se positionner pour porter ses couleurs lors de la présidentielle de 2012.
Mais avant d'en arriver là, Marine Le Pen doit donc monter sur le marchepied régional. Un préalable dont elle s'acquitte en sillonnant la région quatre à cinq jours par semaine, de marchés en marchés et de sorties d'usine en sorties d'usine. Histoire de montrer qu'en dehors des plateaux télés parisiens, la ruralité made in France et les méfaits de la mondialisation restent au coeur de ses préoccupations électorales. « Aller sur le terrain, c'est primordial. Je ne sais pas faire de politique autrement », sourit-elle en marge d'un tractage au marché de Bailleul. En plein coeur des Flandres, où les questions identitaires ne sont pas anecdotiques, Marine Le Pen a la cote, c'est indéniable. « Elle est plus belle au naturel qu'à la télé », s'extasie une passante avant qu'une autre ne requière de la candidate qu'elle pose pour l'incontournable photo souvenir, ce qu'elle accepte de bonne grâce. Des objectifs de la presse nationale à ceux des « travailleurs qui se lèvent tôt », comme elle dit, tout est bon à prendre. Plus loin, un homme âgé l'apostrophe : « C'est bon de voir qu'il y a encore des Français qui en ont dans la culotte ! » . Une pomme à la main, façon « Chirac 1995 », Marine Le Pen peut poursuivre sa route, tout sourire...
« Changement d'image »


Car la façon dont elle est reçue ici et là la conforte dans sa méthode : ne pas heurter les frontistes historiques tout en rajeunissant le visage d'un parti dont le premier cycle est en passe de s'achever. Autour d'elle, c'est d'ailleurs la jeune garde du FN régional, Steeve Briois et Éric Dillies en tête, qu'on retrouve. « Ma présence dans la direction permet de donner une visibilité aux trentenaires qui animent le parti sur le terrain » , explique-t-elle. « Marine n'est pas le double de son père, ni son travestissement, témoigne Éric Dillies, tête de liste dans le Nord. Elle est elle-même, avec ses différences ». Lesquelles ? « Elle se bat pour gagner, alors qu'avant le parti se battait plus pour témoigner ». Tout est dit.
« On se vit comme un parti de gouvernement, appuie Marine Le Pen. Ça commence en faisant ses preuves dans l'opposition comme on le fait à Hénin-Beaumont ». Estimant que « la diabolisation du FN laisse encore des marques », Marine Le Pen juge que les 265 voix qui ont manqué pour prendre la mairie d'Hénin-Beaumont indiquent que « le chantier du changement d'image toujours en cours, après le coup d'arrêt violent de 2007 » serait sur le point d'opérer. « Ce n'est pas une banalisation, car on n'appartiendra jamais à la "caste" politique. Mais il y existe une forme de normalisation. Après tout, nous portons sur la place publique de vrais problèmes, comme la montée des communautarismes, l'affaissement de la morale publique... ».
À défaut de changer de registre - sécurité, préférence régionale et lutte contre les dérives du « système » en place sont au coeur de son programme - Marine Le Pen veut faire évoluer la méthode. Là où le père s'ingéniait à provoquer et à manipuler les symboles dans l'outrance, la fille, ancienne avocate, met en place un discours tout en rationalité. Une rationalité discutable, certes. Mais c'est peut-être là le principal changement au FN : le parti veut amener les autres à parler avec lui, directement ou indirectement. En usant d'arguments, sans agressivité apparente, mais non sans une certaine habilité - elle présente son combat contre les Quick halal comme celui de la laïcité dans l'espace public - Marine Le Pen veut faire passer un cap au FN. De ce point de vue, même si elle s'en défend, son score lors du scrutin à venir aura valeur de test.w


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