Brigitte Bouche, rescapée de l'incendie de Tourcoing
Publié le lundi 15 février 2010 à 06h00
Brigitte Bouche, 65 ans, est l'une des survivantes de l'incendie de la rue de Dunkerque, qui, dans la nuit de mercredi, a fait 7 victimes.
Hier, elle est revenue sur les lieux du drame.
MATHIEU THUILLIER > mathieu.thuillier@nordeclair.fr
Un long silence. Le regard dans le vague. Comme si elle réalisait enfin l'ampleur du drame. Brigitte Bouche, petit bout de femme de 65 ans, n'était pas encore revenue sur les lieux. Quatre jours se sont écoulés depuis l'incendie qui, dans la nuit de mardi à mercredi dernier, a tué sept personnes dans cet immeuble de la rue de Dunkerque où elle était locataire depuis 2 ans. D'un pas décidé, en ce dimanche après-midi glacial de février, elle s'est alors d'abord dirigée vers l'arrière de la maison, côté jardin. A levé la tête vers les fenêtres de son appartement, qu'elle trouvait plutôt « confortable », et d'où les pompiers l'ont extirpée au plus fort du sinistre. Les mots se font rares. Finit par lâcher : « C'est un choc. Je suis passée par une belle porte. » « Quand c'est arrivé, je dormais, nous racontait-elle, hier midi dans son studio roubaisien où elle a été relogée par son bailleur social, le CAL-PACT, dès le lendemain de la catastrophe. Un bruit bizarre m'a réveillée. Je me suis levée, j'ai vérifié mon radiateur, j'ai ouvert la fenêtre et j'ai vu des flammes sur le mur du voisin. Je l'ai entendu crier "au secours" ou "au feu", je ne sais plus exactement. J'ai refermé la fenêtre parce que je prenais la fumée noire dans la figure et c'est seulement à ce moment-là que j'ai vu la fumée dans ma pièce. Ma porte était en flammes. »
« Je n'ai jamais paniqué »
Pourtant, elle dit n'avoir jamais eu peur. « Après, j'ai entendu les pompiers appeler "madame, madame", j'ai pris une robe, mon sac, et je suis sortie à l'échelle, par la fenêtre, avec eux. Je n'ai jamais paniqué. Je pensais que les pompiers allaient éteindre l'incendie et que je pourrai retourner chez moi le soir. J'en étais persuadée. Mais quand je suis passée de l'autre côté, j'en étais moins sûre... J'ai eu les premiers soins dans la maison voisine, puis ils m'ont conduit à l'hôpital. » Légèrement intoxiquée par les fumées, elle en sortira le mercredi midi. Depuis, sans famille, Brigitte Bouche, employée d'entretien et de nettoyage depuis deux ans à l'institution Notre-Dame Immaculée à Tourcoing, est entourée par quelques personnes qu'elle côtoie au travail. Dans le collège, elle est très respectée. « Brigitte, c'est une discrète et une bosseuse », dit d'elle une collègue, qui a immédiatement lancé une chaîne de solidarité pour lui venir en aide. Les premiers dons arrivent*, des vêtements notamment. De l'alimentaire et de l'électroménager. En prévision de son relogement définitif, pas avant la fin mars sans doute, des meubles ont aussi été collectés. Mais dès le 22 février, elle reprendra le boulot, « y'a aucune raison que je n'y aille pas, explique cette dure au mal. Vous savez l'adversité, j'en ai l'habitude. » Elle souhaiterait quand même être relogée à Tourcoing, bien sûr, où elle a noué quelques amitiés. Pas trop loin non plus des anciens locataires du 215 de la rue de Dunkerque, même si elle ne les connaissait pas vraiment, pas plus que les victimes ou ses voisins de palier d'ailleurs.
Il est 15h, un peu sonnée par ce qu'elle vient de voir Brigitte Bouche s'en retourne dans son studio roubaisien.w *Pour venir en aide à Brigitte Bouche, ses collègues se mobilisent sur www.sepnord-cfdt.fr


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