Tourcoing : six morts dans l'incendie d'un immeuble
Publié le jeudi 11 février 2010 à 06h00
Un violent incendie rue de Dunkerque a causé la mort de six personnes et blessé onze autres dans la nuit de mercredi. Un drame que n'ont pu empêcher les nombreux secours envoyés sur place.
SÉBASTIEN LEROY ET HUGUES BALLOIS > region@nordeclair.fr
L'apocalypse au coin de la rue. Partout des véhicules de secours, aux avant-postes du drame. Des médecins du Samu qui arpentent la rue sans jamais s'interrompre, dans un chaos indescriptible de lances à incendie. Et des pompiers qui luttent pied à pied, jusqu'à 4 h du matin, pour venir à bout d'un incendie interminable qui aura finalement complètement ravagé la bâtisse située au 215 de la rue de Dunkerque, dans le quartier des Francs. Un incendie qui au final causera la mort de six personnes, parmi lesquelles des locataires et des personnes hébergées, plus onze blessés.
Il est aux alentours d'une heure du matin quand le sinistre se déclare. Très vite, une soixantaine de pompiers de Roubaix, Tourcoing et Marcq-en-Baroeul, équipés de sept lances et de deux grandes échelles, arrivent sur place, non loin du rond-point des Francs. Tandis que le feu gagne rapidement tout le bâtiment, les logements se transforment en brasier d'où il devient impossible de sortir. Un piège infernal. Des flammes sortent des fenêtres de la maison de maître, rénovée en 1989 et subdivisée en appartements. Les pompiers parviennent à extraire quatre personnes des étages par la grande échelle et à évacuer un total de 11 blessés vers un PC de secours improvisé au n°217. Parmi eux, une femme et ses trois enfants, enveloppés dans des couvertures de survie au moment d'être conduits à l'hôpital. Malheureusement, derrière le soulagement des survivants, c'est une tragédie qui, dès ce moment, est déjà en grande partie jouée.
Car deux personnes, en proie à la panique, se sont défenestrées pour échapper au feu, juste avant l'intervention des pompiers. Un témoin explique avoir porté assistance à l'une d'elles. « Je passais en voiture. j'ai vu des gens sur le rond-point, en panique. En arrivant dans la rue j'ai entendu des personnes qui criaient depuis les fenêtres. Et une personne a sauté, là, de l'étage, dans la petite ruelle qui longe la maison. L'homme avait les flammes sur lui. Des voisins m'ont donné des serviettes mouillées pour éteindre le feu. Mais il était déjà inconscient ».
Lui, comme Patricia Ritz, 49 ans, qui s'était aussi jetée par la fenêtre, seront les deux premières victimes du sinistre, décédées des suites de leurs blessures. Mais pas les seules.
Quatre corps retrouvés
dans les décombres
Hier matin, alors que les recherches se poursuivaient, les pompiers découvrent une troisième victime à l'intérieur du bâtiment et l'emmènent à l'abri du regard des nombreux badauds et voisins qui étaient encore présents dans le quartier.
Dans l'après midi, le poids du malheur se fait un peu plus lourd, sur les ruines de la bâtisse : trois nouveaux cadavres sont sortis des décombres par les pompiers. Une tâche rendue difficile dans une demeure ancienne aux nombreuses boiseries. Où le premier étage et la cage d'escalier se sont littéralement effondrés. Le bilan provisoire porte alors à six le nombre de personnes ayant trouvé la mort dans l'incendie de la nuit. Et tout laisse à penser que les trois personnes manquantes, dénombrées par le bailleur et la police le matin même, pourraient se trouver parmi elles. De nouvelles recherches dans les ruines du bâtiment ravagé par le feu doivent se poursuivre aujourd'hui pour tenter d'extraire d'éventuelles nouvelles victimes. Par ailleurs l'état d'un blessé grave inspirait toujours l'inquiétude hier soir.
Quel que soit le bilan définitif et quelles qu'en soient les causes qui restaient hier toujours à déterminer par la police de Tourcoing qui a hérité de l'enquête, ce drame vient s'ajouter à la série noire débutée en 2005 dans le secteur. L'incendie d'hier n'est en effet pas sans rappeler ceux de l'avenue Jean-Baptiste Lebas en 2005 et du boulevard Beaurepaire à Roubaix en 2006. Deux incendies qui avaient fait dix victimes au total. Et après le drame d'hier, force est de constater qu'en 5 ans, le feu aura décidément fait payer un lourd tribut aux habitants des deux villes voisines.
Hier matin, amis des victimes et voisins étaient sur les lieux du drame à attendre les dernières nouvelles. Tous étaient sous le choc et témoignaient de la violence de l'incendie. Avec une lueur d'espoir pour certains : retrouver leurs amis en vie. «J'étais en train de regarder Appels d'urgence sur TF1 quand j'ai entendu deux explosions, témoigne un adolescent de 14 ans qui habite à 200 mètres de l'immeuble. Je suis sorti, j'ai vu des flammes s'échapper des fenêtres du rez-de-chaussée et j'ai appelé les pompiers. » Dans la nuit de mardi à mercredi, vers 1 h, les pompiers de Tourcoing ont reçu plusieurs appels. Voisine de l'immeuble, une femme raconte : « On a entendu comme un bruit de carreau cassé. On pensait que c'était encore une voiture. J'ai ouvert ma fenêtre et j'ai vu le feu. Puis j'ai entendu cette femme crier. On ne pouvait rien faire à part attendre les pompiers, c'était horrible. » « Un homme hurlait avec les flammes derrière lui , raconte une autre riveraine, située en face. Je l'ai vu sauter par la fenêtre. » D'autres n'ont rien vu mais ont entendu. Jean-Luc est formel : « J'ai reconnu sa voix particulière, et il criait : "donnez-moi une échelle ou je saute" ». Cette voix, c'est celle de son ami Bernard Crépel qui habitait au premier étage de l'immeuble. Depuis, il n'a plus de nouvelles. Et pour cause. Bernard Crépel comme sa compagne Danièle Debuscheere font partie des personnes manquantes. « Danièle, je l'ai vue mardi, bredouille, sous le choc, un ami. Je lui ai déposé des oiseaux exotiques, elle adore ça. » Hier matin, à 8 h, les riverains étaient encore nombreux à proximité du sinistre. Beaucoup étaient là pour avoir des réponses aux rumeurs qui avaient circulé pendant la nuit ou prendre des nouvelles de leurs voisins, de leurs amis. « Il paraît qu'il y a un mort ? », demande un passant. « Je connais une dame qui habite au deuxième étage », glisse un autre. Tous attendaient la moindre (bonne) nouvelle qui pourrait les rassurer. Comme Rabah, l'épicier de la rue d'Anvers, chez qui la plupart des victimes allaient s'approvisionner.w H.B. et J.-FR.R.
Le CAL-PACT, propriétaire du bâtiment de la rue de Dunkerque, loge des personnes à faibles revenus. Il possède 4 000 logements de type ancien dans la métropole. Les amis des victimes pointaient, hier, un manque de chauffage. Hier, plusieurs témoins et amis des victimes présents rue de Dunkerque pointaient le manque de chauffage de la bâtisse. Selon eux, depuis une semaine, l'immeuble était mal chauffé. Le parc immobilier du CAL-PACT est uniquement composé d'habitat ancien rénové par le bailleur. De nombreuses bâtisses sont ainsi réhabilitées et divisées en appartements. 4 000 au total sur la métropole. Ces logements sont accessibles aux locataires ayant de très faibles revenus. « 97 % de nos locataires sont à 60 % au-dessous du plafond HLM et 47 % touchent le RSA », précisait hier soir Christian Montaigne. Le directeur régional du CAL-PACT a aussi affirmé être « surpris » par les déclarations des témoins et amis des victimes, quant à des problèmes de chauffage. Il a indiqué que la chaufferie de l'immeuble avait été refaite en 2008, que les cumulus avaient été vérifiés pour la dernière fois en septembre 2009 et toute la sécurité incendie en décembre dernier. Pour lui, « théoriquement, il n'y avait pas de gaz utilisé dans cet immeuble ». « L'immeuble était correctement entretenu, a-t-il ajouté. Il avait vieilli comme tous les immeubles. C'était une cellule de vie agréable. » Le CAL-PACT possédait l'immeuble de la rue de Dunkerque depuis 1989, année au cours de laquelle il avait été entièrement rénové. Les services de la Ville et de la CAF l'avaient visité en 2009. Ils n'avaient rien signalé. En 2007, à la suite d'un incendie d'une autre habitation du CAL-PACT, avenue Gustave-Dron à Tourcoing, une femme avait succombé à ses blessures. w H.B. et J.-FR.R.
Parmi les victimes, certaines auraient été juste hébergées. Mais six hommes seuls, quatre femmes seules, un couple, plus une femme et ses trois enfants vivaient officiellement dans l'immeuble. Onze ont survécu. Dix d'entre elles ont été relogées dès hier. Parallèlement à la recherche des victimes, hier, l'autre priorité était la prise en charge des survivants. Dans la soirée, dix d'entre eux étaient relogés et accompagnés personnellement. « J'ai pu déjeuner avec la maman et ses trois enfants », a indiqué le directeur régional du CAL-PACT, Christian Montaigne. L'émotion était perceptible dans les locaux tourquennois du CAL-PACT, où le téléphone n'a pas arrêté de sonner. Sont venus prêter main forte à la structure les services de la Ville de Tourcoing, mais aussi le bailleur Vilogia ainsi que d'autres associations spécialisées dans l'aide au logement. « Ils ont tous été relogés dans des appartements meublés, souligne le directeur. On a organisé une collecte de vêtements et de couvertures pour un dépannage immédiat. Il y a aussi une aide financière et nous avons pris contact avec les assurances. » Le maire de Tourcoing, Michel-François Delannoy, qui habite dans la rue où s'est produit le drame, a expliqué hier soir que les services de la Ville étaient mobilisés. De simples citoyens se sont aussi manifestés. « Des gens sont venus me dire qu'ils avaient une chambre ou un logement pour héberger les victimes. » Par ailleurs, une cellule psychologique a été mise en place, avec un médecin de l'hôpital de Roubaix et hier soir, des onze blessées, une personne était encore hospitalisée. wJ.-FR.R.





