Phil Marso : « Le portable déshumanise les relations »
Publié le lundi 08 février 2010 à 06h00
PROPOS RECUEILLIS PAR MATTHIEU MILLECAMPS > matthieu.millecamps@nordeclair.fr Tenir trois jours sans portable. Plus symbolique que vraiment suivie, l'opération lancée il y a dix ans par l'écrivain humoriste Phil Marso a le mérite de poser la question de la place prise par les mobiles et autres « smartphones » dans nos vies.
Pour l'auteur, on se coupe des autres tant on reste dans sa bulle.
Quand et pourquoi avoir eu l'idée de lancer ces trois journées sans portable ?
>> C'était il y a dix ans. Je venais d'écrire un roman sur les désagréments du portable que l'on voyait alors se développer. Je me suis dit que je devais aller plus loin pour marquer le coup. Et puisqu'il fallait une date symbole, j'ai choisi la saint-Gaston, à cause de la chanson...
Quel est l'intérêt de couper son portable pendant ces trois jours ?
>> Pour réaliser à quel point cet objet a pris de l'importance dans nos vies. Les opérateurs de téléphonie mobile ont rempli leur pari : ils nous ont fait croire que nous devions être joignables 24 heures sur 24. Je me souviens de publicités culpabilisantes pour les « retardataires » qui n'achetaient pas de portable. Maintenant, tout le monde a le sien et de plus en plus de personnes ont un « smartphone »... Pour moi, ça déshumanise complètement les relations humaines. Il suffit de voir les gens dans le bus : chacun est dans sa bulle, écoute sa musique, envoie des SMS aux gens qui sont dans son répertoire, regarde ses e-mails ou son profil facebook... Mais plus personne ne se parle, ne regarde même ce qui se passe dans le bus. Les gens ont certes l'impression de plus communiquer avec leur entourage mais en fait ils se coupent de la relation à l'autre, à l'inconnu.
Cinq journalistes viennent de passer cinq jours avec pour seules sources d'information les réseaux sociaux. Que pensez-vous de l'expérience ?
>> Mis à part le côté télé réalité que je ne cautionne pas vraiment, je trouve que l'expérience est intéressante. Globalement, et surtout depuis l'arrivée des « smartphones », on a accès en permanence à de nombreuses sources d'information. Ça peut être une bonne chose mais j'ai l'impression qu'à l'avenir, il sera quasi impossible d'être peinard, de se protéger de ce flot continu d'information, d'appels, de SMS ! Pour moi, c'est une sorte d'esclavagisme. Il faut être joignable en permanence. Et cela crée des comportements parfois un peu inquiétants. Combien d'ados, ou d'adultes, vont passer la nuit entière avec le portable sous l'oreiller en attendant un SMS de réponse à un message qu'ils ont envoyé ? Je pense que ces journées sans portable peuvent permettre aux gens de se poser la question et, pourquoi pas, de tenter de retrouver la maîtrise de cet outil de communication.
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Plus personne ne se parle. Les gens ont certes l'impression de plus communiquer avec
leur entourage mais en fait
ils se coupent de la relation
à l'autre, à l'inconnu.





