"Explosion" à Lille : quand Twitter réinvente le téléphone arabe...
Publié le mercredi 03 février 2010 à 09h47
Hier soir une explosion a été entendue à Lille sur les coups de 22h40. Au final, il s'agissait d'un avion militaire de la base 103 de Cambrai ayant franchi le mur du son. Pas d'explosion réelle, donc. Mais un vrai buzz virtuel qui a mis Twitter et Facebook en émoi.
Il est 22h40, hier soir. La métropole s'apprête à s'endormir ou à suivre la rediff d'un épisode de la saison 4 de Dr House. Et puis "Boum". Pas un petit boum, la porte qui claque, le chat qui saute sur le toit, ou une collision automobile dans la rue. Non un bon gros boum qui fait trembler les fenêtres du sud de Lille jusqu'à la Belgique et qui fait se poser des questions.
Des questions qui n'ont pas tardé à emerger sur twitter, de manière quasi virale. A 22h39 les premiers "tweets" fusent. C'est @Crazyman qui se lance le lance le premier avec cette question qu'on sent alors lourde d'angoisse: "C'était quoi cette explosion à Lille ? #Lille (à l'instant)". Il n'en fallait pas beaucoup plus pour que Twitter, réseau social qui fonctionne sur le mode de la contagion, ne s'emballe, en l'espace de quelques minutes. Les hyptohèses les plus folles circulent, du crash d'avion à Lesquin, à l'Ovni en goguette jusqu'à l'explosion d'un immeuble à Ronchin. Ce qui au passage a des incidences sur article publié un peu plus tôt sur nordeclair.fr intitulé "Ronchin explose les compteurs" et qui traite en fait... de l'équipe locale de basket-ball. "LOL", comme on dit sur le web... Cela dit, Twirus, qui recense les "tags" (mots-clés) les plus populaire ne tarde pas à sentir le fremissement: à minuit, le tag #lille est classé n°1 des mots-clés les plus populaires sur la twittosphère francophone...
La pression se fait encore un peu plus forte quand sur les coups de 23 h, c'est facebook qui s'y met: Un groupe "toi aussi tu as entendu un gros boum aux alentours de Lille?" se monte et compte 600 membres à 23 h 15, puis 1700 vers minuit. Et ce matin près de 5000 membres. Si dans un premier temps Facebook vient en caisse de résonance de twitter pour la quête d'information et pout témoigner sur ce gros boum, les internautes n'en oublient pas d'être drôles pour autant et créent par contrecoups plusieurs groupes à la tonalité plus "légère" : "J'ai survécu au grand boom de Lille de 22h45"; "Ah non, moi je suis dans le Sud, j'ai pas entendu le boum à Lille"; etc...
Dans cette frénésie de rumeurs non vérifiées, de contre-vérité angoissées et quand même de bonne humeur générale (sur le web, parce que "In real Life" des gens ont vraiment eu peur), des journalistes de la rédaction, indentifiés comme tels, sont sollicités rapidement via twitter. Vers 23h10, devant la rumeur virtuelle qui enfle, le fait-diversier de permanence de Nord éclair est déclenché. Après vérification de rigueurs auprès des pompiers (dont on peut raisonnablement imaginer qu'ils auraient alerté la rédaction si la centrale de Gravelines avait explosé) deux informations arrivent enfin :
1) les pompiers sont débordés par des appels inquiets qui arrivent de partout.
2) Il ne se passe rien de grave.
L'hypothèse d'un avion qui aurait passé le mur du son en altitude est aussi évoquée. L'info arrive sur le site www.nordeclair.fr à 00h22. Et à 00h45, fermez le ban, la rumeur se déonfle aussi vite qu'elle est montée... "Vous pouvez reprendre une activité normale", comme dirait PPD.
Que "raconte" en fait ce premier "non-évènement" virtuel à l'échelon local? D'abord que les réseaux sociaux jouent à fond le rôle de sonnette d'alarme, de manière virale. Mais dans le même temps, on constate que la rumeur virtuelle sur twitter ou facebook n'est pas si éloignée de la rumeur orale: elle demande à être confirmée. Ce sont même les internautes qui le réclament, à suivre les demandes insistantes des uns et des autres pour obtenir une information fiable, émanant de quelque chose d'un peu sérieux et qui ressemble à un journaliste.
La morale de l'histoire, c'est Noureddine Zidane, journaliste de France inter enfermé dans le Périgord avec juste twitter et Facebook, qui la donne en citant un de ses "suiveurs" sur twitter : L'avantage du bruit re-tweeté (relayé) c'est que les journaleux (sic) ensuite confirment ou infirment avant d'ajouter plus tard peu d'intox passe par cette barrière.
Sébastien Leroy





