Ils traquent les délinquants du métro
Publié le jeudi 21 janvier 2010 à 06h00
En 2009, près de 200 affaires ont été élucidées grâce aux caméras installées dans le réseau Transpole.
Une partie d'entre elles l'ont été grâce aux qualités de physionomistes des policiers qui sécurisent les transports. Reportage.
BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr
Ils exhibent les liasses de photos qui alourdissent leurs poches. Que des clichés de suspects d'infractions commises dans les transports en commun de la métropole lilloise. Sam, Frédéric et Carole sont tous trois policiers du SISTC (service de sécurisation des transports en commun) et effectuent une patrouille dans les environs de la gare Lille Flandres. Si leur présence vise à rassurer les usagers et prévenir les infractions, un deuxième objectif trotte dans la tête des trois policiers. Aux aguets, ils scrutent inlassablement la foule, à la recherche d'une de leurs cibles.
Carole montre la photo de ces trois ados qui ont commis un vol à l'arraché dans le secteur, le 5 janvier. « Ces trois-là, on va les retrouver un jour dans le coin, lâche Sam. Si je les vois, je ne les raterai pas. J'ai leur visage en tête. » Mais ces trois-là ne se méfient pas, puisque leur coup a fonctionné. Ces trois-là, comme tant d'autres, oublient que dans les gares, les stations et les rames du métro, les tramways, et même les bus, des caméras filment sans répit. « Les gens savent qu'il y a des caméras et on voit parfois sur les images que des voleurs se cachent le visage, explique le commandant François Debrouwere, patron du SISTC. Sauf qu'ils ne le font pas avant ou après les faits, donc on les retrouve forcément. » En tout, plus de 3 000 de ces engins ont les yeux braqués en permanence sur le réseau Transpole. Et à un moment, le visage de l'auteur d'une infraction commise à l'intérieur du réseau à toutes les chances d'être enregistré.
« Les images sont conservées 48 heures avant d'être détruites, poursuit le commandant Debrouwere. On a donc 48 heures pour effectuer la recherche. Avec la plainte de la victime, le lieu de commission de l'infraction et le signalement du suspect, cela suffit. » Les policiers qui travaillent au QG du SISTC, installé dans les entrailles de la station Lille Flandres, essaient alors de réaliser une extraction de la meilleure image du suspect avant de distribuer la photo aux patrouilles. Et ce seulement si les victimes reconnaissent sur la photo l'auteur de l'infraction.
« Un sixième sens »
Sam, Frédéric et Carole regardent souvent les clichés, pour mémoriser les visages. Ils en ont une centaine dans leurs poches. « Ça devient une seconde nature, un sixième sens, confie Sam. On les regarde le matin, à chaque pause... Les interpellations, c'est de la chance, mais parfois aussi la récompense de notre patience, car on oriente nos patrouilles en fonction des habitudes supposées de ceux qu'on cherche... » Le trio étend son tour à un périmètre plus large : Euralille, Lille Europe, Parc Matisse. « Ici, c'est le coeur du réseau, c'est plus de 50 % de notre présence, raconte Frédéric. Ensuite, il y a Eurotéléport et les stations de Villeneuve d'Ascq, très fréquentées. »
« Du vrai boulot de flic »
Tout à coup, Carole s'arrête net et désigne un couple qui marche vers l'entrée d'Euralille. « Dis donc, Sam, c'est pas eux le vol à l'étalage de la station Lille Flandres ? ». Le duo est arrêté. Bingo. Tous deux âgés d'une trentaine d'années, ils sont arrêtés en possession d'une pince coupante, l'outil bien connu des habitués du genre et qui leur sert à couper les antivols. Leur fiche de police s'étale sur huit pages de délits du même type. Un couple leur ressemblant en tous points avait été filmé dans le tramway après ce vol commis en novembre dans la boutique Réserve naturelle . Leur photo avait été reconnue formellement par les gérants du magasin... « C'est ça qu'on aime, c'est du vrai boulot de flic , se réjouit Sam. S'il n'y avait pas la vidéosurveillance, on ne ferait pas autant d'affaires. C'est devenu un outil primordial pour nous. »w
Les policiers du SISTC comprennent mal les réticences face à la multiplication des caméras de vidéosurveillance installées dans les transports en commun. Au QG dans lequel les images arrivent, l'activité est en effet bouillonnante...Ils sourient dès qu'on évoque « Big Brother ». Les policiers qui travaillent derrière les écrans qui retransmettent les images de la vidéosurveillance des transports en commun assurent avoir « autre chose à faire que d'avoir le nez collé aux écrans ». « Regardez, on a seulement une vingtaine d'écrans, et il y a 1 200 caméras en station auxquelles on peut avoir accès... », souligne le commandant Debrouwere. Les images enregistrées dans les bus et les tramways ne peuvent en effet pas être visualisées en direct.Dans la salle de contrôle, les fonctionnaires sont au téléphone, effectuent des recherches de bandes (lire ci-dessus) pour repérer l'auteur d'une infraction dénoncée et ne voient que très rarement une infraction commise « en direct ».Les images leur servent en revanche pour gérer les urgences et envoyer les secours en cas d'incident. « On est souvent alerté par Transpole s'il se passe quelque chose. On peut alors mettre l'image sur la station qu'on veut, explique un policier. Ici, par exemple, on nous a signalé du racket à la station J.-B.-Lebas, à Roubaix. On envoie les policiers sur place, et on peut voir sur les écrans ce qui se passe. C'est une manière de ne pas travailler à l'aveugle... » Les écrans retransmettent le plus souvent les images des stations les plus exposées ou les plus fréquentées. Mais les policiers peuvent modifier la sélection en fonction de l'évolution de la délinquance. « En ce moment on a une attention particulière sur Villeneuve d'Ascq, car il y a une recrudescence des pickpockets. Regardez, sur les écrans, on voit des gamins qui guettent près du distributeur de tickets... » Reste que si même les adversaires de la vidéo y sont favorables pour les transports en commun, c'est bien parce qu'il s'agit de lieux fermés et que les caméras y sont accompagnées d'une forte présence humaine.wB.R.





