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MIGRANTS

Karim et Jamal « piégés » en préfecture

Karim (à dr.) devrait être relâché ce matin. Les Wattelet (à g.) attendent toujours pour Jamal (au centre). Karim (à dr.) devrait être relâché ce matin. Les Wattelet (à g.) attendent toujours pour Jamal (au centre).

Il s'agissait d'un simple suivi de leur demande d'asile. Karim et Jamal, deux clandestins afghans, ont été « cueillis », hier à Lille, à la préfecture par les services de police.



La Cimade a saisi la Cour européenne des droits de l'Homme.
JUSTINE FAIDERBE > lille@nordeclair.fr
Les nerfs de Dominique ont lâché dans le bureau de la Cimade. « Imaginez la galère dans laquelle ils vont repartir, c'est horrible ! » La tête dans les mains, l'informaticienne pleure. Karim et Jamal, les deux Afghans qu'elle hébergeait avec son mari depuis quatre mois à La Madeleine, ont été emmenés quelques heures plus tôt au centre de rétention de Lesquin. Interpellés vers 14 h dans l'un des bureaux de la préfecture de région, à Lille, parce qu'en situation irrégulière.


Dominique et Bernard Wattelet croyaient à un rendez-vous concernant la demande d'asile des deux jeunes hommes, mais la « mesure de remise exécutoire aux autorités compétentes de l'État dans lequel ils ont fait leur première demande d'asile » figurant sur la convocation était supposée les avertir que, derrière la porte, trois policiers attendaient Karim et Jamal. « Mais on ne l'a pas comprise, s'excuse presque Dominique. Sinon, on ne serait pas venus. » « Tout s'est passé très vite, reprend-elle. On était interloqués et les garçons tellement choqués qu'ils n'ont opposé aucune résistance. » Arrivés dans la métropole lilloise quatre jours avant le démantèlement de la « jungle » de Calais, Karim et Jamal, 19 et 25 ans, ont un parcours semblable aux milliers d'autres migrants qui ne rêvent que de l'Angleterre : une famille persécutée, la mort « aux trousses », dit Dominique, une fuite longue, pénible. Des désillusions. Il y a quelques jours encore, ils répétaient aux Wattelet qu'ils voulaient vivre en France. « Ils ont appris à parler notre langue en trois mois, ont retrouvé des habitudes, voient des copains, explique Bernard. Karim, qui a travaillé comme interprète en Afghanistan pour l'armée américaine, veut même reprendre ses études. »
« La procédure normale »
Jamal, lui, n'a jamais voulu raconter son histoire. « On savait juste qu'il n'avait plus de maison. Il veut être peintre », continue Dominique qui se sent aujourd'hui « honteuse de son pays ». « On ne demande rien à personne, aucune aide financière, aucun soutien. On les a accueillis chez nous comme des fils, avec l'accord de la préfecture, et on nous piège. » Selon le règlement de Dublin, Jamal et Karim devraient être reconduits en Grèce, « premier pays européen où ils ont été identifiés et demandeurs d'asile », explique un porte-parole de la préfecture qui affirme aussi que « les interpellations en préfecture ne peuvent être effectuées que dans ce strict cas de figure : c'est la procédure normale ».
Alertée de la situation hier après-midi, la Cimade, qui considère que la Grèce ne respecte le droit d'asile, a saisi en urgence la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). Qui a aussitôt exigé du gouvernement français la libération de Karim. Elle devrait intervenir ce matin. Quant à Jamal, le recours est encore en étude. A priori soit il sera relâché, soit son expulsion sera suspendue en attendant la décision de la CEDH. Mais Dominique ne lâche pas : « Là ou en Grèce, je lui ai dit que de toute façon, je viendrais le chercher. On a prévu de partir en vacances à quatre. » w

La réadmission:une procédure «Dublin II»

Le règlement de «DublinII», dernière mouture des accords Schengen, a été mis en application en 2007. Il prévoit une série de mesures d'harmonisation de la gestion des flux migratoires entre les pays signataires. «DublinII» a renforcé le principe qui veut qu'un migrant ne puisse faire qu'une seule demande d'asile pour l'ensemble des pays de l'espace Schengen. Si un migrant a fait une demande d'asile en Grèce et qu'il est interpellé en France, la procédure dite de «réadmission» s'enclenche. En clair, plutôt qu'être expulsé directement dans son pays d'origine, le migrant est envoyé dans le pays où il a fait sa première demande. Charge ensuite au pays en question d'instruire le dossier, de délivrer un titre de séjour ou d'expulser le migrant.Cette procédure fait bondir les associations, d'autant que les pays de «réadmission» les plus courants sont l'Italie et la Grèce. Deux pays sur la trajectoire de migration où sont interpellés de nombreux candidats à l'exil qui se voient prendre leurs empreintes digitales par les forces de police. Un geste qui vaut, en pratique, pour une demande d'asile. De plus, ces pays ne délivrent l'asile qu'au compte-gouttes. C'est parce que les migrants craignent l'éventuelle «réadmission» que beaucoup se scarifient les doigts à l'acide, au feu ou à coups de lame, espérant «effacer» leurs empreintes.M.M.


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