Clic droit-clic gauche : les élus investissent le Web
Publié le mercredi 23 décembre 2009 à 06h00
Depuis la présidentielle de 2007, les élus de la région se sont précipités sur le Web. Aujourd'hui, les usages qu'ils en font sont divers, de la com à la réflexion politique...SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr
Autrefois, quand on voulait des nouvelles de son conseiller général ou de son député, il fallait écluser les comices agricoles ou les inaugurations de foire-expo. Maintenant, c'est plus simple. Car dans la région, presque tout le personnel politique s'est mis au Web.
Actuellement, 30 députés sur 38 dans la région possèdent un blog. Parmi eux, le socialiste Bernard Roman fait figure de pionnier. Présent « depuis douze ans » sur Internet, il est depuis 2006 l'auteur d'un blog qu'il alimente « au moins deux fois par semaine » par une « note d'actu » et par des « analyses » souvent très construites et bien référencées. Le but ? « Pousser des coups de gueule, livrer mes réflexions personnelles sur tel ou tel sujet. Et puis aussi capter la tonalité de l'opinion... » « Mon blog, c'est une façon de pousser un cri. Ça donne un débouché à ma capacité de révolte, expliqueMyriam Cau, élu Verte roubaisiennne. Ça m'a aussi permis de structurer ma pensée sur le long terme, grâce au côté cumulatif des textes que j'écris et des commentaires laissés. »
Des mobylettes sur l'autoroute
Pour autant, dans la région, ils sont assez peu nombreux, les politiques qui ont un blog dépassant la simple recension d'activités parlementaires ou le compte rendu d'inauguration d'école. Globalement, la revue de leurs blogs ressemble souvent à la lecture un brin indigeste de « la lettre du député » ou du journal communal. C'est que la plupart des élus locaux utilisent Internet comme une mobylette sur une autoroute à 130 : il faut vraiment gratter pour trouver un élu qui exploite à fond les possibilités du Web.
Certains font des efforts, tels Marc-Philippe Daubresse, député-maire UMP de Lambersart, Christian Vanneste (UMP) ou le Lensois Guy Delcourt (PS) qui postent régulièrement de petites vidéos. De là à trouver des liens hypertexte renvoyant vers d'autres sites dans la production de nos élus, c'est quasiment peine perdue. On est moins dans la mise en réseau dynamique que dans l'affichage d'infos statiques. Autrement dit, l'Internet du siècle dernier...
La « révolution 2.0 » reste aussi de velours en termes d'interactivité. « Ce n'est pas complètement un lieu de débat », admet Bernard Roman qui a fait le choix de ne pas répondre sur son blog à ses contributeurs. D'autres y vont un peu plus franchement, comme Michel Delebarre, le maire PS de Dunkerque, qui n'hésite pas à entrer dans l'arène virtuelle. Mais ce n'est quand même pas la règle. Enfin, force est de constater que les blogs d'élus n'attirent pas les foules : Catherine Génisson, députée PS du Pas-de-Calais, revendique 70 visiteurs par jours, Myriam Cau une cinquantaine. Et quand on se penche sur les commentaires, on constate qu'ils sont rares. Et quand il y en a, c'est le fait d'une escouade d'habitués...
Une « vitrine » peu coûteuse
Alors à quoi bon investir le Web ? « En ce qui me concerne, c'est davantage un lieu de connivence avec des gens qui sont intéressés par les mêmes sujets que moi », explique Myriam Cau. Marc-Philippe Daubresse parle, lui, d'Internet comme d'une « vitrine » . « Mon site de député est axé sur l'information vers les électeurs », avoue l'élu lambersartois.
Une « vitrine » d'autant plus efficace qu'elle est peu coûteuse. « Internet, c'est l'outil par excellence des partis moins riches », explique Thibault Lanoy, militant MoDem, qui anime la page Facebook d'Olivier Henno. Même son de cloche pour Michaël Moglia, élu régional et membre du courant de Benoît Hamon au PS : « On ne passe pas dans la presse du parti. Internet nous permet de faire vivre le courant... » Et de reconnaître que le Web lui a permis de « tisser un réseau pour pas un sou ».
Tous les moyens sont bons pour exister en politique, et Internet en est un. Mais, de la même manière qu'ils faisaient de la radio à la télé dans les années 60, les élus commencent à peine à ajuster, prudemment, leurs pratiques aux possibilités quasi infinies du Web 2.0. La cybercitoyenneté n'est sans doute pas pour tout de suite...w
Facebook : Sur Facebook, vous pouvez (ou pas) afficher un certain nombre d'informations personnelles, poster des vidéos ou des sons, raconter ce que vous êtes en train de faire ou faire passer un message, pourquoi pas politique, à destination de votre communauté d'«amis». Et si vous en avez beaucoup, l'effet démultiplicateur peut être assez impressionnant. Surtout si vos amis ont aussi beaucoup d'amis qui ont aussi beaucoup d'amis...Twitter : C'est une plateforme qui fonctionne sur le mode du micro-blogging. En résumé, on écrit de courts messages (140 signes maxi) qui peuvent être lus par des followers (suiveurs) qui sont en fait vos abonnés. Certains politiques aiment s'en servir pour informer en direct de ce qu'ils sont en train de faire, réagir en direct à un discours à l'Assemblée nationale ou renvoyer sur un lien de site Internet à voir absolument. L'intérêt là aussi, c'est de donner une info qui sera susceptible d'être «retwitée» (reprise) par vos abonnés. C'est ainsi que naissent les buzz... S.L.


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