Le froid s'installe, les maraudes reprennent
Publié le mardi 15 décembre 2009 à 06h00
Alors que les températures plongent dans le négatif, la solidarité s'organise autour des sans domicile fixe, en première ligne face à l'offensive du froid. Reportage.
Il est 19 h 30. Le Kangoo aux couleurs des Restos du coeur qui s'apprête à sillonner les rues de Lille est encore bourré à craquer de sandwiches, d'oeufs durs, mais aussi de duvets et de vêtements. Ça ne va pas durer. Ce soir, ici, des dizaines de personnes vont dormir dehors.
Mais ce soir, il fait froid. Autant dire que le bol de soupe offert par les Restos arrive à point. « Même si ça dure que dix minutes, ça réchauffe l'estomac. C'est toujours ça de pris », balbutie Aziz qui tient d'une main tremblante le gobelet brûlant.
Pour Patrick et Myriam, les deux bénévoles chargés de la maraude des Restos du coeur ce lundi, c'est presque une insoutenable routine qui démarre une fois tournée la clé de contact. « On connaît les coins où ils se réfugient, à force. Ce sont plus ou moins les mêmes personnes chaque soir, même si de nouveaux arrivent régulièrement. La semaine dernière, c'était un Serbe par exemple », explique Patrick, sur le chemin de la Porte de Paris.
« D'habitude, ici, il y a toujours Jacques », poursuit le bénévole en pointant le faisceau de sa lampe torche dans le moindre recoin.
Pas de Jacques. « Il a dû aller en foyer. Le froid est de plus en plus fort... ». Pour ceux qui le voudront, Patrick proposera d'appeler le 115, qui les orientera vers un hébergement d'urgence. « Mais souvent, ceux qui restent dans la rue la nuit, c'est qu'ils ne veulent pas aller en foyer... » Chris et Aurélien, sont de ceux qui ont fait le choix de la rue, coûte que coûte. Ils squattent un bâtiment en centre-ville, non loin du Parc Lebas. Le foyer ? « Nan, ça je peux plus. Y a trop de vols. Les clopes, les produits pour se laver... Et puis y a les chiens, qu'on peut pas ramener » , raconte Aurélien qui combat le froid sous une épaisse doudoune en mettant trois paires de chaussettes et un jogging sous son jean. Pour lui le duvet supplémentaire et le sachet de nourriture proposés par Myriam sont une bénédiction. Le jeune homme enfile les « merci », comme unique monnaie d'échange.
Pardessus ouvert
aux quatre vents
La maraude se poursuit un peu plus loin, rue Gambetta. Ici survivent Dominique et Djellali, deux « habitués ». « Je t'ai mis un peu comme d'habitude, lance Patrick à Dominique. Y a ta bouteille de soupe, y a des sardines, du thon, des bananes... T'as des gants ? Une écharpe ? » . Négatif. Comme la température. Patrick s'empresse de tendre des vêtements. « Djellali, tu veux rien ? T'as pas besoin d'un manteau ? » . « Non, écoute, ça va. J'ai ce qu'il faut ». « Ah, allez, tu demandes jamais rien toi... » Faut dire que le pardessus ouvert aux quatre vents mériterait bien d'être remplacé. Mais rien n'y fait. « Les habitués ont une pudeur à demander, explique Myriam. Il faut aller un peu au devant d'eux pour évaluer leurs besoins. Mais au fil de la conversation, ils nous
disent ce dont ils ont besoin ». Le minimum vital. Guère plus. Et puis il y tout le reste... « Rien que leur serrer la main, c'est beaucoup pour certains. Ça leur permet de rester dans l'humanité, malgré tout », analyse la jeune femme. Une humanité qui tient à coup de gobelets de soupes chaudes efficaces 10 minutes, aux premières heures d'un combat contre le froid qui va durer toute la nuit. Tout l'hiver. Encore.
SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr
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