La Région vole au secours de l'École supérieure de journalisme
Publié le jeudi 10 décembre 2009 à 06h00
D'année en année, l'ESJ perdait de l'argent. Beaucoup d'argent. Au total, un déficit structurel de près de 3 millions d'euros que le conseil régional vient de ramener à zéro par le vote d'une subvention à l'école lilloise. Un vote assorti de conditions.
« C'est une grosse subvention », s'empressent d'admettre Bernard Roman et Philippe Vasseur, respectivement vice-président du conseil régional et président de l'ESJ. De fait, ce n'est pas tous les jours que la Région débloque 2,8 millions d'euros pour une institution, fut-elle prestigieuse. « Il fallait sauver l'ESJ, une des meilleures écoles du monde, martèle Bernard Roman. D'ailleurs cette décision a été unanime, tous les groupes l'ont votée. » Comme pour se prémunir de toute critique, on signale à la Région, comme à l'ESJ, que d'autres écoles, comme l'EDHEC ou l'ESC, bénéficient des subsides régionaux. La différence, c'est que dans leur cas, c'est une aide au développement. Pas un sauvetage.
« Un miracle », dont se réjouit l'ancien ministre de l'Agriculture, arrivé l'an dernier pour remettre à flot le navire, sous l'impulsion discrète d'un Daniel Percheron soucieux de préserver le joyau régional. « J'avais annoncé la couleur », rappelle Philippe Vasseur. « Ne rien changer, c'était le dépôt de bilan. S'adosser à un groupe privé, je ne le voulais pas. Restait le rapprochement avec le public » .
C'est cette dernière voie qui a été privilégiée, par le biais d'un rapprochement avec l'IUP Infocom de Lille 3. Évacué le partenariat avec Sciences Po Lille. « Il faut être deux pour se marier. Sciences Po, mon premier choix, n'a pas répondu présent ». Une analyse que récuse Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille : « On nous a demandé l'an dernier de répondre en 15 jours à une proposition orale qui consistait à verser 250 000 E à l'ESJ contre une voie d'accès spécifique pour mes étudiants et le droit d'utiliser la marque ESJ. Et ce sans avoir accès aux chiffres de la comptabilité de l'ESJ. Je suis gestionnaire d'un établissement public : ces conditions n'étaient pas acceptables ».
Quoi qu'il en soit, le soutien de la Région est conditionné à un certain nombre de mesures : augmentation des frais d'inscription et plan d'économie « qui ne touchera pas la pédagogie », promet Philippe Vasseur. Et surtout, l'école va devoir modifier ses statuts. Les anciens qui géraient l'école jusque-là vont devoir faire de la place au CA aux représentants des collectivités locales ainsi qu'au monde de l'entreprise. Suffisant ?
« La Région n'a pas vocation à éponger continuellement la dette de l'ESJ », préviennent des élus régionaux, pour qui l'école, 85 ans cette année, en est à sa dernière chance.
SÉBASTIEN LEROY





