Actualités de la région

Nanotechnologies : le débat tourne court

Publié le 18/11/2009 à 00h00

Une réunion publique sur les nanotechnologies a été perturbée hier soir par des opposants qui dénoncent « une mascarade ». Les « nanos », qu'on présente comme une révolution, suscitent bien des inquiétudes.

Nanotechnologies : le débat tourne court
Une réunion publique sur les nanotechnologies a été perturbée hier soir par des opposants qui dénoncent « une mascarade ». Les « nanos », qu'on présente comme une révolution, suscitent bien des inquiétudes.

À l'échelle du nanomètre, un milliardième de mètre, les propriétés de la matière changent. La nanoscience a déjà des applications concrètes ou fait l'objet de recherches avancées dans l'industrie textile, l'électronique ou la cosmétique. Mais certains s'inquiètent d'un développement incontrôlé aux conséquences inconnues, dangereuses peut-être.

Une commission de débat public, mandatée par le gouvernement, anime depuis la mi-octobre une série de réunions en France (1), destinées à recueillir les avis et questions de la population, mais aussi des scientifiques, entreprises, associations... Après Strasbourg ou Bordeaux, la Commission de débat public organisait une réunion publique hier soir à Lille. Elle a tourné court.

Brouhaha plus ou moins joyeux

Peu après l'ouverture de la réunion, des opposants au débat ont perturbé l'organisation par des sifflets et des slogans comme « le débat, on s'en fout ! On veut pas d' nanos du tout ! » Malgré les tentatives des membres de la Commission de lancer le dialogue, celui-ci s'est toujours déroulé dans un brouhaha plus ou moins joyeux. Scientifiques, syndicalistes, représentants des entreprises textiles, les intervenants, tous convaincus de l'intérêt d'un tel débat, n'ont jamais pu développer leurs arguments.

« Nous ne sommes pas tant opposés aux nanotechnologies qu'à ce qui les rend possibles », est-il écrit dans un tract, qui reprend les arguments développés par Pièces et mains d'oeuvre, un collectif de Grenoble, principal pôle français tourné vers les « nanos ». Établissant à plusieurs reprises des parallèles avec les OGM et d'autres sujets liés à la modification du vivant, les « anti » dénoncent « un débat-spectacle » , « une mascarade ». « Débat pipeau, nano pas rigolo », était-il écrit sur une banderole dépliée à la tribune sous le regard de policiers des renseignements généraux.

« Vous donnez une image détestable », a déclaré un syndicaliste à l'attention des perturbateurs, de jeunes gens en majorité. « Des enfants gâtés, voilà ce que vous êtes ! », a ajouté un autre, moins consensuel. « Vous êtes des moutons ! » « Bêêê ! », lui répond-on.

En introduction, Jean-Pierre Chaussade, principal animateur de la soirée, avait bien rappelé que les membres de la Commission étaient « indépendants (et) extérieurs au sujet ». « Moi-même, avait-il souligné, je ne connaissais rien aux nanotechnologies il y a huit mois ».

Révolution industrielle

Les nanosciences sont considérées par le gouvernement comme un des moteurs de la prochaine révolution industrielle. Mais, selon l'Institut national de l'environnement et des risques (Ineris), qui a présenté hier un bilan de ses travaux, des questions se posent sur l'éventuelle toxicité des nanoparticules et nanomatériaux. « Les connaissances relatives aux dangers de ces nouveaux matériaux sont actuellement restreintes », ont souligné des experts. Pourtant, la recherche est nécessaire, souligne un scientifique qui travaille sur le diabète : « il est intéressant de travailler sur le vivant. Les nanos le permettent. Ce n'est pas qu'un but économique ». « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », lui répond une jeune femme. Dialogue de sourds.

Après Lille, la Commission poursuivra son tour de France. Fin du débat public en février prochain. D'ici là, chacun peut consulter les documents relatifs au sujet et émettre avis et propositions sur le site internet de la Commission.

Nord Éclair