Régionales : les Verts ont-ils le vent en poupe ?
Publié le dimanche 18 octobre 2009 à 06h00
Dopés par le succès d'Europe Écologie aux européennes, les Verts espèrent capitaliser pour les régionales de mars. Ils se disent portés par le mouvement du printemps dernier et affichent la prétention de ravir le leadership au PS. Pas si simple pourtant...
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
C'est à peine s'ils y croyaient eux-mêmes. Ce soir-là, une franche euphorie régnait au local de campagne lillois des Verts. Les résultats définitifs des européennes n'étaient pas encore tombés et les plus optimistes rêvaient même de voir Europe Écologie devancer le parti socialiste. Il s'en est fallu d'un minuscule cheveu. 16,28 % contre 16,48 % pour le PS. Dans la région, Europe Écologie faisait un peu moins bien - 11,12 % - mais « vu la sociologie de la région qui ne nous est pas très favorable, c'était quand même un beau résultat » , estime Jean-François Caron qui sera la tête de liste écologiste aux prochaines régionales.
Dopés, les écolos espèrent une réplique du séisme politique de juin. Jean-François Caron : « les Verts ont le vent dans le dos ».
Logique, quand on est en campagne, d'afficher un moral de vainqueur. Céline Scavennec, secrétaire régionale des Verts : « nous voulons reprendre la Région », allusion au mandat 1992-1998 quand la Verte Marie-Christine Blandin, à la faveur d'une équation politique inattendue, s'était retrouvée à la tête du conseil régional Nord Pas-de-Calais.
« Difficile d'extrapoler », tempère Pierre Mathiot, directeur de l'Institut d'études politiques de Lille pour qui « les Verts sont allés prendre des voix au PS, mais ont aussi séduit des jeunes ou des gens qui ne votaient pas. Dans la région, ils arrivent peut-être à un plafond sur lequel ils ne vont pas tarder à se cogner ». Pour lui, « les écologistes espèrent fidéliser ce nouvel électorat et en attirer un nouveau en se donnant à voir comme des dirigeants potentiels ». Ils ont quelques arguments. Ce n'est pas un hasard s'ils ont investi à 56 % comme tête de liste Jean-François Caron, qui n'est pas un perdreau de l'année en politique. Vice-président après le mandat Blandin, maire de Loos-en-Gohelle où il a été le mieux réélu de toute la région en 2007 avec 82 % des voix.
« Enfin, un front uni »
Sans doute y bénéficie-t-il d'un micro-climat mais il n'empêche. « Les Verts qui bossent dans les villes ou d'autres exécutifs locaux ont montré qu'ils sont capables de faire », estime Marie-Pierre Bresson, adjointe Verte à Lille. Surtout, au moment où le PS s'enfonçait dans une crise dont il n'est toujours pas sorti, Europe Écologie a su jouer la carte du rassemblement. « La réconciliation des écologistes s'est faite et Europe Écologie a été le bon lieu pour ça », observe Marie-Christine Blandin. « Après des années de disputaille, on a enfin présenté un front uni », se félicite Bernard Despierre, adjoint Vert à Tourcoing. Jusqu'à créer ce que Marie-Pierre Bresson appelle « un objet politique nouveau. Mouvant, flexible, pas toujours identifiable mais, en même temps, qui affiche une cohérence interne. On a une ligne, une ossature sur laquelle d'autres acteurs se sont agrégés ».
Rééditer ce coup gagnant au niveau de la Région ? Dur. Il va falloir y dépasser les lignes écologistes traditionnelles. S'ouvrir à d'autres mondes.
« Autour de nous, il n'y a jamais eu autant de syndicalistes, de gens du monde du travail. Je ne dis pas qu'il y a adhésion mais notre discours l'interroge », observe Bernard Despierre.
Plus de rejet d'emblée comme à l'époque où les Verts apparaissaient comme les empêcheurs de produire en rond. Ce temps où il fallait choisir entre l'environnement et la santé d'un côté et les usines donnant du travail de l'autre. « Quand Hélène Flautre a décidé d'aller à la rencontre des ouvriers de l'industrie automobile, on s'est dit qu'elle allait se faire lyncher ! En fait, le dialogue a été passionnant alors qu'elle a clairement dit qu'on était contre les subventions à l'industrie automobile telle qu'elle est, qu'il fallait inventer autre chose, produire autre chose », raconte Marie-Christine Blandin.
Au moment où les socialistes se rassurent en considérant toujours les européennes comme un accident de l'histoire, Jean-François Caron insiste sur « les énormes difficultés du PS à redonner une vision. Il se contente d'essayer de corriger les principaux défauts du système. On est à un moment important pour l'écologie politique. Pour la première fois, les écolos font jeu égal avec le PS. Un espace s'ouvre ».
Maturité
Suffisant pour faire basculer la Région dans le vert ? Dans un temps où tout le monde, gauche et droite confondues, verdit son discours politique, les écologistes ont élargi le leur. Du moins, ils sont perçus comme tel. « Depuis toujours, on dit que l'écologie, c'est un autre modèle de société qui balaye tous les champs, et pas seulement les questions environnementales », insiste Marie-Pierre Bresson. Depuis peu, on les entend mieux.
C'est peut-être le moment où un discours politique rencontre une opinion publique. Ce que Jean-François Caron résume en disant : « l'écologie politique est arrivée à maturité ». Quand d'autres ont pris un sacré coup de vieux, cela peut donner des ailes. Le vent dans le dos, disent-ils, mais il faudrait qu'il souffle très fort. w
En 1992, coup de tonnerre dans le paysage politique. Une Verte accède à la présidence de la Région. Trois mandats plus tard, les Verts estiment y avoir pesé sur les politiques décidées. Ce ne fut pas facile et il y a encore de quoi faire... Au fond, c'est Daniel Percheron, l'actuel président de la Région, candidat à sa propre succession qui a fait de Marie-Christine Blandin la première présidente Verte d'une région française. La gauche était sortie minoritaire des élections de 2004. Face au risque de voir la droite prendre le conseil régional, et au terme d'une folle nuit de tractations, il avait sorti de son chapeau la solution Blandin. Quelques années plus tard, il dira que, de cela, les socialistes « n'auront pas à rougir devant l'histoire ». Reste que Jean-François Caron se souvient de « l'immense incompréhension », voire de l'« opposition » des milieux politiques et économiques de la région « pour qui c'était n'importe quoi de confier la Région à des "amateurs de petites fleurs" ». Les Verts se lancent et tentent d'appliquer leurs méthodes à un conseil régional qui les attend au tournant. Ils parlent de « démocratie participative » , créent les comités d'usagers du rail, imposent des assises de l'emploi. « On appelait cela la "co-production" » se souvient Marie-Christine Blandin, aujourd'hui sénatrice : « globalement, tout ça, les socialistes nous l'ont concédé sur les domaines qu'ils acceptaient de sous-traiter ». Dix-sept ans après son élection elle observe que « la Région publie des plaquettes parlant d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement, de la nécessité d'aider la filière bio mais, sur le fond, elle continue à financer les gros agriculteurs et la filière agro-alimentaire ». Jean-François Caron, qui fut vice-président au développement durable, à l'aménagement du territoire et à l'environnement de 1998 à 2004, pense que « les Verts ont amené à se poser autrement la question du développement. En s'interrogeant, dans les différentes politiques menées, sur les effets sur le territoire et les hommes ». Difficile ? « Oui, car cela oblige les gens à sortir des approches simplistes ». Pour lui, « la participation des différents acteurs est notre marque de fabrique. Là, nous étions en décalage culturel avec les autres partis pour qui la participation, c'était, au mieux, de l'information. Nous, on pense qu'impliquer les gens, c'est structurant, que cela donne de la qualité à la façon dont on conçoit les projets ». Emmanuel Cau, vice-président au développement durable depuis deux ans, trouve que « parfois on se sent bien seuls » et que « après deux siècles et demi d'un même modèle de développement, c'est difficile de changer les regards ». Pour preuve le débat sur le port de Calais « actuellement calibré pour un monde qui est fini ». Il leur reste de quoi alimenter la campagne des régionales. w FL.T.
Ils votaient pour la première fois en 1981 et ce fut la victoire de la gauche. Presque trente ans plus tard, ils ne s'y retrouvent plus. Ils boudent un PS qui les a déçus. Et leurs enfants à eux ne sont pas en reste. Constat d'un désamour. La première fois qu'ils ont voté, c'était en 1981. Génération Mitterrand, génération déçue qui ne se retrouve plus dans le parti socialiste. Ça a pris un peu de temps. Lors de premiers tours, il leur arrivait de voter Vert, voire extrême gauche, « comme un coup de gueule », reconnaît ce graphiste lillois de 52 ans. Au deuxième tour « on rentrait dans le rang, on était de gauche, tout de même ! » Ils le sont toujours, et viscéralement, « mais franchement le PS aujourd'hui, non merci. Il a trop mal vieilli », tranche cette jeune quinqua pour qui « c'est comme les amours trahies, ça ne se remet jamais vraiment ». En juin dernier, pour les européennes, ils n'ont pas hésité, séduits par la campagne d'Europe Écologie « qui parlait de l'Europe, et Cohn Bendit a été très bon » au moment où « les socialistes passaient leur temps à se regarder le nombril, ont fait une mauvaise campagne et avaient un piètre candidat dans la région. Tout ça réuni... » On aurait pu les imaginer rentrer au bercail socialiste pour les futures régionales. « C'est non », assure cet architecte qui dit ne plus compter, dans son entourage, ceux qui feront comme lui. Les Verts lui plaisaient, désormais, il les trouve « crédibles ». Pierre Mathiot, de son point de vue de politologue, parle d'un « public de 30-50 ans, et même plus jeune, qui passerait d'un vote ponctuel pour les Verts, à un moment donné, à quelque chose qui ressemble à un vote de fidélité ». Typique des quartiers bobos des grandes villes « type Wazemmes à Lille où les Verts se sont bien implantés ». Il parle aussi d'un électorat « intéressé aux nouvelles manières de faire de la politique » mais « tout cela reste difficile à quantifier ». Ce phénomène qui élargit l'assise des Verts et que l'on observe dans une catégorie sociale pas forcément aisée financièrement mais d'un certain niveau socio-culturel, plutôt urbaine, ne colle pas vraiment à la sociologie de la région mais il peut peser dans les grandes villes. Jusqu'où ?w FL.T.


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