Trois salariés malades portent plainte
Publié le samedi 26 septembre 2009 à 06h00
Atteints de cancers qui seraient liés à une exposition à des produits toxiques, trois salariés du sous-traitant automobile de Douvrin et la veuve d'un employé l'attaquent en justice. Et dénoncent leurs conditions de travail.
AMÉLIE TULET > region@nordeclair.fr
Quand il travaillait dans le « D », le bâtiment où sont fabriqués les moteurs Renault, Ernest (1) ne comptait plus les plaintes de ses collègues : « Ça pue ces produits », « On peut pas respirer ! », « J'me mets à cracher du sang... » Pendant des années, Ernest a manipulé des huiles de coupe servant à lubrifier ou refroidir les pièces usinées.
Des mélanges chimiques complexes, véritables cocktails cancérigènes.
Ernest n'a même pas 50 ans. Sur son cou, une cicatrice témoigne de sa récente opération. Depuis 2008, il n'a plus d'épiglotte, ce petit clapet au fond de la gorge qui protège les poumons du passage des aliments. Un cancer. À ses côtés, Léon grimace. Rester assis trop longtemps le fait souffrir. Asthme, tumeurs dans les sinus, problèmes de prostate, son CV médical fait écho aux 28 années qu'il a passées en galerie technique, là où on manipule ces huiles nocives.
« Il fallait toujours sortir au bout d'un moment parce qu'on ne respirait plus. » Avec un troisième salarié et la veuve d'un collègue, Ernest et Léon viennent de déposer une plainte au parquet de Béthune contre la Française de Mécanique, personne morale, et son équipe dirigeante. « Ils sont très courageux, souligne leur avocate, Blandine Lejeune. C'est très difficile de trouver des salariés prêts à mener cette action. » Pourtant, l'avocate et Jean-Luc Lenglen, président de l'APMP (Agir pour la prévention des maladies professionnelles), citent un rapport interne datant de 2007.
D'après l'étude destinée aux services de la direction, sur 3 996 salariés, 1 551 relevaient alors d'une maladie professionnelle. « Le CHSCT, les syndicats en ont pris connaissance », assure Jean-Luc Lenglen. « Mais personne ne dit rien, personne ne bouge », coupe Ernest en collant ses deux poignets comme s'il était menotté.
« On les envoie à l'abattoir »
La peur de perdre son travail rend silencieux, expliquent les deux salariés présents. « Je le fais pour les copains morts, justifie Ernest, la voix tremblante. Et pour ceux qui vont mourir avant la retraite. J'ai pas demandé à attraper une saloperie. C'est inacceptable d'empoisonner les gens comme ça. » Pour Me Lejeune, les dirigeants du sous-traitant automobile n'ont pas respecté leur obligation de former, d'informer et de protéger leurs salariés : « Ils ne peuvent pas ignorer que ces produits sont toxiques. » Le formaldéhyde, l'un des produits en cause, est reconnu comme responsable du cancer du rhinopharynx par le Centre international de recherche sur le cancer. « Je sentais bien que ça piquait mais on ne m'a jamais dit ce que c'était dans ces cuves, soupire Léon. On nous a donné des gants, des masques et des lunettes. Ça ne servait à rien. Il y avait un dépôt noir qui se mettait partout. » Léon est arrêté depuis deux ans. Ernest a changé de service. « C'est comme ça qu'ils font. Quand quelqu'un a la maladie des huiles, ils le changent de poste. » Jean-Luc Lenglen évalue à « plusieurs centaines », environ 300, le nombre de victimes récentes de ces produits. « On envoie ces gens à l'abattoir en connaissance de cause », s'emporte Me Blandine Lejeune.
Interrogée hier, la Française de Mécanique a refusé de commenter cette action en justice « tant qu'elle n'a pas pris connaissance du contenu du dossier ». (1) Les prénoms ont été modifiés
L'affaire de l'amiante a ouvert la voie aux procédures mettant en cause l'exposition des travailleurs à des produits cancérigènes. Solvants, désinfectants, anti-oxydants. Des agents toxiques très répandus dans le monde industriel. Le formaldéhyde. C'est l'un des produits mis en cause par les plaignants. Le formaldéhyde, plus connu sous le nom de formol, est utilisé dans la composition de fluides d'usinage. Les risques. Ils sont avérés pour la santé humaine depuis 2004. L'Institut national de recherche et de sécurité et le Centre international de recherche sur le cancer classent le formaldéhyde dans les produits cancérigènes. L'exposition au formol pourrait également être un facteur de risque de leucémie. L'utilisation. Elle est très largement répandue dans le monde industriel. Plus d'un million de travailleurs européens seraient exposés au formol. La prévention des risques. Elle est possible. D'après le ministère du Travail, on peut substituer le formaldéhyde par un produit non dangereux ou moins dangereux. Dans tous les cas, s'il doit être manipulé, il peut l'être en vase clos pour éloigner le travailleur du produit ou sous une hotte aspirante pour éviter l'inhalation de gaz ou vapeurs. Le Code du travail. Il demande à l'employeur d'évaluer les risques encourus pour toute activité susceptible de présenter un risque d'exposition à des agents chimiques dangereux. L'employeur doit également tenir une liste actualisée des travailleurs exposés aux agents chimiques dangereux pour la santé. Une liste qui précise la nature de l'exposition, sa durée ainsi que son degré. Lorsque l'application d'un système clos n'est pas réalisable, l'employeur doit limiter le niveau d'exposition des travailleurs. La plainte. Déposée au parquet de Béthune par les salariés de la Française de Mécanique, elle repose sur le constat que « ces obligations n'ont pas été respectées », précise Me Blandine Lejeune. « Quand la liste des personnes exposées et les fiches techniques des produits ont été demandées, personne ne nous les a présentées », ajoute Jean-Luc Lenglen, de l'APMP (Agir pour la prévention des maladies professionnelles). L'avocate s'appuie sur l'article 222-15 du Code pénal sur « l'administration de substances nuisibles ayant porté atteinte à l'intégrité physique d'autrui ». A.T.


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citospopulos : Pour ma part je pense qu'l y a toujours des personnes...
citospopulos : oui pour une nouvelle forme de police de proximité...
jeanjean59 : message pour Claire : Bravo pour votre "enfarinage"...