La Poste : en grève contre son futur statut
Publié le mardi 22 septembre 2009 à 06h00
À l'appel unitaire de cinq syndicats, les postiers sont aujourd'hui en grève. Ils refusent de voir leur entreprise publique transformée en société anonyme par un projet de loi bientôt examiné au Parlement.
GAËLLE CARON ET AMÉLIE TULET > region@nordeclair
Ils ont rendez-vous ce matin à 10 h 30 devant les locaux de la Poste près de la Gare Lille Flandres. Postiers en grève, représentants syndicaux, représentants du PS, du PC, des Verts et des associatifs. Le mot d'ordre : mobilisation nationale contre la « privatisation » de La Poste.
Privatisation, un terme refusé par le gouvernement. « Une société anonyme, oui, mais qui fonctionnera avec des capitaux publics » , martèle la majorité présidentielle dans l'espoir que la pilule passe mieux. Peine perdue. Les cinq fédérations syndicales, CGT, CFDT, CFTC, FO et Sud, ne veulent pas du changement de statut de La Poste prévu par un projet de loi porté par Bercy. Si ce texte, déjà adopté le 29 juillet en conseil des ministres, l'est au Palais-Bourbon avant la fin de l'année, La Poste, actuellement établissement public à caractère commercial, deviendra une société anonyme au 1er janvier 2010. Ce qui veut dire : ouverture de son capital. Et même si le gouvernement assure que les capitaux resteront publics, l'exemple d'EDF-GDF et de France Télécom est passé par là. Pour les syndicats et l'ensemble de la gauche, cette réforme n'est rien d'autre que le début de la privatisation de La Poste.
« La Poste est confrontée à de nouveaux défis : l'ouverture totale de son activité à la concurrence d'ici au 1er janvier 2011 , justifiait la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, devant les sénateurs en juillet. Soit la transposition nationale d'une directive européenne. La montée de nouvelles formes de concurrence résultant de l'évolution des techniques de dématérialisation qui s'ajoutent à la décroissance des volumes du courrier... » Autrement dit : avec Internet, les particuliers s'écrivent de moins en moins.
Pour faire face à ces « défis », selon le gouvernement, La Poste doit être recapitalisée. 2,7 milliards d'euros (« publics ») doivent donc être injectés par la Caisse des dépôts et des consignations et par l'État. Pas besoin de transformer la Poste en SA, rétorquent les fédérations syndicales. Des dotations classiques en capital de l'État suffisent, assurent-elles. Grève, donc. « Une journée de grève nationale, ça ne fait pas vraiment mal à La Poste, concède Daniel Telle, de FO Com PTT, mais nous n'avons pas tellement d'autres moyens. »
Hier midi, à La Poste de Lens, la grève, on s'y préparait déjà. « Bonjour, je voudrais expédier un colis pour dans deux jours. C'est un anniversaire. » À la jeune cliente qui lui tend un pantalon noir, l'étiquette de la marque encore agrafée à la poche arrière, la postière répond : « C'est vraiment urgent ? Parce que demain, il y a grève... » « Ben non, tant pis. » « Pour savoir si votre colis est en retard, vous n'aurez qu'à appeler le 3921... » À sa gauche, sur un présentoir, un livre saute aux yeux, Le marketing pour les nuls. L'ouvrage est en vente, comme d'ailleurs un tas d'autres babioles estampillées La Poste. Comme si on était dans un commerce normal ... Une « dérive » mercantile (lire ci-contre) que les postiers ont du mal à accepter.
Ils ne sont pas seuls. Derrière eux, les communistes du Pas-de-Calais. « Dans le département, il y a eu 120 suppressions d'emplois aux guichets, 38 500 heures de fermeture de bureaux en un an et la transformation de 50 bureaux de poste en agences communales, alors que c'est souvent le dernier lien social en zone rurale. C'est clair le processus de privatisation est engagé », estime Dominique Watrin. Le chef de file du groupe communiste au conseil général du Pas-de-Calais ne se contente pas de casser du sucre sur le dos de l'équipe Sarkozy. Selon lui, le PS est tout autant responsable de la situation, car « il a joué le jeu du libéralisme ».
N'en déplaise à Dominique Dupilet, le président socialiste du Département, qui a envoyé aux maires du Pas-de-Calais un courrier leur demandant d'organiser dans leurs communes une « votation citoyenne » sur l'avenir de La Poste, c'est-à-dire un référendum officieux. Une idée défendue et propagée par le Comité national contre la privatisation de La Poste, qui réunit syndicats, associations et partis politiques. « Cette votation n'aura aucune valeur légale, mais la force symbolique de milliers de citoyens demandant un référendum devrait faire réfléchir le gouvernement et faire pression sur les parlementaires qui examineront cette loi » , estime Dominique Dupilet.
À l'origine d'une pétition qui avait recueilli 10 000 signatures en 2008, le président du conseil général invite la population à s'exprimer massivement du lundi 27 septembre au samedi 3 octobre prochain.
La Poste dans la région : faits et chiffres Banque, assurance, vente de produits de librairie, La Poste, ce n'est pas que des lettres et des cartes postales. Dans le Nord - Pas-de-Calais, région marquée par la présence de grands noms de la vente à distance, comme la Redoute ou les 3 Suisses, une grande partie de son activité est liée au trafic de lettres et colis, mais aussi au marketing en ligne. « C'est historique », explique Patrick Romagni, qui vient d'être nommé délégué régional du groupe dans le Nord - Pas-de-Calais. Dans la région, La Poste emploie près de 14 000 personnes, dont 4 000 facteurs qui distribuent 5,3 millions de plis par jour. L'enseigne compte 266 « points de contacts », dont 35 « partenariats », agences communales ou relais. Dans le cadre de ses missions de service public, 90 % de la population doit avoir accès à un point de contact à moins de 20 minutes ou moins de 5 km. Dans la région, c'est le cas pour plus de 96 % de la population, selon la direction régionale. M.H.


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