Bruno Dardelet : « J'ai mal à l'Église, car je l'aime ! »
Publié le mardi 15 septembre 2009 à 06h00
PROPOS RECUEILLIS PAR AMÉLIE TULET > region@nordeclair.frChef d'entreprise puis conseiller en communication, Bruno Dardelet est aujourd'hui président national de la Société de St-Vincent de Paul, association caritative catholique.
Dans « Au risque de l'espérance », il donne quelques conseils à cette Église malmenée qu'il aime tant.
Crise des vocations, manque de compréhension, polémique sur des questions de société comme le préservatif, l'image de l'Église est mise à mal
. >> C'est parce qu'elle-même se laisse mettre à mal. L'Église s'exprime mal. Elle ne sait pas parler de ce qu'elle fait de bien, comme ces 2 500 jeunes qui sont partis en pèlerinage au mois d'août à Jérusalem ou sa réflexion sur les questions de bioéthique dont on ne parle pas du tout. Par contre, elle réagit très mal quand on parle de ce qu'elle fait de travers. Il suffit de voir les polémiques autour des propos de Benoît XVI. C'est parce qu'ils sont médiatisés hors de leur contexte et ne reflètent pas ce que le pape a vraiment voulu dire.
En termes d'image et de communication, Benoît XVI fait-il du tort à l'Église catholique ?
>> Non, c'est la presse dans son rapport à Benoît XVI qui fait du tort à l'Église. Il ne sait pas s'exprimer. C'est un théologien, un philosophe. Quand il travaille à une question, c'est avec une grande intelligence. Ses réponses sont trop longues. Il est en décalage par rapport à ce qu'attendent les gens. Je pense qu'il est très mal conseillé, il faudrait que son entourage se dépoussière un peu. C'est simple, le conseiller en communication de Jean-Paul II était un laïc. Celui de Benoît XVI est un évêque qui ne connaît rien à la communication.
L'incompréhension suscitée par des prises de position de Benoît XVI sur des questions de moeurs n'est pas liée uniquement à la forme, mais aussi au fond de ses propos.
>> Sur des sujets comme la contraception, le mariage des prêtres ou l'homosexualité... si l'Église s'éloignait des principes qu'elle défend, est-ce que ce serait compris ? Je ne suis pas sûr. Pour ce qui est de la solitude des prêtres, je pense que ce n'est pas seulement un problème de vie sexuelle, mais aussi de lien social. Enfant, chez moi, il y avait souvent un prêtre invité à dîner.
Aujourd'hui, ça fait rire les gens. La question, par contre, que je me pose : pourquoi ne pas faire jouer un rôle plus important aux femmes dans l'Église. Je n'ai trouvé nulle part la raison qui justifie que l'on n'ordonne pas des femmes prêtres. Il faudra sûrement attendre l'an 3000 pour que ça arrive.
L'Église a donc du mal à évoluer ?
>> Il y a plein de bonnes choses qui sont faites ! Un exemple : ils ont enfin compris l'intérêt d'Internet. Cette année, pour la première fois, les bénédictions du pape urbi et orbi (à la ville et au monde) étaient possibles à la radio, à la télévision... et devant un ordinateur !
Internet peut-il redonner vigueur à l'Église ?
>> Internet est un outil formidable de communication dont il faut se saisir. Les deux autres pistes que je lance dans mon livre en plus d'Internet : la solidarité. Notre proximité sur le terrain est un moyen de rester vivant.
Et l'écologie. C'est un vrai défi pour nous. Au risque de l'espérance. J'ai mal à l'église, car je l'aime, CLD Éditions.
Le problème de l'Église, c'est qu'elle s'exprime mal. Elle ne sait pas parler de ce qu'elle fait de bien.
Par contre, elle réagit très mal quand on parle de ce qu'elle fait de travers.


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