Ramadan : comment le vit-on au travail ?
Publié le vendredi 21 août 2009 à 06h00
Les musulmans entrent demain dans le mois du ramadan, un des moments les plus forts de leur vie de fidèle. Jeûne et prière rythment cette période, durant laquelle les pratiquants s'adaptent, au travail notamment.
SOPHIE GUESNÉ ET MATHIEU HÉBERT > region@nordeclair.fr
Jeûne, prières, introspection, retrouvailles... Pour les musulmans, l'entrée dans le mois du ramadan représente un des moments les plus importants de leur vie de croyants.
L'islam, devenu deuxième religion de France, est entré dans le quotidien de nombreuses personnes, notamment au travail, où il n'est plus rare de côtoyer un collègue pratiquant.
Comment s'adaptent les musulmans ? Quelles relations entretiennent-ils avec leur hiérarchie ? Dans les entreprises, comment les directions considèrent la pratique religieuse ?
Dans un pays marqué par l'importance de la laïcité, les habitudes et les pratiques prennent le pas sur les débats strictement religieux.
« Le ramadan, ça commence ce week-end », affirme Mourad, très sûr de lui. « Le ramadan, je le fais, c'est obligé. » Depuis qu'il est en âge de le faire, le jeune homme se conforme au mois de jeûne.
Pour autant, il n'est pas un pratiquant très assidu. La mosquée ? Il n'y va pas.
« Une habitude »
Idem pour Mehdi. « C'est une habitude », dit le jeune Roubaisien.
Qu'on observe les obligations du ramadan par habitude ou par conviction, ce mois représente un effort physique et spirituel.
Pas toujours facile de rompre avec ses petites habitudes au boulot : « Avec le manque de café du matin, je n'arrivais pas à émerger, dit Malika, à propos de son dernier ramadan. Je mets une heure de plus pour sortir de chez moi, le temps de retrouver comment je m'appelais, quel boulot je faisais et ce qui m'attendait. » « La faim commence à me tarauder et me ronger les boyaux à 10 h 30, explique Lila. Le plus dur, c'est le réveil, le matin ; c'est un choc. » En milieu de matinée, Ali aurait bu « (son) troisième café et fumé (sa) troisième cigarette. » À cette heure-là, dit-il « je me sens juste très bizarre dans ma tête. C'est comme s'il y avait des milliers de petites bestioles qui s'amusaient dans ma tête. » Outre la pause café-cigarette, il faut aussi résister aux propositions des collègues, du genre : « On déjeune ensemble ce midi ? Ah non, c'est vrai, tu ne peux pas... » Nouria a son truc : « J'évite de penser à tout ça. On m'invite, je décline. Je suis toute seule à l'étage pour la pause et c'est sympa : tranquille ! Je me concentre sur mon boulot. » « Le ramadan, j'en fais une affaire personnelle » , résume Malika.
Dans certaines entreprises on a pris l'habitude de faire avec, comme chez SCA Hygiene Product (ex-Peaudouce) à Linselles, près d'Halluin. L'usine emploie environ 300 personnes. Environ 5 % des salariés pratiquent le ramadan au travail. « Ça se gère au cas par cas ; ça ne pose pas de problème » , explique Hélène Labonnelie, responsable des ressources humaines du site.
Les équipes travaillent en horaires décalés, en flux continu, de jour et de nuit. « Ceux qui font le ramadan y sont habitués. Ils ont une bonne pratique. On laisse donc les gens faire leurs cinq prières et prendre des pauses pour manger quand c'est l'heure », précise la responsable.
Néanmoins, « c'est une période où nous sommes très vigilants en termes de sécurité, auprès des machines », avance Hélène Labonnelie.
Abdellatif, 25 ans, travaille pour l'entreprise depuis 18 mois. Pratiquant, il appréhende ce ramadan au coeur de l'été : « À l'intérieur il fait très chaud, on n'a pas la climatisation. Ça va être très difficile de ne pas boire. Les petits ventilateurs ne sont pas suffisants. » Côté nourriture en revanche, pas de problème particulier à signaler : « Quand je finis à 21 h, je mange quelques dattes en sortant du travail, puis je rentre et profite du repas en famille », explique Mohamed.
Pour son collègue, également prénommé Mohamed, le ramadan, c'est même un plus pour l'entreprise : « Je travaille en journée dans les bureaux.
Pendant le ramadan, je ne prends pas de pause le midi, c'est tout bénef pour le patron ! »
Abdelkader Aoussedj préside la Fédération régionale de la Grande Mosquée de Paris. Il revient avec nous sur le ramadan, son principe, ses différentes interdictions et obligations. Un mois à part dans la foi des musulmans. Que représente le ramadan dans la foi des musulmans ? >> Le ramadan, c'est un temps d'arrêt. Le musulman se remet en doute, fait le bilan de son année écoulée. C'est aussi le point de départ de l'année à venir. Durant ce mois de jeûne, le musulman est plus solidaire, il donne aux pauvres, évite les grossièretés etc. : il récolte des bons points auprès de Dieu ! Il lui demande de pardonner ses fautes, revient au fondement de sa foi. Le ramadan, c'est le pardon plus que le jeûne. Un mois où l'on se remet en cause et où l'on essaye de renforcer encore sa foi. Quelles sont les obligations à respecter ? >> Du lever au coucher du soleil, il ne faut ni boire, ni manger, ni fumer. Au coucher du soleil, le musulman partage un grand repas en famille. Puis va à la mosquée pour l'icha, la dernière prière de la journée. Chaque jour, les cinq prières doivent être faites : au lever du jour, vers 14 h, vers 17 h au coucher du soleil et la grande prière, à la mosquée, après le repas. Quels sont les moments forts du ramadan ? >> J'en distingue trois. D'abord la nuit du Destin, le 27e jour. C'est cette nuit-là que le Coran a été révélé au prophète grâce à l'ange Gabriel. Ensuite, les prières du soir à la mosquée. Et enfin, l'aumône, pour dépoussiérer sa foi, racheter ses pêchés. Elle peut être donnée à tout moment du mois. C'est une obligation imposée par le prophète. PROPOS RECUEILLIS PAR S.G.
Grippe A : le Conseil du culte musulman déconseille le pèlerinage à La Mecque Face à l'extension de la pandémie de grippe A, le Conseil français du culte musulman (CFCM) déconseille aux musulmans de France de se rendre cette année en Arabie Saoudite pour le petit pèlerinage à l'occasion du ramadan. Plusieurs responsables de l'islam en France doivent se réunir sur ce sujet en fin de semaine. À l'occasion du mois de jeûne, de nombreux fidèles projettent de se rendre en Arabie Saoudite pour effectuer le petit pèlerinage (l'omra) à La Mecque et à Médine. Il y a déjà eu 14 décès en Arabie Saoudite dûs à la grippe A. Les autorités saoudiennes ont prévenu qu'elles pourraient interdire cette année le pèlerinage aux personnes âgées et aux enfants. Contrairement au grand pèlerinage (le hajj) qui, dans la jurisprudence musulmane, est une obligation pour tous les croyants qui en ont les capacités, l'omra « n'est pas une prescription religieuse mais une recommandation », explique le président du CFCM, Mohammed Moussaoui. « Raison de plus, ajoute-t-il, pour remettre l'omra à une année suivante s'il y a risque pour soi et les autres ».
La France compte près de 5 millions de musulmans. 88 % d'entre eux assurent respecter le jeûne du ramadan, alors qu'ils sont 49 % à déclarer ne « jamais » aller dans une mosquée, selon un sondage CSA-La Vie publié en 2006. Plus de quatre millions de Français vont jeûner pour le ramadan, soit près de 88 % des cinq millions de musulmans de France. La proportion des jeûneurs atteint même 94 % chez les moins de 30 ans. En 1989, les musulmans de France étaient 60 % à déclarer observer le ramadan et 70 % en 2001. Cette période de jeûne est l'un des cinq piliers de l'islam, avec la profession de foi, la prière, l'aumône et le pèlerinage. Tous les musulmans sont censés le suivre, sauf les enfants avant l'âge pubère, les femmes enceintes, les malades et les vieillards. Durant cette période, les quelque 2 000 mosquées et salles de prière en France accueilleront de nombreux prédicateurs à l'occasion du ramadan : selon Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, quelque 150 imams sont attendus du Maroc, 70 de Turquie et plus de 90 d'Algérie, les trois pays dont sont issus la grande majorité des musulmans de France. De nombreux croyants choisissent l'occasion du ramadan pour effectuer le « petit pèlerinage » à La Mecque - l'omra -, tout à fait distinct du « grand pèlerinage » qui se fait à l'occasion de la grande fête de l'islam, l'Aïd el-Kébir. Plus d'un millier de musulmans de France devraient faire cette année ce petit pèlerinage, un chiffre en baisse compte tenu des risques de pandémie de la grippe A.


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