Gayant, la famille sacrée des Douaisiens
Publié le lundi 03 août 2009 à 06h00
Ils ont subi les affres des conflits et des guerres. Et malgré toutes ces épreuves, les cinq membres de la famille la plus célèbre de Douai illuminent de leur présence, depuis plusieurs décennies, les célèbres Fêtes de Gayant.
CELINE DEBETTE > artois@nordeclair.fr
Depuis quelques semaines, les Gayant ont regagné leurs pénates. Un hangar conçu à leur dimension (soit plus de 8m 50 de haut) appelé la Maison des géants. C'est là que la famille peut désormais savourer un repos bien mérité. Car les 12, 13 et 14juillet derniers, Monsieur, Madame Gayant et leurs trois enfants étaient de sortie lors des célèbres fêtes portant leur nom. Trois jours de liesse qui débutent, depuis plus de 200 ans, le premier dimanche suivant le 6juillet et que les habitants ne rateraient pour rien au monde.
On raconte d'ailleurs que durant le siège de Tournai en 1745, les troupes douaisiennes ont déserté le champ de bataille le temps d'assister aux réjouissances. « C'est presque génétique ici. Les Douaisiens portent davantage leurs géants avec le coeur qu'avec les bras » , commente Lucien Mériaux. Et ce retraité du bâtiment de 73 ans sait de quoi il parle : « C'est la 30e année que je suis chef de protocole des petites figures (les enfants de Gayant, ndlr). J'ai même été médaillé le 12juillet par Monsieur le maire. Et avant ça j'ai porté Jacquot puis M. et Mme Gayant. On peut dire que c'est une deuxième vie. Pendant trois jours, la corporation dont je fais partie est entièrement dévouée à ces personnages ». Des héros immortels nécessitant le volontarisme de 23 porteurs (6 pour Gayant et sa dame et 1 par enfant) qui se relaient à tour de rôle durant les festivités.
Mais peu importe l'effort ! S'introduire sous les jupes des Gayant relève presque de l'acte sacré. Car l'histoire de ces cinq géants d'osier ne date pas d'hier. « Tout ça repose sur beaucoup de légendes », commente Lucien. Ainsi, celui que l'on nomme tout simplement Gayant (c'est-à-dire géant en picard) aurait été créé en 1530 par la corporation des manneliers en hommage au Seigneur de Cantin, Jehan Gelon. Mais de nombreux historiens préfèrent y voir un hommage de la ville à Saint Maurand, patron de Douai. Un an plus tard, Marie Cagenon, réalisée cette fois par la corporation des fruitiers, fait son apparition. « Ceux que l'on appelle M. et Mme Gayant ne sont en réalité pas mariés , confie Lucien, sourire en coin. Ces deux-là ont fait des enfants en douce... » De ce péché de chair naît à la fin du XVIIesiècle Jacquot et Fillon, deux garnements hauts de plus de 3 m, suivi en 1715 de Binbin. Ce dernier, affligé d'un strabisme qui lui vaut l'affectueux surnom de « Tiot Tourni », est le préféré des petits Douaisiens. « On dit qu'il surveille à la fois la Picardie et la Champagne », souligne Valérie Dereu, guide conférencière de l'office de tourisme de Douai. La tradition veut qu'en embrassant durant les Fêtes de Gayant le visage joufflu du nouveau né, les enfants âgés de moins d'un an se prémunissent contre ce genre d'ennui oculaire.
Pas de doutes, ces trois jours de festivité sont un moment unique. D'autant plus qu'ils offrent sauf exception la seule occasion de voir défiler la famille au grand complet, ainsi que la Roue de la fortune et le Sot des canonniers (également appelé « l'baudet décarroché »). Costume de chevalier sur le dos, Gayant est toujours suivi de près par son épouse, habillée en châtelaine. « Avant 1821, leurs vêtements suivaient la mode de l'époque » , explique Valérie Dereu. Aujourd'hui, parents et progéniture sont tous chouchoutés par des petites mains (couturière, vannière, maître décorateur...) qui veillent à ce que chacun d'eux conserve une forme olympique. Est loin d'être venue l'heure de sonner le glas pour ces héros immortels.





