Plaisance : vacances au fil de l'eau
Publié le jeudi 30 juillet 2009 à 06h00
Pour certains plaisanciers, le canal du Nord est « une véritable autoroute ». Cela ne les empêche pas d'emprunter cet axe qui mêle coins de verdure et zones d'activités. Il paraît que les enfants adorent ces vacances au fil de l'eau.
MATHIEU HÉBERT > mathieu.hebert@nordeclair.fr
James et Nicole remontent vers le Nord. C'est bientôt la fin du parcours. Dans quelques jours, ils auront rejoint leur port d'attache, à Haverskerque, sur la Lys, en Flandre intérieure.
Pour l'heure, ils patientent devant l'entrée sud du tunnel de Ruyaulcourt, près de Péronne (Somme). Ce souterrain, long de 4,354 kilomètres, est l'un des ouvrages les plus impressionnants du canal du Nord. Étant très étroit, les bateaux ne peuvent s'y croiser qu'au milieu. En cas de fort trafic, il faut s'armer de patience. « Les bateaux marchands sont prioritaires », explique Nicole. « Nous avons quitté Péronne à 7 h ce matin , ajoute James. En cinq heures, nous avons franchi cinq écluses ».
Ne cherchez pas de point commun entre le plaisancier qui patiente à l'écluse et l'automobiliste énervé par les embouteillages. Patience et lenteur sont deux caractéristiques de la plaisance fluviale.
Comment occuper tout ce temps ? « C'est la question que je me posais avant, répond Bernadette. Le pied, c'est de se poser sur le pont avec un bon bouquin ». « On ne dépasse jamais 12 ou 13 km/h, affirme Gerrit, de Gand. On navigue entre quatre et cinq heures par jour ; ça laisse le temps pour profiter du cadre ». Il lui aura fallu une semaine environ pour rejoindre Péronne, au carrefour du canal du Nord et de la Somme. Anita et Gerrit attendent leur fils, qui les rejoint en voiture. Deux heures de route seulement. Ensemble, ils partiront jusque Saint-Valery, « pour voir la mer ».
« Toute l'année, je travaille de 7 h jusque tard », explique l'artisan menuisier. « On pratique la plaisance pour la tranquillité ». C'est pour cette raison que le couple préfère les canaux français depuis plusieurs années. « Je veux être à mon aise.
On ne va jamais aux Pays-Bas. Là-bas, il y a trop de bateaux », souligne Gerrit.
Pourtant, à en croire James, le canal du Nord, « c'est une vraie autoroute ! » Nicole et lui ont mieux apprécié le canal de Saint-Quentin, l'Aisne. De plus, « on avait le courant avec nous », relève le plaisancier nordiste.
Les canaux ont longtemps rythmé les vacances de James. « Mes grands-parents étaient bateliers. Quand j'étais enfant, je passais mes vacances avec eux », rappelle-t-il. Le garçon a grandi et ne s'est plus tourné vers l'eau jusqu'à l'approche de sa retraite. « J'ai passé mon permis et voilà. » Avec James, tout paraît simple. Or, « sur un bateau, tout est compliqué », estime Philippe. Depuis quatre ans, il vit sur l'eau, dans un ancien bateau de liaison de la marine allemande, dont la coque effilée n'a rien à voir avec celle, plus droite, « des baignoires », les bateaux de plaisance fluviale.
Le « Tora » est amarré à l'année dans le port de Cergy-Pontoise, en région parisienne. Mais cet été, Philippe a pris le large. C'est la première fois qu'il navigue. « Ce n'est pas triste. Dans l'écluse, ça bouge dans tous les sens. Il faut être très attentif, ce sont des moments de tension » , résume Philippe. « Enfin, on découvre, on débute ». Malgré les tracas des débuts, Philippe apprécie « le cadre, la verdure.
On est dans le paysage. Naviguer, c'est une leçon de géographie ».
Il y a quelques semaines, Philippe et Bernadette ont emmené leurs deux petites-filles, sept et huit ans. « Pour elles c'est passionnant , assure Bernadette. On a vu les chargements de péniches, les usines... Mais ce qu'elles préféraient, c'était mettre le seau dans le canal pour puiser de l'eau. » « C'est un grand jouet pour elles », ajoute Philippe.
Des cachettes
Pour elles seulement ? De la timonerie au carré, Philippe découvre encore des cachettes, s'amuse à montrer les petits trucs, comme les systèmes de blocage des tiroirs (un bateau de mer, c'est supposé bouger avec le gîte) et ne se lasse pas de la puissance des deux moteurs, « une tonne chacun » . Ce soir-là, des amis devaient rejoindre Philippe et Bernadette à bord. Il y a fort à parier qu'ils ne trouveront pas le truc pour débloquer les tiroirs...


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