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SÉRIE DE L'ÉTÉ / LE LONG DU CANAL DU NORD (3/5)

Seine-Nord, canal craint et désiré

Patricia (G.) travaille avec son mari, fils de bateliers. Si Seine-Nord voit le jour, elle se «saoulera au champagne». De nombreux mariniers qui travaillent sur le canal du Nord avec des bateaux de 38m, les Freycinet (ci-dessous), s'estiment «trop petits» Patricia (G.) travaille avec son mari, fils de bateliers. Si Seine-Nord voit le jour, elle se «saoulera au champagne». De nombreux mariniers qui travaillent sur le canal du Nord avec des bateaux de 38m, les Freycinet (ci-dessous), s'estiment «trop petits»

Le futur canal à grand gabarit Seine-Nord-Europe doit voir le jour en 2015. Il remplacera le canal du Nord, qui suivra un tracé voisin. Les mariniers observent le projet. Ils oscillent entre espoirs, craintes et scepticisme.



MATHIEU HÉBERT > mathieu.hebert@nordeclair.fr
Certains y voient le plus grand chantier des années à venir. C'est vrai : on ne creuse pas un canal tous les jours. Dès 2015, le canal Seine-Nord-Europe reliera le réseau fluvial du Nord et du Benelux à la Seine.
Si tout se passe comme ses promoteurs l'envisagent, les travaux du futur canal doivent commencer l'an prochain.


Entre Compiègne et Aubencheul-au-Bac (au nord de Cambrai), 106 km de long, dont 26 km dans le Nord - Pas-de-Calais, 54 mètres de large, un pont-canal de plus d'un kilomètre au-dessus de la Somme, le nouveau canal à grand gabarit pourra accueillir les plus grands convois fluviaux.

4 milliards d'euros
Ce grand chantier d'environ 4 milliards d'euros d'investissement représente beaucoup d'enjeux pour la région. Les promoteurs du projet (collectivités, Voies Navigables de France, acteurs privés) misent sur l'essor du transport fluvial et la création de quatre plates-formes multimodales pour créer de l'activité.
Une d'entre elles sera implantée à Marquion, près de Cambrai. Selon VNF, plus de 10 000 emplois seront créés pendant les travaux, dont 4 000 sur le chantier lui-même. À l'horizon 2030, 25 000 nouveaux emplois naîtront sur l'ensemble de l'axe Seine-Escaut, dans l'industrie, la logistique, les activités portuaires et les services associés. C'est trop beau. On a envie d'y croire.
À bord de leurs petites péniches Freycinet, 38 m de long, de nombreux mariniers affichent leur scepticisme. Pierrot, grande gueule assumée, l'affirme tout de go : « Il ne sera jamais fait ». De toute façon, assure cet artisan de 62 ans, « je ne le verrai pas : je prends ma retraite dans deux ans ».
Il faut dire que le grand gabarit, « on en entend parler depuis des années », note Patricia, une ancienne de la SNCF, qui a quitté les rails pour les canaux depuis trente-cinq ans qu'elle vit avec Jean-Claude, fils de bateliers.
Éric Hennion, basé à Watten, près de St-Omer, sort une vieille coupure de journal, datée de 1994 : on parle du lancement du chantier pour l'année suivante... Alors Seine-Nord ? « 2015, vous dites ? », répond Éric Hennion, la moue dubitative.
La crainte des bateliers ? Ouvert à la circulation des grandes barges, le canal favorisera « les Belges, les Hollandais et les Allemands , prédit Pierrot. Il n'y aura rien pour les petits Français ».
D'après Cédric Delgorge, 29 ans, les mariniers des pays voisins sont bien mieux équipés. Lui a travaillé neuf ans comme salarié avant de racheter une péniche. « Mon bateau date de 1956. C'est la génération des bateaux de mon grand-père, fait remarquer le jeune homme. Mais je ne peux pas investir dans un bateau comme ils en ont aux Pays-Bas. C'est trop cher ». « Plus cher qu'une maison, qu'un château, même » , assure Claude, 60 ans, salarié pour le compte d'un armateur de Béthune.
« Et il semble qu'on veuille développer le trafic de conteneurs, poursuit Cédric. Nous avec nos Freycinet, on fait du sable, des céréales, de la ferraille... »
« Déjà dépassé »
Certains professionnels ont malgré tout franchi le pas. Ils ont investi dans de grands bateaux. C'est le cas du beau-père de Cédric, qui travaille « en Seine ». Il y a neuf ans, il a acheté un bateau de 900 tonnes.
« C'est déjà dépassé. Ce n'est plus suffisant », affirme Jean Couteau, qui a lui aussi investi dans un bateau de cette taille.
Seine-Nord, course au gigantisme ? « Je n'en sais rien. Tout ce que je souhaite, c'est qu'il y ait du travail pour tout le monde », résume Patricia. Avant d'ajouter : « Si le projet voit le jour, je me saoule au champagne ». À la santé des mariniers.


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