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CALAIS

Une manif très bordée pour les No Border

Guère plus d'un millier de manifestants, un interminable parcours évitant soigneusement le centre de Calais, des policiers partout pour imposer le respect du tracé. Photos Ludovic Maillard Guère plus d'un millier de manifestants, un interminable parcours évitant soigneusement le centre de Calais, des policiers partout pour imposer le respect du tracé. Photos Ludovic Maillard

Plus de policiers dans Calais que de manifestants et, au final, un défilé qui a évité le coeur de ville et épuisé le cortège en une longue marche sous le cagnard. Les No Border ont manifesté, entre eux, et dans le calme. Loin des migrants qu'ils disent défendre.



FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Ils ont mis du temps à arriver au point de ralliement. Partis de leur campement, soigneusement installé à l'écart de la ville, les No Border ont bien tenté de dévier de l'itinéraire que les autorités leur avaient concédé mais rien n'y a fait. Le reste des militants -parmi lesquels de nombreux NPA, CNT et SUD- les a donc attendus patiemment, certains vautrés sur l'herbe au pied du phare de Calais, d'autres chauffant les troupes comme Vladimir Nieddu, figure du syndicat Sud dans la métropole lilloise qui déroulait ses thèmes de prédilection devant les micros. La politique de Sarkozy, la répression contre l'Antillais Elie Domota, le rétrécissement des libertés, les provocations policières. Rien que de très classique. Autour, quelques centaines de personnes et de quoi faire la fortune du Balto, le bar voisin dont la machine à café débitait comme jamais.


Pierre par pierre

Les discussions sur le tracé de la manifestation, menées avec les syndicats qui ont fait le lien entre les No Border et la sous-préfecture, ont abouti à un étonnant paradoxe. Les Calaisiens n'ont guère vu le défilé redouté, relégué côté front de mer et qui allait, pour une bonne partie, traverser un no man's land menant à Blériot-Plage. En revanche, ils ont eu tout loisir d'observer l'impressionnant dispositif policier qui, depuis une semaine, s'était déployé sur Calais tenant les militants altermondialistes dans un véritable étau.
Plus de 2 000 uniformes pour un millier de manifestants dont quelques-uns avaient revêtu leur uniforme à eux. Capuche noire, foulard sur le visage et lunettes de soleil. Ultra-minoritaires dans cette foule plutôt bigarrée. Et impossible de bouger une oreille. « C'est honteux !
De la provocation ! » râlaient des No Border. « La violence vient de l'État » martelait Meriem, une porte-parole du mouvement (elle s'agace qu'on lui colle ce titre mais comme c'est la seule qui parle officiellement aux journalistes, elle a endossé le rôle depuis plusieurs jours).
Seule élue reconnaissable dans le défilé, Hélène Flautre, députée européenne verte, qui a tenté une négociation avec le sous-préfet quand le cortège a été bloqué sur une voie théoriquement prévue dans le tracé. De quoi, selon elle, « créer une situation difficilement maîtrisable ».
Quelques minutes plus tard, les manifestants repartaient pourtant tranquillement sur la voie imposée, assoiffés pour beaucoup, et pestant contre ce « parcours qui nous a volé notre manifestation ».
Un responsable du syndicat SUD faisait dans la pédagogie : « c'était ce tracé ou pas de manif. C'était comme ça ».
L'occasion tout de même de promettre que « pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons les centres de rétention ». Peu de slogans dans cette manif écrasée par le soleil et les kilomètres sur l'asphalte sans croiser autres âmes qui vivent que les policiers bordant le parcours et quelques curieux à leurs balcons ornés de géraniums. « Les Calaisiens avec nous ! » ont fait flop.

Disproportionné ?
Et les migrants dans tout ça ? C'était le motif officiel du rassemblement à Calais de ces militants qui réclament l'abolition des frontières et disaient être là pour défendre leur cause. On en a bien entendu un, lors de la dislocation du cortège, dire quelques mots dans le micro, mais ils se sont bien gardés d'apparaître, en terrain aussi quadrillé, dans cette manifestation qui les gênait plus qu'autre chose.
Toute la semaine, l'étau policier a tenu enserrés les No Border dont les autorités craignaient les débordements de mouvements autonomes ou de casseurs venus se greffer sur leurs belles idées, comme ce fut le cas sur d'autres rassemblements. En quelques jours, 70 personnes ont été interpellées, certaines pour possession d'objets dangereux. Des machettes, des pieds de biche, des boules de pétanque.
Alors, disproportionné le déploiement policier ? « C'est ce qui a permis que ça se passe bien » répondait l'un deux à la fin de la manifestation. Les No Border, eux, sont retournés à leur campement. Demain, ils quitteront Calais. Pour les migrants, rien n'aura changé.


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