Calais : le « camp » qui inquiète
Publié le jeudi 18 juin 2009 à 06h00
Des babas cool pacifistes ou des casseurs ? Le camp des « No Border » (sans frontière) doit s'installer à Calais à partir de ce week-end. Les autorités s'attendent à des « dérives ultra-violentes ». Explications.
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Leurs intentions s'affichent sur un site internet dédié : organiser à Calais du 23 au 29 juin « un camp pour la liberté de circulation pour tous et toutes et la fin des frontières et des contrôles migratoires ». Ils y expliquent vouloir « mettre en lumière la situation à Calais (...) construire des liens avec les communautés de migrants (...) développer les liens entre les groupes qui les soutiennent », jusque-là de l'associatif plutôt traditionnel. Mais les No Border affirment aussi vouloir « défier les autorités sur le terrain pour protester contre la répression croissante contre les migrants » et appellent à un « mouvement radical contre les systèmes de contrôle ».
De quoi alimenter l'inquiétude des autorités qui s'attendent à des violences. « Les personnes qui composent ce collectif se présentent comme des pacifistes, des non-violents, mais on s'aperçoit qu'à chaque fois qu'un camp est organisé, ils s'en prennent aux forces de l'ordre et font déraper les manifestations », affirme le préfet du Pas-de-Calais, Pierre de Bousquet, qui ajoute « on ne se fait guère d'illusions sur leur venue à Calais. Derrière leurs belles intentions, on sait pertinemment qu'il risque d'y avoir des dérapages ». Et de citer pour mémoire les manifestations de pacifistes prévues lors du G20 à Strasbourg gangrenées par des groupuscules ultra-violents, les Blacks blocks notamment. « On a vu là-bas quelles exactions ils étaient capables de faire », ajoute le préfet qui parle d'appels à des actions radicales, de messages dans lesquels les organisateurs « demandaient aux personnes de venir avec des protections mais aussi des bombes lacrymogènes » et qui font appel, comme on le note sur leur site, à des volontaires de la médecine d'urgence. « On s'attend à des dérives ultra-violentes ».
Psychose
La mairie UMP de Calais, d'entrée de jeu, a refusé tout contact avec les No Border. « Il est hors de question que je les rencontre » , a affirmé Natacha Bouchart, le maire, « et puis à qui on parle ? Qui est qui ? On ne sait pas les identifier ».
En fin de semaine dernière, plusieurs personnes, se revendiquant des No Border, ont pris la parole à Calais pour dénoncer ce qu'elles qualifient de « désinformation » et lutter contre « la psychose qui s'installe ». Et d'ajouter : « ce camp a simplement pour but d'échanger, de se rencontrer. Il est ouvert à tous. Notre volonté est festive et revendicative ». Ils expliquaient aussi chercher un terrain pour installer leur campement, ce dont la ville de Calais ne voulait pas entendre parler. Du coup, préférant sans doute border les choses, le préfet a réquisitionné un terrain expliquant que « les craintes de Natacha Bouchart sont légitimes mais la vie doit continuer à Calais » . Allusion au risque de voir les commerçants baisser leur rideau de peur des casseurs.
Ce que Natacha Bouchart a clairement évoqué : « si Calais doit être une ville morte pendant deux ou trois jours, les commerçants baisseront leurs grilles ». Elle a déjà décidé de reporter une parade prévue le 27 ainsi que le conseil municipal initialement prévu le 24 juin et regrette que le camp n'ait pas été interdit purement et simplement.
Utilisation des réfugiés
Côté associations qui soutiennent les migrants, on est partagé. La Ligue des droits de l'homme, Emmaüs, Médecins du monde et le Secours catholique se désolidarisent des No Border, craignant une « utilisation des réfugiés » qui, au final, risque surtout de leur faire du tort. En revanche, le collectif C'Sur soutient la démarche tandis que l'association Salam laisse le choix à ses adhérents de prendre part ou non à ce campement.
Quant à la manifestation prévue le samedi 25 depuis le phare de Calais jusqu'au centre de rétention de Coquelles, elle n'aurait toujours pas été déclarée en sous-préfecture. Donc toujours pas officiellement autorisée.
Destruction de camps à Loon-Plage Les forces de police sont intervenues hier matin pour détruire deux campements aux abords de Loon-Plage, qui servaient de refuge à une centaine de migrants afghans et kurdes. Des campements qui, après avoir été détruits au cours d'une précédente opération spectaculaire en décembre 2008, s'étaient vite réinstallés. Aïssa Zaïbet, du Mrap Dunkerque, sur place au moment de la destruction du campement, a estimé que « l'État détruit, mais n'apporte aucune solution ». De même, dans un communiqué signé par le PS et le MoDem, l'opposition municipale à Loon-Plage a dénoncé également l'intervention des forces de l'ordre. « Des moyens financiers considérables sont mis en jeu régulièrement pour effacer ces campements du territoire du Nord - Pas-de-Calais. D'ici quelques jours, les migrants auront reconstruit leurs habitats de fortune », note le communiqué. Hier soir, des militants du Mrap, de Salam, des Verts et de plusieurs associations du littoral étaient déjà à pied d'oeuvre, aux côtés des migrants, pour les aider à trouver bâches et couvertures. M.M.





