Sangliers et renards arrivent en ville
Publié le mercredi 17 juin 2009 à 06h00
C'est un phénomène que constatent les lieutenants de louveterie de l'arrondissement de Lille. Pas plus tard que vendredi, il a fallu abattre deux sangliers qui ravageaient des cultures entre Chéreng, Tressin, Forest-sur-Marque, Willems et Villeneuve d'Ascq. YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr
C'est presque une enquête de police judiciaire. Début mai, Olivier Descamps, agriculteur à Tressin, découvre que ses semis de maïs ont été ravagés sur une vingtaine d'ares. D'autres champs connaissent le même sort du côté de Chéreng. La semaine dernière, Quentin Lecoeuvre, agent de la fédération des chasseurs du Nord, est alerté. Constatations d'usage, surveillance nocturne... Plus les jours passent, plus les dégâts s'étendent. Forest-sur-Marque, Willems et même Villeneuve d'Ascq. Vendredi matin, un témoin aperçoit deux suspects...
Au départ, Quentin Lecoeuvre est sceptique : deux sangliers si près de la ville, ça l'étonne. Mais il découvre une empreinte toute fraîche qui confirme ce témoignage. Les deux suspects sont « logés ». Le soir même, l'agent de la fédération de chasse et le lieutenant de louveterie Benoît Duriez « planquent ». C'est ce dernier qui exécute la sentence quand les deux animaux se pointent. L'un est tué, l'autre blessé, sans doute mortellement.
Ce fait divers n'est pas banal mais pourrait le devenir à en croire Benoît Duriez. Cet agent assermenté par la préfecture a une position privilégiée pour observer ce phénomène (lire encadré). « Les sangliers sont à nos portes, affirme-t-il. À Berlin, on en recense 8 000 en ville ! » Hors saison de chasse, cet animal classé « nuisible » peut se reproduire paisiblement et il ne s'en prive pas. « Les marcassins n'ont aucun souci de mortalité », note Quentin Lecoeuvre.
Pas encore sur la Grand-Place
« Le sanglier s'acclimate bien, explique Benoît Duriez, car il est omnivore. Il peut trouver des ressources alimentaires partout en ville. » Pour l'instant, on n'a pas encore croisé de suidé sauvage au pied de la Déesse à Lille. Le phénomène concerne surtout les zones périurbaines. En théorie, l'animal « ne charge pas gratuitement », même si ses 80 ou 100 kg peuvent impressionner. Le problème, ce sont surtout les accidents de circulation et les dégâts dans les cultures. « Certains agriculteurs ont dû semer trois fois leur maïs du côté de Renescure, dans les Flandres », affirme un responsable de la FDSEA. Dans la métropole lilloise, c'était une première. « Un sanglier peut parcourir 40 km en une nuit », souligne Benoît Duriez. Et à bien y regarder, la Pévèle est à un saut de puce de la forêt de Saint-Amand.
Les chasseurs sont pleinement concernés : ce sont eux, via leur fédération, qui doivent indemniser les agriculteurs pour les dégâts commis par le grand gibier.
Plus discret, le renard a lui aussi déserté la forêt pour découvrir la ville. « De plus en plus de maires signent des arrêtés de tir au renard dans leur commune », confie le lieutenant de louveterie Duriez. À Linselles, Deûlémont... « On a même aperçu un renard en train de fouiller les poubelles, vers 5 h du matin, dans le domaine de la Vigne à Bondues. » Preuve que l'animal est un fin gourmet !
Plaisanterie à part, le renard n'est pas plus désiré que le sanglier en zone urbaine. Le danger vient d'une maladie dont il est porteur : l'échinococcose alvéolaire. En fait un parasite qui provoque des cirrhoses du foie chez l'humain - le diagnostic est parfois long à poser, la cirrhose étant d'abord associée à l'alcool. Les citadins aimeraient autant que le renard ne vienne pas uriner dans leur potager...
Démographie galopante
Comment expliquer la présence du sanglier et du renard aux portes de la cité ? La première raison est démographique. « Leur seul prédateur, c'est l'homme », souligne Quentin Lecoeuvre. Et l'homme est astreint à des périodes de chasse. Des associations écologistes dénoncent, elles, l'agrainage, des réserves de grains que les chasseurs disposent dans les forêts. Selon les amis des animaux, le but est d'avoir un gibier abondant pour l'ouverture de la chasse. Benoît Duriez dément : « Il s'agit de concentrer les sangliers dans les forêts, pour éviter les dégâts dans les champs. » Par contre, ce qui est sûr, c'est que la ville s'étend. Or les abords des charmants petits lotissements avec vue sur champs sont des havres de paix pour le gibier : les chasseurs n'ont pas le droit de tirer trop près des maisons.
Le lieutenant de louveterie, une fonction héritée de Charlemagne La louveterie, c'était à l'origine des équipages spécialisés dans la chasse à courre du loup. C'est Charlemagne qui l'a organisée pour protéger les citoyens des animaux sauvages, au IXe siècle, à une époque où la France avait plus de forêts que de bretelles d'autoroute.Aujourd'hui, le lieutenant de louveterie est un bénévole nommé par le préfet - il y en a quinze dans le Nord dont trois pour l'arrondissement de Lille. Il est choisi pour ses compétences en cynégétique - l'art de la chasse -, sa connaissance en droit de la chasse et ses qualités de médiateur. « Il faut gérer des conflits d'intérêt », explique Benoît Duriez. Son rôle est de réguler la faune sauvage, il est le seul autorisé à tirer sur une bête hors saison de chasse. Assermenté, il a un pouvoir de police et peut réprimer le braconnage. Il agit sur ordre du préfet ou des maires, de jour comme de nuit. C'est aussi lui qui organise les battues administratives ou qui intervient sur les aérodromes - Benoît Duriez a en charge celui de Bondues. Bref, le travail ne manque pas tout au long de l'année. Limite d'âge : 69 ans. Y.M.


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