« La Tziganie » : 28e nation européenne
Publié le samedi 06 juin 2009 à 06h00
« La Tsiganie, 28e nation européenne ». C'est le thème du colloque d'aujourd'hui, à la Gare Saint-Sauveur. Un débat au coeur de Lille, où la question de l'accueil des Roms se pose avec une acuité toute particulière depuis 2007.
Retour sur la « question Rom » dans la métropole.
MATTHIEU MILLECAMPS > matthieu.millecamp@nordeclair.fr
Des Roms, on ne voit souvent qu'un visage, une main tendue. Dans la métropole lilloise, ce sont aussi les bidonvilles qui, un temps installés au coeur de la ville et, depuis quelques mois, éparpillés sur ses pourtours, renvoient une image que l'on souhaiterait ne pas voir. Ne plus voir.
La « question Rom » s'est posée avec force dans la métropole lilloise à partir de 2007. L'année de l'entrée dans l'Union européenne de la Roumanie et de la Bulgarie. Fuyant des conditions de vie déplorables et, souvent, des situations d'exclusion quasi institutionnelles, les premières familles ont commencé à arriver à la fin de l'hiver 2007. Et à s'installer, comme elles le pouvaient, dans des squats ou caravanes.
Hiver 2007-2008
Des contions de vie qui ont conduit à un drame, juste avant Noël 2007. Une jeune femme a trouvé la mort dans l'incendie d'un entrepôt, à Lille, qui servait de refuge à sa famille. L'hiver 2007 a aussi été celui d'un bras de fer entre les associations et l'État. D'un côté, la volonté de répondre à un problème humanitaire avec les moyens adéquats. De l'autre, une politique visant à éviter de créer un « appel d'air ».
Deux ans après, les choses ont évolué. L'Afeji et l'Aréas, associations de réinsertion sociale, ont mené un patient travail de recensement et d'identification des populations Roms. En novembre 2008, l'Afeji a remis ses conclusions et, dans la foulée Martine Aubry, maire de Lille, a lancé un appel aux maires de la métropole pour qu'ils prennent leur part. La proposition de l'Afeji de créer des « villages d'insertion » a été mise en place dans la communauté urbaine.
Ces villages, destinés à être la première marche vers l'insertion, sont au nombre de trois dans la métropole. Outre celui de Lille-Fives, Halluin et Faches-Thumesnil ont chacune le leur. Celui de Roubaix est actuellement en cours de création.
Les financements attribués à ce dispositif permettent d'y intégrer une centaine de personnes. On est loin des 152 familles de Roms Roumains recensées par l'Afeji en novembre 2008 et des 220 familles, toutes nationalités confondues, estimées par l'Aréas. « Il fallait commencer » , glisse Stéphanie Lecuyer, responsable du projet, qui insiste sur l'importance des petites unités, « pour favoriser l'intégration avec le voisinage ».
Villages d'insertion
En plus de Stéphanie Lecuyer qui coordonne le projet, deux éducateurs sont mobilisés pour le suivi des familles. Des médiateurs sont également présents, sur le terrain, pour mener des actions plus socio-éducatives. Un projet qui, s'il n'en est encore qu'à sa phase initiale, semble indiquer la bonne voie.
Reste les autres familles, non intégrées au dispositif. Elles peuvent prétendre aux aides au « retour volontaire » : 300 E pour reprendre le chemin de la Roumanie. Solution choisie par 110 personnes après le démantèlement du bidonville de la Porte de Valenciennes. Les familles qui veulent rester, ont, en théorie, trois mois à compter de leur arrivée sur le territoire pour trouver une source de revenus. Une obligation difficile à remplir dans les faits. les ressortissants roumains, bien que citoyens européens, répondent à des contraintes particulières en France. Si un employeur veut leur donner du travail, il doit d'abord s'acquitter d'une taxe de près de 900 E, après être passé par un parcours du combattant administratif, de la direction du travail à la DDASS en passant par la préfecture. Selon les associations de terrain, aucun ne l'a encore fait.







