De Bucarest à Lille, sur les chemins des Roms
Publié le samedi 06 juin 2009 à 06h00
Tandis que certaines familles profitent du dispositif des villages d'insertion, d'autres, nombreuses, continuent de vivre dans le dénuement. Mais qui sont ces Roms devenus soudain si « visibles » ?
CÉCILE DEBARGE > lille@nordeclair.fr
Ils viennent d'Inde, sont installés dans la plupart des pays européens et forment même, selon certains, le 28e pays de l'Union européenne.
Mais qui sont les Roms ?
L'Histoire des Roms. >> Au IXe et Xe s., les Roms quittent l'Inde du Nord et se dirigent vers l'Égypte, l'Iran, l'Afghanistan puis vers l'Europe. En 1421, on trouve la première trace écrite de la présence de Roms dans le Nord de la France, à Arras. En 1933, Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. Entre 200 000 et 400 000 Roms transitent par des camps d'internement et sont soumis à des travaux forcés, victimes d'expériences et pour certains, assassinés. Des années 1950 au début des années 1990, en Europe centrale, les régimes communistes tentent d'assimiler les Roms par le travail et un logement sédentaire. À la chute des régimes communistes, ils sont victimes de pogroms, d'agressions et de menaces. Au début des années 1990, les Roms d'ex-Yougoslavie migrent vers l'Europe de l'Ouest. Ils sont rejoints depuis quelques années par des Roms arrivés de Roumanie, de Slovaquie, Hongrie et Bulgarie.
Qui est qui ? >> Un Rrom c'est un Homme. Le terme fait (presque) l'unanimité et est repris dans le langage courant pour désigner l'ensemble des descendants du peuple indo-européen. Il a été choisi par les Roms eux-mêmes en 1971 à l'ONU. Attention, toutefois, il a désormais tendance à désigner les communautés venant d'Europe centrale. Qu'en est-il alors des Tsiganes, Manouches ou Gitans, largement employés dans le langage courant ? Les Manouches ou Sintis sont les Roms traditionnellement installés en France, en Allemagne ou en Italie. Les Gitans sont implantés en majorité dans la péninsule ibérique et plus particulièrement en Espagne, parfois dans le sud de la France. Enfin, les Tsiganes sont implantés en Europe centrale et de l'Est et une partie d'entre eux a repris les routes depuis quelques années. Ce sont eux que l'on tend aujourd'hui à appeler les « Roms de l'Est ».
Combien sont-ils ? >> D'après les chiffres donnés dans Roms et Tsiganes de Jean-Pierre Liégeois, qui croisent données institutionnelles et données des ONG, les Roms sont entre 8 et 12 millions sur le territoire européen. En France, ils seraient entre 300 000 et 400 000, en considérant la famille Rom au grand complet. Les Roms venus de l'Est seraient, en revanche, moins de 10 000. En Roumanie, État de l'UE où ils sont les plus nombreux, ils sont entre 1,8 et 2,4 millions.
D'où viennent les Roms ? >> À l'origine, les Roms viennent du nord ouest de l'Inde et le quittent pour des raisons indéterminées. Les hypothèses sont nombreuses : certains spécialistes, comme John Sampson, font état d'une parenté avec les Dom, caste des intouchables dans cette région de l'Inde. Elisabeth Clanet, chargée de mission au CNED pour la formation des gens du voyage et des publics itinérants, a évoqué récemment l'hypothèse d'une migration d'esclaves. Dès lors, les chemins qu'ils auraient empruntés lors de leurs migrations diffèrent selon les hypothèses initiales mais l'un des itinéraires de migration souvent retenu est celui présenté par Gérard Minet, président de la section de la Ligue des Droits de l'Homme du Nord : « Après avoir fui l'Inde, ils passent ensuite par l'Irak, l'Afghanistan et se retrouvent en Europe centrale. Une partie d'entre eux s'y installe, une autre remonte vers l'Europe occidentale. » Nomades ou sédentaires ? >> « Au démarrage, c'est une population qui est migrante, qui s'installe sur l'ensemble de l'Europe mais aussi en Amérique et en Afrique du Nord car il y a eu des déportations » explique Gérard Minet. Les Roms étaient nomades en grande partie pour des raisons professionnelles puisqu'ils pratiquaient des activités (commerce ambulant, récupération, musique) qui nécessitaient un renouvellement régulier de la clientèle et donc une grande mobilité. Dans les années 1990, ils ont migré suite aux persécutions dont ils ont été victimes dans plusieurs pays d'Europe centrale et d'ex-Yougoslavie. « Ce ne sont pas forcément des Gens du voyage, ils bougent au fur et à mesure des guerres », précise Malik Ifri, conseiller délégué à l'Aire d'accueil des Gens du voyage à la Communauté urbaine (LMCU).
Des Gens du Voyage aux Roms de l'Est, les confusions sont nombreuses et les raccourcis parfois rapides. Retour sur les principales communautés roms vivant en France et les différences profondes qui existent entre elles. Il ne faut surtout pas croire que les 300 000 à 400 000 Roms présents en France forment une communauté homogène et partagent le même mode de vie. On distingue trois grands types de population rom. Les premiers, ceux qui vivaient en France avant la montée du nazisme, sont les « Gens du voyage ». Ils possèdent un carnet de circulation, qu'ils doivent faire viser régulièrement et le plus souvent ont la nationalité française. Leur cas est régi par la loi Besson II qui stipule que toutes les communes de plus de 5000 habitants doivent avoir un terrain d'accueil. Une vague de migration importante a eu lieu au début des années 1990. De nombreux Roms sont arrivés en France, en provenance de Yougoslavie et d'Europe centrale. Leur cas est régi par les politiques d'État. En raison des persécutions dont ils ont été victimes dans leur pays d'origine, ils ont d'abord reçu le statut spécial de réfugiés territoriaux. Actuellement, ils sont soumis aux lois Sarkozy ou Hortefeux en matière d'immigration , au même titre que tous les étrangers en provenance de pays tiers (c'est-à-dire qui n'appartiennent pas à l'Union européenne). La vague de migration la plus récente concerne des Roms de Roumanie, d'où ils ont été chassés par la montée des agressions racistes. Depuis deux ans, ils sont rejoints par des Roms de Slovaquie, de Hongrie, de Bulgarie et de Roumanie, qui ont souvent tout perdu après les inondations du Danube. Ceux qui ont le statut de citoyen européen, originaires de Roumanie et de Bulgarie, sont soumis à une mesure transitoire qui leur accorde le même statut que les étrangers d'un pays tiers, avec éventuellement une obligation de quitter le territoire français. Cette mesure devrait prendre fin en 2012, date à laquelle les citoyens roumains et bulgares, donc les Roms originaires de ces pays, jouiront de la citoyenneté européenne pleine et entière. C.D.


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