Grippe A : en coulisses, on ne lève pas le pied
Publié le mercredi 03 juin 2009 à 06h00
Elle ne fait plus la Une de l'actualité. À croire qu'il ne se passe plus rien ? Pas du tout. Services sanitaires, hôpitaux, médecins libéraux continuent de s'y préparer. Tandis que l'on surveille le virus comme le lait sur le feu. Notamment à Lille.
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Ici, d'ordinaire, on travaille sur les plans d'urgence, les risques exceptionnels et la gestion de crise. Nous sommes à la DRASS, la Direction régional des affaires sanitaires et sociales, dans le bureau du docteur Édith Pons, conseillère sanitaire de zone pour le Nord, le Pas-de-Calais et la Picardie. Donc, là où ça se passe, puisque depuis le déclenchement de l'alerte grippe A - d'abord « porcine », puis « mexicaine » - tout est réuni : l'urgence, le risque, la crise. Avec Valentine Jayais, conseillère défense et sécurité pour la même zone à la DRASS, le docteur Pons « coordonne tout ce qui se fait sur la zone, par tous les acteurs sanitaires ». Les hospitaliers, le Samu, les infectiologues, les virologues, les médecins libéraux. Leur mission ? « Mettre tout ça en cohérence ».
« Pas d'exagération »
Au lancement de l'épidémie, et alors que les niveaux d'alerte montaient progressivement, elles ont été en première ligne, côté sanitaire. En coulisses également, les services de l'État veillaient à l'autre volet de la situation de crise : prévoir comment, en cas d'alerte maximale, continuer à faire tourner les services de l'État et tous les secteurs d'activité d'importance vitale pour éviter une trop grande désorganisation de la vie sociale et économique.
Mais ici, à la DRASS, le souci c'est d'imaginer tous les scénarios, en sachant que, peut-être, il faudra encore en trouver un autre, pour protéger au mieux la population du risque sanitaire.
« Nous devons suivre les instructions ministérielles », explique Valentine Jayais « et faire en sorte qu'elles soient cohérentes et adaptées aux cinq départements ». Car, évidemment, les mesures à mettre en place si la grippe A revient en force à l'automne, comme beaucoup le prévoient, ne seront pas les mêmes dans un département comme le Nord qui, en population, est l'équivalent de la région Midi-Pyrénées qui comprend... huit départements.
La fièvre médiatique s'est calmée mais pour les différents acteurs de la mise en alerte, de la surveillance, et du déclenchement des mesures à prévoir, pas de répit. Les réunions s'enchaînent « avec tous ceux qui seraient en première ligne » précise le Dr Pons.
Début mai, c'était une réunion téléphonique quotidienne avec les acteurs sanitaires, et une autre avec les services de l'État. « Pour comprendre, échanger nos procédures à mettre en oeuvre. On avait déjà la base du plan grippe aviaire qui nous sert de squelette mais il faut l'adapter » , ajoute Valentine Jayais.
Une logique a prévalu, elle prévaudra, dans un premier temps, si le nombre de personnes touchées par le virus devait augmenter : « Éviter la transmission, c'est-à-dire isoler, se débrouiller pour que ces personnes n'entrent en contact avec personne. C'est encore la règle en ce moment » , en tout cas avec personne qui ne soit du personnel médical. Faire barrage. Jusqu'ici, le dispositif mis en place semble avoir marché. À tel point que des voix se sont élevées pour dire que les autorités françaises en ont peut-être trop fait. Ce n'est pas l'avis du Dr Patrick Goldstein, patron du SAMU 59 et du Pôle Urgences au CHRU de Lille : « Non, il n'y a pas eu d'exagération. Les mesures prises ont été analysées, validées et partagées par la communauté médicale et les infectiologues ». De fait, jusqu'à maintenant, la France n'a connu que des cas importés.
« On peut se dire qu'on avait le bon dispositif, ou qu'on a eu beaucoup de chance ? » ajoute le Dr Goldstein pour qui « on n'a pas été mauvais, pour une fois. Il y a une très bonne réactivité ». Mais, ici, comme à la DRASS, on sait qu'en cas de contamination très large, il faudra réagir autrement.
Vacciner tout le monde ?
« On ne sait pas du tout comment le virus va évoluer », reconnaît le docteur Pons et, même si, pour l'instant « le H1N1 ne tue pas plus qu'une grippe saisonnière », l'incertitude sur son évolution, sa mutation, son éventuelle disparition (pourquoi pas) ou le cauchemar du scénario mutation avec le virus de la grippe aviaire, « nous oblige à penser tous les scénarios possibles » . Et continuer à se préparer à la grippe saisonnière, sachant que les deux pourraient tomber ensemble.
D'où, la question suivante : faudra-t-il vacciner tout le monde ? Des populations ciblées ? Quand ? « Des décisions qui seront prises en fonction de l'évolution du virus », là encore. Mais qu'il faut, d'ores et déjà anticiper.
Missionnée par les autorités, cette PME lilloise créée en 2001 consacre une partie de l'activité de sa plate-forme génomique à surveiller le virus de la grippe A. Parce qu'il est quasiment certain que le virus va muter. Ils ne cachent pas leur fierté et tout ce que cela peut leur rapporter en terme de notoriété dans le petit monde, très sélectif, de la recherche. La PME Genoscreen, sept ans d'existence et une installation sur le campus de l'Institut Pasteur de Lille, explore les gênes, décrypte leur constitution, traque leurs anomalies, trouve des marqueurs génétiques, bref s'est spécialisée dans la recherche ultra-pointue à l'instar de ce que font nombre de laboratoires publics. Sauf qu'ici, on est dans une PME, avec ses exigences de rentabilité et, forcément, une autre approche du marché. « On nous a demandé de faire une caractérisation fine du virus A/H1N1 dans le cadre d'un système de surveillance sanitaire », explique son PDG André Tordeux. Beaucoup plus délicat Les autorités de surveillance sanitaire ont pour compétence de concentrer toutes les informations sur les agents pathogènes inquiétants - et le H1N1 n'est pas le moindre - et, à partir des souches, de les identifier et de les évaluer. Arrivent donc ici des ADN des virus. « Et c'est sur ces ADN que nous effectuons la caractérisation », précise Caroline Allix-Beguec, chercheuse à Genosreen. « Les virus ont tendance à muter rapidement. Et également à muter entre eux. Il est intéressant d'observer les recombinations. Cela permet de les identifier », poursuit-elle. Dès les débuts de l'apparition du virus H1N1, Genoscreen fait partie des laboratoires qui ont travaillé sur ce nouveau virus. « On nous a demandé d'aller chercher dans les zones d'intérêt de l'ADN des informations permettant d'identifier le virus comme étant le H1N1 et pas autre chose », raconte André Tordeux. Quelques jours plus tard, l'Institut Pasteur de Paris annonce avoir ce qu'il faut pour l'identifier. Du coup, l'activité de Genoscreen a été recentrée sur l'analyse des mutations du virus. « Un travail beaucoup plus délicat » pour Caroline Allix Beguec car « un virus vivant qui va en rencontrer d'autres va toujours se recombiner ». L'inquiétude principale des autorités étant une recombinaison entre le virus de la grippe aviaire et celui de la grippe A. « Il serait très dangereux », reconnaît cette chercheuse. Chacun joue son rôle La surveillance du virus est d'autant plus importante que ses mutations peuvent avoir des incidences sur la fabrication du vaccin. « On est dans cette chaîne où chacun joue son rôle », observe le PDG de Genoscreen chez qui la surveillance du virus ne tourne pas à pleine capacité puisqu'elle est liée aux contaminations. « Actuellement, nous ne sommes pas sur des gros volumes mais, en cas de crise, nous pouvons aller jusqu'à l'analyse de 2 000 ou 3 000 échantillons par jour ». C'est sans doute cette souplesse qui explique qu'on fasse appel à une société privée. Un maillon dans la chaîne du suivi épidémiologique des souches et de la surveillance sanitaire. FL.T.
Vaccin : 50 millions de doses préemptées et non pas 100 millions Le gouvernement a bien préempté 50 millions de doses de vaccin contre la grippe dite porcine, A/H1N1, auprès du laboratoire GlaxoSmithKline (GSK), et non 100 comme l'annonçait le Journal du Dimanche, nous confirme-t-on à la Direction générale de la Santé. Des discussions sont en cours auprès des autres grands laboratoires susceptibles de produire ce vaccin, tels que Sanofi-Pasteur et Novartis, précise-t-on au ministère, mais pour l'instant seul un accord a été passé avec GSK. Sanofi-Pasteur, lui, a annoncé cette semaine une première commande américaine du vaccin de 190 millions de dollars US. Les laboratoires ont reçu la souche virale permettant de produire le vaccin, ce qui permet de débuter le processus de production en lançant la préparation d'une semence de travail pour « adapter le virus », a expliqué Sanofi-Pasteur. Cette préparation dure quelques semaines avant que la production industrielle ne puisse commencer, sur demande de l'Organisation mondiale de la santé.


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