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LOZINGHEM / ÉLECTIONS EUROPÉENNES

Ces jeunes qui font le pari de l'Europe

Pologne, Allemagne, Norvège, Roumanie... La région «exporte» ses jeunes. Et en accueille aussi, comme Matteo, Italien à Lille. Photomontage HVM Pologne, Allemagne, Norvège, Roumanie... La région «exporte» ses jeunes. Et en accueille aussi, comme Matteo, Italien à Lille. Photomontage HVM

Erasmus, voyages, stages pros... De plus en plus de jeunes de la région font l'expérience concrète de l'UE. Des expériences qui, en retour, marquent leur vision de l'Europe et forgent leur conscience communautaire.



On le sait et on le répète à l'envi : les élections européennes mobilisent peu. Trop loin, pas assez concret... Mais tout le monde n'est pas égal devant cette apathie généralisée. Les étudiants notamment, ceux qui ont appris le nom de Jaques Delors dans les livres d'histoire, ont un rapport plus naturel à l'Europe.
Car ils sont de plus en plus nombreux, comme Olivier Talleux, à jouer à saute-frontières à un moment donné de leur parcours scolaire. « Je suis parti en Erasmus à Lisbonne. L'an prochain, je repars à Madrid : je suis devenu addict », confie cet étudiant en marketing à l'IAE de Lille qui se sentait « déjà européen avant Erasmus car dans le Nord, il y a un gros brassage culturel ». Matteo Manara, italien étudiant à Lille, en est la preuve. « J'ai toujours vécu chez mes parents, alors Erasmus, c'était le défi de l'autonomie, explique-t-il. J'ai rencontré des gens de partout et maintenant je sais où dormir dans plusieurs pays d'Europe. » Via la bourse Blériot (389 euros par mois), la région encourage ses jeunes à étudier en Europe. Et déjà, plus de 2 000 d'entre eux en ont bénéficié.
Le « super-européen »


Certains vont plus loin. Comme Alexandre Mirlesse, 23 ans, étudiant en littérature comparée qui a publié En attendant l'Europe aux éditions lilloises « La Contre Allée ». Une série d'entretiens avec des intellectuels européens, couplée à un récit de voyage. « J'ai senti qu'il fallait que je fasse l'université de la vie, comme dit Stefan Zweig. Je suis parti dans ce voyage Français et j'en reviens Européen », explique ce cosmopolite qui a grandi entre Genève et Paris et pour qui « le sentiment européen, c'est l'affaire d'expériences vécues plus que de valeurs » .
Des expériences qui ne sont pas l'apanage des grands. On dénombre environ 600 programmes de jumelages entre établissements, primaires ou secondaires, français et européens dans l'académie de Lille. L'école Lavoisier à Tourcoing est un modèle du genre. « On travaille avec des écoles hongroises, tchèques, anglaises, espagnoles..., explique le directeur, Christophe Grimonpart. Tous les deux mois, les élèves écrivent un exposé sur des thèmes différents (un sportif du pays, l'architecture de la région...) et s'échangent les résultats entre établissements. La semaine dernière, deux classes sont allées en Angleterre. Le but c'est l'ouverture sur le monde de gamins qui vivent dans un quartier qui ne les prédestine pas à ça. » Des programmes comme Leonardo ou le volontariat international en entreprise (VIE) permettent d'autre part aux jeunes d'effectuer un stage professionnel en Europe. « Ca permet de concilier la découverte d'une nouvelle culture et un bonus dans le CV », témoigne Laurent Delannoy de retour d'un an de VIE en Roumanie. « J'ai fait un boulot plus intéressant que ce que j'aurai pu trouver en France et avec une rémunération qui, par rapport au niveau de vie du pays, était plutôt confortable », poursuit ce diplômé d'HEI Lille. Pour Elena, étudiante en carrière sociale originaire de Vicenza en Italie, travailler en France lui permet d'enrichir ses pratiques : « j'ai constaté que le métier d'éducateur est vraiment différent en France, moins médico-social, plus centré sur le parcours individuel. C'est comme ça qu'on apprend. En se confrontant à d'autres façons de faire. »
Monter sa boîte à l'étranger
Francois-Xavier Loucheur, diplômé de l'Institut supérieur du design de Valenciennes, est aussi passé par la case stage à l'étranger. Globe-trotter de nature, il a même décidé de monter sa boîte... à Berlin ! « La vie culturelle y est très intense, la ville a une aura internationale et c'est un bon observatoire des modes de vie alternatif », confie ce designer qui a constaté dès son installation les réalisations de l'Europe : « le paiement de la TVA, les impôts, les virements internationaux, les échanges de stagiaires... beaucoup de choses sont simplifiées. » Seul souci : les clients. « Les Français aiment bien acheter français. Alors il a fallu que j'explique patiemment que le service serait le même pour eux-mêmes si j'étais installé en Allemagne. » Et Elena de conclure : « l'UE, c'est magnifique. Et je compte bien utiliser mon droit de vote pour le faire savoir. »

Gery Freemann : des Lillois de plusieurs nationalités racontent l'Europe en livre

C'est une initiative peu banale : un groupe d'amis des 4 coins de l'Europe écrit un livre où les héros sont menés d'un pays à l'autre. Une façon de rendre l'Europe plus sensible pour les jeunes selon Christelle Wery, une des auteurs.Comment est née cette idée farfelue d'écrire un livre à 15 ? >> On était un groupe d'amis sur Lille qui venait de partout : France, Pays-Bas, Angleterre, Grèce... Un jour, on nous a fait cette réflexion : « comment faire comme vous ? » On s'est dit que oui, nous vivions une expérience qu'il fallait partager, des valeurs à transmettre à la génération d'après. Après discussion l'idée du livre s'est imposée. Le pseudo Gery Freemann est un mélange de nos initiales.Votre collectif en a déjà publié deux (1). Quels en sont les thèmes et comment les traitez-vous ? >> Il y a une intrigue policière qui fait voyager des jeunes de plusieurs pays. L'histoire tourne autour d'un thème d'actualité de manière ludique. Dans Révolutions dans l'air, il s'agit par exemple d'écologie via une enquête sur une entreprise pollueuse. On ne voulait pas faire quelque chose de caricatural. C'est pour cela que l'on travaille avec une quinzaine de correspondants à l'étranger qui nous décrivent certains lieux, questionnent les jeunes du pays sur des thèmes précis... L'idée est de décentrer le regard, d'observer des différences qui nous amènent à réfléchir sur notre propre vie.Pas trop dur d'écrire à autant de mains ? >> C'est notre force : on a écrit quelque chose ensemble que l'on n'aurait jamais pu faire seuls. Comme chacun propose des idées, écrit une partie, ça demande beaucoup de temps. L'intérêt c'est que chacun vérifie l'exactitude de ce qui est écrit dans le domaine qu'il maîtrise. Une navigatrice coordonne les descriptions maritimes, un physicien et un biologiste s'occupent de leur domaine... Et il y a de nombreuses relectures pour donner de la cohérence à l'ensemble.Vous présentez fréquemment vos livres dans des collèges ou lycées. Quels sont les réactions ? >> On est surpris de l'accueil. On ne pensait pas viser aussi juste. Des jeunes nous disent : « Je ne savais pas le dire mais je suis comme ce personnage-là. » Ce qui est génial, c'est que celui qui leur ressemble n'est pas forcément le Français... Les jeunes sont parfois désarçonnés par certains comportements peu familiers. Pour un Français de 14 ans, passer ses week-ends à jouer de la musique classique peut sembler étrange. Ce sont de petites choses qui montrent que l'on a énormément à apprendre des autres.Il s'agit, au fond, de rapprocher les jeunes et l'Europe... >> On se rend compte que les jeunes écoutent l'actualité mais qu'ils sont un peu perdus dans la profusion d'information. Fixer l'attention sur des personnages rend certains thèmes plus réels.On essaye en fait de montrer qu'une Europe humaniste, très concrète, existe déjà. PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS CAMIER v (1) « Enquêtes d'étoiles », mars 2008, éditions Ravet-Anceau et « Révolutions dans l'air », mars 2009, éditions La Voix du Nord, 9,90 E. Les droits d'auteur sont reversés à l'association afin de soutenir des projets de jeunes souhaitant voyager en Europe.

« Il n'y a pas que les bac +5 qui doivent donner du sens à l'Europe »

L'association Alefpa qui gère deux foyers d'hébergement à Lille envoit des jeunes en difficulté faire des stages à l'étranger. Le but : offrir de l'évasion et renforcer l'autonomie de jeunes qui en ont le plus besoin. Isabelle, 19 ans, et déjà quelques années de foyer derrière elle, est assez laconique sur son séjour en Pologne. « Les Polonais sont sympas... Mais bon, c'était impossible de les comprendre. Et puis, il n'y avait pas grand-chose à faire dans la ville ». La jeune fille, originaire de Lille-Sud, n'était jamais allée à l'étranger. Grâce à l'Alefpa, elle a effectué un stage de trois semaines en tant qu'aide pour personnes âgées, le domaine auxquels elle se destine. « Le gros avantage, c'est que ma mère ne pouvait pas m'appeler tout le temps », précise-t-elle.L'initiative est née il y a deux ans. Il s'agissait au départ pour l'asso d'envoyer ses permanents se former dans d'autres pays européens. Et puis, à un moment, la question s'est posée : et les jeunes dans tout ça ? Avec l'aide de l'association roubaisienne l'Adice (association pour le développement des initiatives citoyennes européennes), des partenariats sont lancés et une première jeune fille part en Grèce sur une mission de travail social. Un stage qui lui permettra plus tard d'intégrer une école d'éducateur spécialisé, « alors qu'elle n'avait vraiment pas le profil type », précise Guillaume Logez, directeur de l'Alefpa Lille.Se battre contre les préjugés « On ne les envoie pas faire du tourisme. L'enjeu est vraiment de les armer pour leur sortie du dispositif social. Un stage à l'étranger est beaucoup plus payant devant un employeur qu'un boulot à l'épicerie du coin », précise ce dernier pour qui « il n'y a pas que les bacs +5 qui doivent donner du sens à l'Europe ». Un programme audacieux qui n'est pas passé comme une lettre à La Poste. « Il a fallu se battre contre les préjugés. Tout le monde disait, "ils sont trop fragiles". Je pense que c'est lié à une mauvaise représentation de la jeunesse. Et puis, ce n'est pas dans la culture du travail social, plutôt protecteur et qui prend peu de risque ».Alors, bien sûr, il y a les petits dérapages. Comme Michael qui s'est perdu dans l'aérogare et a loupé son avion. Bien peu de chose face à l'évasion et la possibilité de sortir, pour un temps, d'un contexte relationnel pas évident. Comme celui de Jordan, coincé entre petite délinquance et relation parentale compliquée. Joint par téléphone en Pologne où il travaille pour 3 mois à l'entretien des forêts, il confie : « ça permet de changer d'air, d'oublier un peu les relations du quartier. Maintenant je sais que je veux repartir. Mais pas pour un stage, un vrai boulot. Peut-être en Espagne, je verrais bien... » N.C.


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