Actualités de la région

L'« autre Europe » s'écrit au présent

Publié le 23/05/2009 à 00h00

Les « trois jours du Livre » se poursuivent autour de l'Europe de l'Est. Hier, il était question de la Pologne et de ses relations complexes avec l'Europe.

L'« autre Europe » s'écrit au présent
Les « trois jours du Livre » se poursuivent autour de l'Europe de l'Est. Hier, il était question de la Pologne et de ses relations complexes avec l'Europe.


Mais aussi de la difficulté de faire lire « l'autre Europe » de ce côté du Rhin.
SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr
La Pologne, qu'on se le dise, n'a pas vocation à être connue au plan européen que par ses plombiers. Tel est en substance le message que portaient hier les trois intervenants de la conférence organisée par les amis européens de Gery Freeman, autour de la question du rayonnement de ce pays de 38 millions d'habitants. Une Pologne si lointaine et pourtant si proche. Historiquement et viscéralement européenne, mais dont les instituts de sondage prédisent déjà la catastrophe en terme de participation au scrutin du 7 juin. « L'âme polonaise aime bien compliquer les choses » , admet sans ambages Henri Dudzinski, directeur des éditions La Voix du Nord. L'Europe, si longtemps désirée serait devenue une « évidence » au-delà de l'Oder. Mais que de chemin parcouru, rappelle l'ancien journaliste qui livre une anecdote dans laquelle peuvent se reconnaître tous les Polonais de la région. « L'an dernier, je suis retourné en Pologne, en famille. Par réflexe, on s'est arrêté à la frontière.


Avant on y passait 6 ou 7 h, la voiture était désossée, c'était toute une expédition. »
« Reconstruire au présent »
Comment alors expliquer cette relation complexe qui unit la Pologne à l'Europe, laquelle d'ailleurs le lui rend bien ? « L'Europe comme espace de solidarité n'est pas quelque chose de clair pour le citoyen polonais moyen », explique Bogdan Bernaczyk-Stonski, consul de Pologne à Lille pour qui son peuple continue à vivre, pour partie au moins, avec l'image de Solidarnosc collée à la peau. « Le passé est passé », tonne quant à lui Henri Dudzinski, qui exhorte les Polonais de s'engager plus avant dans leur histoire d'amour avec l'Europe. « Pour la première fois dans l'histoire, la Pologne a l'occasion de ne plus être un pays de migrants permanents. Il faut reconstruire ce pays au présent ! »
Richesse littéraire
Faire fi des complexes, c'était aussi le thème de la table ronde organisée au Furet du Nord de Lille autour des traducteurs de la littérature d'Europe de l'Est. Une littérature lue - quand elle l'est - avec condescendance par les éditeurs germano-pratins. « Or, rappelle Claude Duneton, historien du langage et chroniqueur au Figaro littéraire, nous avons beaucoup à apprendre de cette "autre Europe". » Surtout en ces temps de globalisation, de mondialisation unilingue. Il est vrai que, de nos jours, traduire des romans hongrois, slovènes ou encore bulgares et les « vendre » sur le marché français relève de l'acte de foi. Surtout quand les éditeurs demandent aux auteurs de faire du typique, du cliché, du Polonais buveur de vodka et tueur d'ours ! « Mais la littérature d'Europe de l'Est est beaucoup plus riche que ça.
Elle est née de la contrainte, du totalitarisme, possède une forme subtile d'ironie », fait valoir Sophie Kepes, traductrice de romans hongrois.
Le tour de table est tombé d'ailleurs d'accord pour dire que la Francophonie menacée et les langues périphériques auraient tout intérêt à s'allier pour contrer l'hégémonie de l'anglais. Pour donner par exemple encore plus d'audience aux récits du polonais Mariusz Szczygiel, récipiendaire du prix Amphi 2009 de Lille 3. Des textes remarquables de justesse et de pertinence douce amère, et qui prouvent encore une fois que la Pologne ne se résume décidément pas qu'à son plombier.

Nord Éclair